Le juste milieu
Certains, persuadés en eux-mêmes d'être des justes, et méprisant les autres, se mettent en avant : "ô Dieu je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes rapaces, injustes, adultères..."
Ce texte vient bien dans le prolongement de celui d'hier : deux hommes, l'un n'en a que pour lui-même, il fait étalage de tout ce qu'il tient pour être ses vertus, tout ce qu'il pense bien faire, et il n'y a pas la moindre place en lui pour le doute, ni le doute sur ses mérites à faire ce bien, ni le doute qu'à côté de ce bien éventuel il puisse aussi mal faire en d'autres domaines. Non, cet homme se pense parfait à tous égards, il est complètement dans les clous, il coche toutes les cases, mention très bien avec les félicitations du jury, lequel n'est autre que lui-même. Dieu ?, s'il s'adresse à lui c'est seulement pour le prendre à témoin, en aucun cas il ne s'en remet à lui, prêt à l'écouter si jamais, par extraordinaire, lui, avait quelque chose à lui dire.
Le second homme est à l'inverse, même si c'est peut-être un peu trop. En tout état de cause, il sait au moins, lui, qu'il est loin d'être parfait, son métier est borderline : même s'il n'abuse pas de la situation pour s'amasser une fortune imméritée, même s'il est évident que tant que les romains sont les maîtres il faut bien leur payer les impôts qu'ils réclament, il n'en reste pas moins qu'il collabore ainsi à l'occupation, que cela ne lui plaît pas vraiment mais qu'il ne voit pas non plus ce qu'il pourrait faire d'autre pour gagner sa vie. Et de même que le premier homme ne faisait étalage devant Dieu que de ce qu'il considérait comme ses mérites, de même celui-ci ne mentionne que ce qu'il sait être ses défauts.
S'il pense qu'il n'y a rien de bon en lui, c'est là ce qu'on pourrait considérer comme excessif chez lui, mais au moins est-ce le fait qu'il sache qu'il n'est pas parfait qui le justifie : il n'est pas figé, il est dans l'écoute, la disponibilité, l'ouverture, il est vivant. L'autre est fermé sur lui-même, saturé de lui-même, il n'y a aucune place en lui pour le moindre changement, la moindre évolution, il n'y a pas d'avenir possible autre que la répétition du même jusqu'à la nausée, il est mort.
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puis il prononça encore
pour certains persuadés en eux-mêmes d'être des justes
et méprisant le reste des hommes
cette parabole
« deux hommes montèrent dans l'enceinte du temple pour prier
l'un un pharisien et l'autre un taxateur
le pharisien se tenant devant priait ainsi en lui-même
"ô Dieu je te rends grâces
de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes
rapaces, injustes, adultères
ou même comme ce taxateur
je jeûne deux fois la semaine
je paie la dîme de tout ce que je gagne..."
tandis que le taxateur se tenant au loin
ne voulait même pas lever les yeux vers le ciel
mais se frappait la poitrine en disant
"ô Dieu soit miséricordieux pour moi le pécheur !"
je vous dis
celui-ci descendit justifié à sa maison
contrairement à celui-là
car tout homme qui se hausse lui-même sera abaissé
mais qui s'abaisse sera haussé »
(Luc 18, 9-14)

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