Deux figures, deux icônes
Ils lui firent un souper et Marthe servait et Lazare était l'un des convives et Marie, ayant pris une livre d'huile parfumée en oignit les pieds de Jésus et la maison fut remplie de l'odeur.
Deux figures, deux icônes, antagonistes, mais peut-être même pas tant que ça, surtout deux mondes, deux paradigmes, incompatibles, incapables de se comprendre, au cœur du mystère Jésus.
Marie oint Jésus d'une huile de grand prix. Le mot "messie" signifie justement "oint", le messie, c'est celui qui a été oint, et c'est certainement ce que veut dire Marie par ce geste : pour elle, Jésus est bien ce messie qu'elle attendait. Mais aussi, l'huile est traditionnellement utilisée pour les morts, c'est une marque de l'affection qu'on a pour eux, de l'attention, de la foi, que la mort n'est pas la fin de tout, qu'ils survivent ne serait-ce que dans la pensée de ceux qui restent. Et, en unissant ces deux significations, Marie indique qu'elle a donc tout compris : c'est en acceptant de donner sa vie que Jésus est le Messie, d'une manière, il est vrai, toute autre de celle attendue.
Judas aurait trouvé plus judicieux de "vendre" ce parfum. Mais le verbe précis utilisé ici par l'évangéliste n'est pas sans signification profonde : son sens premier parle bien de vente, mais de vente de prisonniers ou d'esclaves, et il a aussi le sens figuré de "se vendre", trahir. Évidemment, c'est l'évangéliste qui a choisi ce mot précis, pour indiquer tout le dégoût que lui inspire ce personnage, et il n'est même pas certain qu'il ait existé, ou plus exactement qu'il ait bien été le seul à trahir, mais peu importe, il y a donc d'un côté celle et ceux qui comprennent le sens de ce qu'a fait Jésus, et de l'autre ceux qui ne comprennent pas et donc le trahissent.
Dans la lignée de ces derniers, on peut penser à tous ceux au long des âges et de nos jours encore qui font du christianisme un étendard au nom duquel conquérir par la contrainte, une idéologie en réalité, un système de marchandage avec un Dieu boutiquier tenant des comptes d'apothicaire. C'est malheureux pour eux, en premier ; malheureux aussi pour ceux qu'ils perdent en les entraînant à leur suite, mais ils préfèrent ça, plutôt que de se donner réellement eux-mêmes, accrochés qu'ils sont à cette illusion de leur petit moi...
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alors Jésus six jours avant la Pâque
vint à Béthanie
où était Lazare que Jésus avait réveillé des morts
aussi lui firent-ils là un souper
et Marthe servait
et Lazare était l'un de ceux à table avec lui
Marie alors ayant pris une livre d'huile parfumée
d'un nard authentique de grand prix
en oignit les pieds de Jésus
et essuya de ses cheveux ses pieds
et la maison fut remplie de l'odeur de l'huile parfumée
alors Judas l'Iscariote
un de ses disciples, celui qui est sur le point de le livrer, dit
« pourquoi cette huile parfumée n'a-t-elle pas été bradée
pour trois cents deniers et donnée aux pauvres ? »
mais il a dit cela non parce qu'il se souciait des pauvres
mais parce qu'il était voleur
et ayant la caisse il en enlevait ce qui y était mis
aussi Jésus a-t-il dit
« laisse-la ! c'est pour le jour de mon ensevelissement
qu'elle a pratiqué cette observance
car les pauvres toujours vous en avez parmi vous
mais moi ...vous ne m'avez pas toujours »
alors la foule nombreuse des Judéens connut qu'il est là
et ils vinrent pas seulement à cause de Jésus
mais aussi pour voir Lazare
qu'il avait réveillé des morts
et les grands prêtres décidèrent de tuer Lazare aussi
parce que à cause de lui beaucoup de Judéens s'en allaient
et croyaient en Jésus
(Jean 12, 1-11)

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