Vous savez d'où je suis ?
Mais je ne suis pas venu de moi-même, et celui qui m'a envoyé, vous ne le connaissez pas. Moi je le connais, parce que je suis de lui. Et lui, il m'a envoyé...
D'un côté les complications à l'infini avec les règles et prescriptions à suivre, de l'autre la simplicité, être présent à la Présence. Mais simplicité ne signifie pas facilité, bien au contraire. Les prescriptions, les règles, sont certes innombrables, mais elles sont extérieures, en sorte que même si on ne peut absolument toutes les suivre, au moins cela ne m'oblige-t-il pas à changer réellement en moi-même, en profondeur, contrairement à la rencontre avec la Présence au plus intime de moi-même, Présence qui est à la fois mon être-même et à la fois altérité radicale.
Tel est ce Père dont parle Jésus, exigence de vérité d'un tout autre ordre que celui d'une loi, de commandements, de pratiques, de rites, au sujet desquels, même respectés à la lettre, on pourra encore dire "ce peuple m'honore des lèvres mais non du cœur". Et c'est malheureux, mais il n'y aura rien à faire, mission impossible, comme de vouloir expliquer à un aveugle de naissance ce que sont les couleurs. Ils comprendront toujours tout de travers, c'est-à-dire plus exactement qu'ils n'arriveront pas à comprendre. On ne parle pas le même langage. On ne parle pas du même Dieu.
L'évangile de Jean est un spécialiste pour décrire cette relation intime de Jésus avec ce Père, toute sa théologie est là, cette présence du tout-autre au fondement de son être, et si l'évangéliste peut si bien en parler, c'est forcément parce que lui aussi s'est mis à vivre la même aventure, lui et son école, sa communauté, comme quoi il est quand même possible que quelque chose passe, soit transmis. L'auteur ne dit pas vraiment comment cela lui est arrivé, comment il est entré à son tour dans cette relation à la transcendance présente en lui, pas plus qu'on ne le sait d'ailleurs pour Jésus non plus.
Il y a quand même suffisamment de témoignages de mystiques au fil des âges de l'humanité, jusque y compris de mystiques qui étaient et sont restés athées, pour qu'on puisse en conclure que c'est une réalité, que cela existe bel et bien, qu'on parle alors d'immanence de la transcendance ou de transcendance de l'immanence apparaissant finalement comme secondaire. Peu importe, ces états sont pour les uns comme les autres le summum de ce que nous pouvons vivre et expérimenter en tant qu'êtres humains, c'est-à-dire êtres conscients, et ils transforment alors toute notre vie, phares dans nos nuits pour les guider et les rendre fécondes.
/image%2F0553225%2F20240315%2Fob_cb70bc_20240315.jpg)
et après cela Jésus circulait dans la Galilée
car il ne voulait pas circuler dans la Judée
parce que les Judéens cherchaient à le tuer
mais la fête des Judéens était proche, celle des Tentes
aussi ses frères lui dirent-ils
« pars d'ici et va en Judée
afin que tes disciples aussi voient les actions que tu accomplis
car nul n'agit en secret
s'il cherche à être connu
si tu fais ces choses,
manifeste-toi au monde »
car ses frères ne croyaient pas en lui
alors Jésus leur dit
« mon temps à moi n'est pas encore venu
mais votre temps à vous est toujours prêt
le monde ne peut pas vous haïr
mais moi il me hait
parce que moi je témoigne à son sujet
que ses actions sont mauvaises
vous, montez à la fête !
moi, je ne monte pas à cette fête
parce que mon temps n'est pas encore accompli »
et ayant dit ces choses il resta en Galilée
mais quand ses frères furent montés à la fête
alors lui aussi il monta
non ouvertement mais comme en secret
les Judéens donc le cherchaient à la fête et disaient
« où est-il celui-là ? »
et il y avait force controverses à son sujet
dans les foules
les uns disaient « il est bon »
mais d'autres disaient « non, et il égare le peuple »
cependant nul ne parlait de lui ouvertement
par peur des Judéens
mais maintenant au milieu de la fête
Jésus monta à l'enceinte du temple
et il enseignait
alors les Judéens s'étonnaient disant
« comment celui-ci connaît-il les lettres
sans avoir étudié ? »
aussi Jésus leur répondit et dit
« mon enseignement n'est pas de moi
mais de celui qui m'a envoyé
si quelqu'un veut faire sa volonté
il connaîtra au sujet de l'enseignement s'il est de Dieu
ou si moi c'est de moi-même que je parle
qui parle de lui-même cherche sa propre gloire
mais qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé
celui-là est vrai
et il n'y a pas d'injustice en lui
n'est-ce pas Moïse qui vous a donné la torah ?
et nul parmi vous n'agit selon la torah
pourquoi cherchez-vous à me tuer ? »
la foule répondit
« tu as un démon ! qui cherche à te tuer ? »
Jésus répondit et leur dit :
« une seule action j'ai accompli
et tous vous êtes étonnés ?
de ce que Moïse vous ait donné la circoncision
– non qu'elle soit de Moïse mais des pères –
même le shabbat vous circoncisez un homme
et alors qu'un homme reçoit la circoncision un shabbat
pour que la torah de Moïse ne soit pas enfreinte
contre moi vous êtes en colère
parce que j'ai fait sain un homme tout entier un shabbat ?
ne jugez pas selon l'apparence
mais jugez le juste jugement ! »
aussi certains de ceux de Jérusalem disaient
« celui-ci n'est-il pas celui qu'ils cherchent à tuer ?
et voici qu'il parle en public
et ils ne lui disent rien
et si jamais les chefs auraient reconnu pour de vrai
que c'est lui le Messie ?
mais celui-ci nous savons d'où il est
tandis que le Messie quand il viendra
personne ne connaîtra d'où il est. »
Jésus donc qui enseignait dans l'enceinte du temple cria en disant :
« vous me connaissez
et vous savez d'où je suis ?
mais je ne suis pas venu de moi-même
et celui qui m'a envoyé est toute vérité
lui que vous ne connaissez pas
moi je le connais
parce que je suis de lui
et lui il m'a envoyé »
aussi cherchaient-ils à l'arrêter
mais personne n'a jeté la main sur lui
parce que son temps n'était pas encore venu
(Jean 7, 1-30)

Commenter cet évangile