Partage d'évangile quotidien
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Aimer : à en perdre la raison ?

Sam. 24 Février 2024

Israël a toujours été tout du long de son histoire l'otage de ses puissants voisins, petit pays incapable de tirer son épingle du jeu, développant un complexe d'infériorité, compensé par le roman national raconté dans son Livre.

Aimer ses ennemis : c'est peut-être là la véritable pierre d'achoppement entre le judaïsme et le christianisme, je veux dire par là la vraie raison à l'origine de la scission entre les deux branches héritières de la même tradition originelle, bien plus que la question de la divinisation de Jésus, qui, elle, n'est intervenue que bien plus tard. Il est clair que, contrairement aux attentes exacerbées de ses coreligionnaires, Jésus ne considérait pas comme une priorité d'échapper au joug des romains. Israël a toujours été, tout du long de son histoire, comme l'otage de ses puissants voisins, petit pays incapable de tirer son épingle du jeu dans un tel contexte, développant un complexe d'infériorité, compensé par le roman national rapporté dans son Livre. Aimez vos ennemis : absolument inadmissible, impossible à entendre. Non, vraiment, celui qui dit une ineptie pareille ne peut en aucun cas être le Messie attendu !

Maintenant, comment comprendre cette injonction, car ce n'est évidemment pas qu'Israël qui la trouve choquante, c'est le bon sens commun le mieux partagé qui la rejette. Après l'image de Dieu qui dispense généreusement tant le soleil que la pluie (les deux sources principale de toute vie) sur toute la terre, sans aucune distinction entre les bénéficiaires, il nous est fait remarquer que, aimer nos amis, c'est ce que tout le monde fait, et qu'il n'y a donc là rien d'extraordinaire, au contraire, et Matthieu de conclure d'une manière un peu abrupte, qui manque d'explications, que nous sommes invités à être parfaits comme Dieu est parfait... Heureusement, Luc, dans sa version propre de la même conclusion, est plus explicite (6, 36) : "soyez compatissants comme votre père est compatissant".

Mais pourquoi Dieu est-il dit compatissant ? parce qu'il sait ce que c'est que d'être un être humain, il sait toute la difficulté de notre condition. Il ne sait d'ailleurs pas que cela, il sait aussi la difficulté d'être animal, végétal, minéral, atome ou planète... il est présent en tout ce qui est, cela signifie, entre autres, qu'il sait ce que c'est, et tout particulièrement ce que c'est que d'être humain, parce que un humain a la conscience de soi-même, et que, comme le raconte le vieux récit, la conscience de soi, c'est savoir avant tout qu'on est nu, c'est-à-dire savoir qu'on est extrêmement faible et vulnérable, et donc avoir peur de tout ce qui peut nous arriver, et au final, plus ou moins paradoxalement, avoir encore plus peur de notre mort. Peur de vivre, et peur de mourir ! peur de tout.

Alors, concrètement ? Aimer ses ennemis ne signifie en aucun cas approuver le fait qu'ils nous en veuillent, et qu'ils nous agressent. À nouveau, il s'agit de bien faire la distinction entre la personne et ses actes, mais que ses actes soient répréhensibles n'empêche pas que nous puissions souhaiter du bien à la personne. Quant à la façon de procéder alors, c'est une question à laquelle il n'est pas simple de répondre. D'une manière générale, répliquer à une agression (qu'elle soit physique ou seulement psychologique) par une agression, a toutes les chances de ne faire qu'envenimer la situation. "Tendre l'autre joue" peut avoir un effet si cela déstabilise l'autre, mais dans une telle situation, on sait que Jésus pour sa part a choisi de poser une question au garde qui l'avait giflé : si j'ai eu tort, dis-moi en quoi, et sinon pourquoi l'as-tu fait ?

 

 

vous avez entendu qu'il a été dit
"tu aimeras ton prochain
    et tu haïras ton ennemi"
mais moi je vous dis

aimez vos ennemis !
et priez pour vos persécuteurs !
    afin que vous deveniez des fils de votre père dans les cieux
qui fait lever son soleil
    sur mauvais et bons
et pleuvoir
    sur justes et injustes

car si vous aimez ceux qui vous aiment
    quel salaire avez-vous ?
est-ce que même les taxateurs n'en font pas autant ?
et si vous ne saluez que vos frères
    que faites-vous d'extraordinaire ?
est-ce que même les païens n'en font pas autant ?

vous donc soyez parfaits
    comme votre père des cieux est parfait
    
(Matthieu 5, 43-48)

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