Partage d'évangile quotidien
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Ils sont sauvés

Lun. 5 Février 2024

Les sadducéens ne croyaient pas en la résurrection : comment croire sincèrement en Dieu et être certain en même temps que, à notre mort, ce sera fini n. i. ni ?

Les tzitzit : ce sont des sortes de franges ou de tresses, attachées aux coins des vêtements, et destinées à se rappeler toutes les recommandations ("commandements") données par YHWH dans la Torah. Porter des vêtements auxquels ont été ajoutés les tzitzit doit donc servir de rappel, mais ce n'est sans doute pas seulement le fait d'en porter qui va aider à ce rappel, c'est certainement aussi le fait de les voir sur les vêtements des autres. Ainsi peut-on dire que ces malades qui s'efforcent de toucher "rien que le tzitzit" du vêtement de Jésus posent par là-même comme un acte de foi, en même temps qu'ils font appel à la foi de Jésus en lui rappelant la raison pour laquelle il les porte.

Et ceux qui touchaient ce tzitzit étaient "sauvés" : on peut difficilement formuler plus clairement le lien qu'il y a dans l'anthropologie hébraïque entre ce que la culture grecque (et nous qui en sommes héritiers à leur suite) sépare : la maladie physique est une maladie spirituelle, il n'y a pas de distinction. Ces malades — qui en sont au stade de l'impotence puisque "on" les transporte sur des grabats et on les met, on les place, on les dispose, on les étend, sur les places, sur les lieux où Jésus passe —, s'ils arrivent à toucher son tzitzit sont sauvés : ils guérissent, physiquement, physiologiquement, c'est donc qu'ils ont été aussi guéris spirituellement, ils sont sauvés.

On fait grand cas de la croyance des pharisiens en la résurrection, dans le sens d'une vie possible après la mort, ne serait-ce que parce que le christianisme est héritier de ce judaïsme-là, et que le christianisme a connu l'essor qu'on sait par la suite. Les sadducéens semblent, du moins selon les évangiles, ne pas avoir cru à cette éventualité. Nous avons peut-être du mal à comprendre leur point de vue, de nos jours : comment croire sincèrement en Dieu et être certain en même temps que, à notre mort, ce sera fini n. i. ni ? Et pourtant, et pourtant, il est clair que cette croyance en la résurrection apparaît très tardivement dans l'histoire du peuple hébreux.

Dans l'immense majorité des textes de l'Alliance première, ce qui est écrit est que celui qui commet le bien vivra et celui qui commet le mal mourra. Il n'est pas dit vivra "éternellement", mais juste "vivra". C'est ce qui explique notamment les longévités se comptant en centaines d'années des ancêtres les plus éloignés, qui signifient que l'humanité a tendance, en avançant dans le temps, à vivre de manière de moins en moins vertueuse, et donc à mourir de plus en plus jeune. La récompense d'une vie vertueuse est une longue vie, mais comme personne n'est parfait, tout le monde finit par mourir. Point final.

Surprenant ? cela dépend peut-être : qu'est-ce qu'on croit qui va survivre de nous, quand on croit à une telle survie au-delà de la mort ? là est sans doute la vraie question. Le seul aperçu que nous donnent les évangiles sur ce que Jésus en pensait (mais il ne l'a pas inventé, on trouve la même chose dans le Talmud) fait référence à Abraham, Isaac et Jacob, dont il affirme qu'ils sont vivants puisque YHWH se présente à Moïse comme étant leur Dieu, ce qui peut se comprendre comme signifiant que leur vie ne tient qu'à ce que Dieu les conserve dans son cœur...

 

 

et ayant traversé jusqu'à terre ils arrivèrent
    à Gennésareth et ils accostèrent là

et à leur sortie de la barque
aussitôt l'ayant reconnu
    ils accoururent de tout ce pays-là
et ils se mirent à transporter sur les grabats
    ceux qui vont mal
là où ils entendaient qu'il était
    et partout où il arrivait
dans les villages ou dans les villes ou dans les campagnes
    ils mettaient les malades sur les places
et ils le suppliaient qu'ils puissent toucher
    rien que le tzitzit de son vêtement

et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés

(Marc 6, 53-56)

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