Un troupeau sans berger
Le bon berger est-il celui qui décide à la place des autres, ou celui qui leur apprend à décider par eux-mêmes ?
Il est pris aux entrailles parce qu'ils sont comme un troupeau sans berger. Mais qu'est-ce exactement qui lui fait pitié dans ce constat : qu'ils n'aient pas de berger, ou qu'ils soient comme un troupeau, comme des animaux, comme s'ils n'avaient pas de libre arbitre, d'autonomie, de capacité à se déterminer et se diriger chacune et chacun par soi-même ?
Il est certain qu'on va trouver de nombreux passages des évangiles qui semblent appuyer la première option : Jésus d'une part se dit tel quel être le bon berger, chez Jean, et dans les synoptiques il semble donner plus ou moins des directives dans ce même sens aux Douze et à leurs futurs successeurs pour qu'ils prennent sa suite dans ce même rôle. Pour ce qui est de ce passage de témoin, on peut cependant se demander si c'est bien Jésus qui l'a institué, ou si ce ne sont pas plutôt là des extrapolations initiées par les premiers chrétiens sur la base très fragile de l'institution du groupe des Douze.
Quoi qu'il en soit, puisque ce rôle qui serait attribué à une future hiérarchie ecclésiale se veut être à l'image de celui qui l'aurait instituée, il reste à déterminer ce qu'il en a été pour l'initiateur, pour Jésus. De quelle manière précisément aurait-il rempli ce rôle de berger, de pasteur ? Ici, il est dit qu'il se mit à les enseigner : mais quel en était le contenu ?
Or, si, d'un côté, on peut certainement dégager de l'ensemble de ce que nous transmettent les évangiles quelques lignes directrices pour constituer une morale minimale — aimer Dieu et aimer son prochain, par exemple —, force est de constater d'un autre côté qu'on tombe surtout et le plus souvent sur des injonctions paradoxales : aimer ses ennemis, ne pas se soucier de nos besoins élémentaires, diverses recommandations qui ne peuvent que choquer, révolter même, parce qu'elles sont contre nature, et qu'il ne s'agit surtout pas de minimiser pour autant, bien que ce soit ce qu'en ont fait précisément ces hiérarchies, qui pourtant prétendaient justifier leur existence comme continuatrices de leur fondateur !
En réalité, tout ceci indique que, la manière dont Jésus envisageait son rôle de berger, était bien plutôt dans le sens de faire advenir celles et ceux à qui il s'adressait à leur autonomie, à leur liberté, et donc à apprendre à se passer de berger...
On peut noter que, au moins pour l'Église catholique, le concile Vatican II a dit explicitement que le critère selon lequel chacun doit se déterminer est celui de sa conscience propre, que c'est elle qui doit diriger chacune et chacun, et non des croyances a priori à quelque dogme que ce soit : dont acte ! cela, au moins, semble donc conforme à l'Esprit qui guidait Jésus...
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et les apôtres se rassemblent auprès de Jésus
et ils lui ont annoncé tout
ce qu'ils ont fait et ce qu'ils ont enseigné
et il leur dit
« venez vous-mêmes
à part dans un lieu désert
et reposez-vous un peu ! »
car les allants et venants étaient nombreux
et ils n'avaient même pas un moment pour manger
et ils partirent en barque
vers un lieu désert, à part.
et ils les virent s'en aller
et beaucoup devinèrent
et à pied de toutes les villes
ils accoururent là
et arrivèrent avant eux
et en sortant il vit une foule nombreuse
et il fut remué jusqu'aux entrailles pour eux
parce qu'ils étaient
comme un troupeau qui n'a pas de berger
et il commença à les enseigner beaucoup
(Marc 6, 30-34)

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