Au-delà des origines
Ils pensaient voir un esprit alors il leur dit : « De quoi êtes-vous troublés ? Voyez mes mains et mes pieds, palpez-moi et réalisez qu'un esprit n'a pas de chair ni d'os comme moi vous voyez que j'en ai. »
La conversion pour le pardon des péchés : ces mots sont très exactement ceux qui caractérisaient aussi la mission de Jean le Baptiste, il appelait lui aussi à ce que chacun fasse un retour sur soi pour se libérer de ses mauvaises habitudes (ses péchés) : usage abusif de ses prérogatives, de sa force, de son pouvoir, de ses richesses... Et voici qu'on retrouve exactement la même formule ici, tout à la fin de l'évangile de Luc, une conversion pour le pardon des péchés va être proclamée. Tout ça pour ça ? ces deux à trois ans de ministère public, ces guérisons mais aussi ces tribulations, et jusqu'à la croix, pour n'en revenir qu'au point de départ ?
Non, il y a quand même une différence essentielle. Jean-Baptiste ne s'adressait qu'à ses coreligionnaires, aux Juifs, aux Israélites, alors qu'ici, après la crucifixion, après la disparition du corps, après les apparitions du disparu, bref, après ce qu'on appelle la résurrection, cet appel à la conversion va être désormais adressé à "toutes les nations", et ce, au nom de Jésus, au nom de ce messie, de cet oint de Dieu, mort puis revenu de chez les morts. De même que Jésus avait remis en cause la notion de territoire censément attribué par Dieu au peuple juif, de même le salut désormais sera-t-il annoncé directement aux païens.
La mention que cette nouvelle proclamation commencerait par Jérusalem pourrait être prise comme une concession à l'antériorité de la foi d'Israël dans le nouveau paradigme, mais peut être comprise aussi à l'inverse, c'est Israël qui a besoin le premier d'être converti à la nouvelle foi. On sait que la rupture entre les deux, entre judaïsme et christianisme, ne s'est pas faite ainsi du jour au lendemain. Ici, nous sommes dans l'évangile de Luc, un disciple de Paul, lequel a été moteur dans cette différenciation, là où Pierre par exemple aurait bien voulu pouvoir conserver tous les particularismes de son judaïsme initial.
Quant à Jésus lui-même, il ne semble pas qu'il avait envisagé cette rupture, mais il faut reconnaître qu'il n'y a là qu'une conséquence logique : dans la mesure où il avait abandonné la notion de terre sainte, de territoire attribué à son peuple par décret divin, en déclarant que sa "royauté" n'était pas de ce monde, en rompant ce lien-là, cet emprisonnement du spirituel par le matériel, de l'éternel par le temporel, la conséquence ne pouvait qu'en être l'universalisation du mouvement de ses héritiers au-delà de tout particularisme spécifique à ses origines.
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alors comme ils en parlent encore
lui-même se tint au milieu d'eux
et il leur dit « paix à vous ! »
mais épouvantés et envahis de peur
ils pensaient voir un esprit
alors il leur dit
« de quoi êtes-vous troublés ?
et pourquoi ces réflexions montent-elles dans vos cœurs ?
voyez mes mains et mes pieds
que c'est bien moi
palpez-moi et réalisez
qu'un esprit n'a pas de chair ni d'os
comme moi vous voyez que j'en ai »
et ayant dit ceci il leur montra les mains et les pieds
puis comme ils n'y croient toujours pas à cause de la joie
et de la stupéfaction
il leur a dit
« avez-vous quelque aliment ici ? »
alors ils lui remirent une part de poisson grillé
et l'ayant prise il la mangea devant eux
puis il leur a dit
« telles sont mes paroles
que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous
que serait accompli
tout ce qui a été écrit
dans la Torah de Moïse et les Prophètes et les Psaumes
à mon sujet »
alors il a ouvert leur intelligence
pour comprendre les Écritures
et il leur a dit
« ainsi il avait été écrit
que le messie souffrirait
et se relèverait d'entre les morts le troisième jour
et que serait proclamée en son nom
un retour sur soi
pour la remise des péchés pour toutes les nations
en commençant depuis Iérousalem
vous êtes témoins de ces choses »
(Luc 24, 36-48)

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