Partage d'évangile quotidien
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Le signe de Jonas

Mer. 21 Février 2024

Les chrétiens, dans leur très grande majorité, croient dur comme fer que l'image qu'ils se font de Jésus est très exactement ce que Jésus aurait enseigné, ce qui est loin de la vérité...

J'ai beau faire, je n'arrive toujours pas à me représenter Jésus affirmer qu'il soit, lui, plus important que Jonas, ou que la reine du midi, ou que qui que soit d'autre d'ailleurs. Lui qui a passé son temps à dire "bienheureux vous les petits...", "qui veut être le plus grand qu'il se fasse le plus petit...", "les premiers seront derniers et les derniers premiers...", etc., il serait donc le premier à ne pas se conformer à ce qu'il enseignait ? Oui, bien sûr, puisqu'il était Dieu lui-même, il pouvait se le permettre, diront certains ; mais ceux-là perdent alors son humanité, cette humanité qui n'en est donc plus vraiment une, à part qu'il ait eu deux bras, deux jambes et une tête comme nous tous ! pour le reste...

Il faut reconnaître qu'il y a ici une charge terrible contre ses coreligionnaires, au moins ceux de sa génération ! Le signe de Jonas, dans la version lucanienne de cette diatribe, c'est clairement le fait que les habitants de la grande ville païenne de Ninive se sont convertis, eux, à la prédication du prophète, alors que les Juifs de la génération de Jésus, dans leur immense majorité, ne l'écouteront pas, ne croiront pas en sa parole. De fait, assez rapidement après sa mort, ce sont les païens qui vont constituer le plus gros des bataillons du christianisme naissant.

D'où la prédiction que, "au jugement", les hommes de Ninive ainsi que la reine du midi — ces deux exemples les plus fameux de païens qui se soient convertis à la sagesse du judaïsme — condamneront le peuple élu, condamneront ceux qui auraient dû être les premiers à se convertir à la prédication de Jésus.

Il n'est cependant pas complètement impossible que ce soit ce dernier qui ait réellement prononcé ces mots, plutôt pour essayer de provoquer un choc chez ceux qui l'entendaient, les faire réagir, sans que pour autant il n'ait forcément pensé que l'avenir réaliserait ce qui, pour lui, n'était que figure de style et moyen au service d'un autre but. Quoi qu'il en soit, tel est donc le sens de ce signe de Jonas, que, devant la conversion massive de païens au futur christianisme, les Juifs devraient finir par se convertir eux aussi, devraient se rendre compte que Jésus avait bien été le énième prophète authentique envoyé vers eux par YHWH, et le énième prophète authentique qu'ils aient martyrisé.

Mais, jusqu'à ce énième, le judaïsme avait toujours fini par se reprendre et se repentir, reconnaissant, souvent avec retard mais reconnaissant quand même, son erreur. Pour Jésus ? Il ne s'agit certes pas de demander au judaïsme d'accepter toute la théologie chrétienne, c'est évidemment absolument impossible, et ceci signifie sans doute que le christianisme doit s'interroger lui aussi sur la pertinence de la théologie qu'il a développée, certainement bien au-delà de ce que Jésus disait et pensait lui-même...

Les chrétiens, en effet, dans leur très grande majorité, croient dur comme fer que l'image qu'ils se font de Jésus est très exactement ce que Jésus aurait enseigné, ce qui n'est pas du tout le cas. Qui donc, du judaïsme et du christianisme, est le plus éloigné de la vérité ?

 

 

et aux foules se regroupant
    il a commencé à dire

« cette génération est une génération mauvaise,
elle cherche un signe
et de signe il ne lui sera pas donné
    sinon le signe de Jonas
car comme Jonas est devenu un signe
    pour les gens de Ninive
de même sera le fils de l'homme
    pour cette génération-ci

la reine du midi sera réveillée au jugement
    avec les hommes de cette génération
    et elle les condamnera
parce qu'elle est venue des confins de la terre
    écouter la sagesse de Salomon
et voici, il y a plus que Salomon ici

les hommes de Ninive se lèveront au jugement
    avec cette génération
    et ils la condamneront
parce qu'ils se sont convertis
    à la prédication de Jonas
et voici, il y a plus que Jonas ici »

(Luc 11, 29-32)

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