Sois d'abord réconcilié
Il y a des gens ainsi, qui vont s'imaginer ponctuellement qu'un acte précis ait été le signe de notre intention de leur nuire, sans que cela n'ait été aucunement le cas de notre part.
Vous avez entendu qu'il a été dit..., mais moi je vous dis... : il y a beaucoup de prétention à vouloir revenir ainsi sur ce que dit la Torah, autrement dit YHWH lui-même ! Mais de fait, si on y regarde dans le détail, ce "moi je vous dis" n'annule aucunement le "ce qui a été dit", au contraire. C'est bien conforme au programme annoncé juste avant ce texte : "je ne suis pas venu abolir la Torah mais l'accomplir", la compléter, la mener à sa plénitude. Cela reste prétentieux ? la Torah ne serait donc pas parfaite en elle-même ? eh bien, si Moïse lui-même, qui est censé l'avoir mise par écrit, a annoncé la venue ultérieure d'un autre prophète, c'est bien que tout n'avait pas encore été mis dans cette Torah ! YHWH, Dieu, procède par étapes, ne serait-ce que parce que le peuple des hébreux n'aurait pas été capable, à l'époque de Moïse, de recevoir cette plénitude de sa révélation.
Jésus est-il ce prophète annoncé, c'est évidemment une autre question. Et encore : est-il possible qu'un jour les hommes soient capables de recevoir quelque chose qu'on pourrait qualifier de "plénitude" de la révélation, de la révélation pleine et entière ? personnellement, je ne le crois pas non plus. J'estime seulement pour ma part que la révélation apportée par Jésus est effectivement allée plus loin que celle de la Torah, et ceci me semble particulièrement clair dans cette série de "vous avez entendu qu'il a été dit... mais moi je vous dis..."
Ainsi, ici, dans ce qu'on peut considérer comme le fondement de la non-violence : non seulement ne pas tuer l'autre, mais pas même se mettre en colère contre lui, donc non plus l'insulter. Ah bon ! et quand Jésus a chassé les marchands du Temple ? Eh bien, c'est précisément là le nœud de la non-violence, qui ne consiste pas à dire amen à tout et n'importe quoi, mais qui fait soigneusement la distinction entre l'acte et la personne qui le commet. Dans la non-violence, il n'y a pas de jugement sur la personne, ce n'est pas contre elle qu'on s'oppose, mais seulement contre ce qu'elle fait. Nuance ? peut-être en apparence, mais si on essaie de s'y conformer réellement, intérieurement, d'une part on constatera que ce n'est pas si facile du tout, mais si on y arrive, on peut être certain que cet autre, précisément, saura, lui, se rendre compte de la différence.
Autre question, qui n'est abordée ici que par voisinage de thèmes, mais qui n'est pas exactement du même sujet : si "ton frère a quelque chose contre toi". La formulation est ambiguë ! on ne nous précise pas si ce "quelque chose" est de notre faute ou pas. Dans le premier cas, où nous sommes effectivement en tort contre lui, la recommandation d'aller se réconcilier avec lui avant que de prétendre obtenir les bonnes grâces du Dieu en lui présentant une offrande, est en tout cas conforme avec tout l'enseignement de Jésus tel qu'on le connaît dans son ensemble. Il suffit par exemple d'invoquer la première lettre de Jean (4, 20) "Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur."
Mais on ne nous précise pas ici si ce ressentiment de l'autre est justifié ou non. Que pouvons-nous faire quand l'autre nous en veut à tort ? Il y a des gens ainsi, qui s'imaginent que la terre entière leur en veut, ou du moins qui vont s'imaginer ponctuellement qu'un acte précis ait été le signe d'une intention de leur nuire, sans que cela n'ait été aucunement le cas de notre part. Et il est évident que, même dans de tels cas, nous compatissons d'une certaine façon à ce ressentiment de l'autre. Mais qu'y faire ? on a tout essayé, de lui parler calmement, même de faire intervenir une tierce personne aussi neutre que possible : rien à faire, elle n'arrive pas à sortir de son animosité à notre égard ! Alors quoi ? suis-je condamné à ne plus pouvoir m'approcher de mon Dieu ?
Ou au contraire, n'est-ce pas là justement que j'ai le plus besoin de lui, pour résister à la tentation d'entrer dans le ressentiment à mon tour à l'égard de cet autre ? Ce sont peut-être là les limites d'une certaine image de Dieu avec lequel les relations ne pourraient être que donnant-donnant : il ne m'accorde son amour et son attention que si moi, de mon côté, je lui offre aussi quelque chose ?
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Car je vous dis que
si votre justice n'abonde pas plus
que celle des scribes et des pharisiens
non vous n'entrerez pas au royaume des cieux
vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens
"tu ne tueras pas
et qui tuerait
sera passible de jugement"
mais moi je vous dis que
quiconque, brûlant de colère contre son frère,
sera passible du jugement
et qui dirait à son frère "racaille !"
sera passible du sanhédrin
et qui lui dirait "fou !"
sera passible de la géhenne du feu
et si tu offres ton présent à l'autel
et que là tu te souviens que ton frère
a quelque chose contre toi
laisse là ton présent devant l'autel
et va ! sois d'abord réconcilié avec ton frère !
et ensuite, de retour, offre ton présent !
mets-toi d'accord avec ton adversaire rapidement
pendant que tu es avec lui sur le chemin
qu'il n'arrive que ton adversaire ne te livre au juge
et le juge au garde
et tu seras jeté en prison
amen je te dis, non tu ne sortirais pas de là
que tu n'aies payé le dernier quart de sou
(Matthieu 5, 20-26)

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