Dieu et moi...
...car moi ce n'est pas de moi-même que j'ai parlé, mais celui qui m'a envoyé, c'est lui qui m'a donné en commandement quoi dire et quoi parler, donc ce que moi je dis c'est comme m'a demandé celui qui m'a envoyé que je le dis
Il y a une manière d'être présent au monde, aux autres, par laquelle, sans tenir pour négligeable qui je suis, je reste cependant conscient que cette personne-là, moi, n'est pas le plus important ; à travers ou au-delà de ce moi, c'est un autre, le tout-autre, qui est là. Si je sais alors rester dans ce positionnement-là précis, à la fois moi et l'Autre — c'est-à-dire si je ne me laisse pas entraîner par une forme d'égocentrisme de ma personne qui se referme alors à l'Autre —, alors je suis transparent pour celles et ceux avec lesquels je suis en relation, c'est, à travers et par moi, réellement, avec l'Autre qu'ils se trouvent en fait reliés.
C'est ce dont il s'agit dans ce texte, et au-delà de ce texte, comme un des fondements : de l'évangile de Jean, ainsi que du christianisme. Jésus, à la fois homme et Dieu, parce que l'homme savait rester dans cette attitude-là. Ceci n'est donc absolument pas réservé à lui-seul, bien au contraire c'est ce à quoi nous sommes chacune et chacun invités, qu'à travers nous ce soit l'Autre, la Présence, Dieu, qui s'incarne, qui se manifeste, dans le monde et au monde.
Jésus a-t-il pu cependant affirmer ainsi de manière absolue que croire en lui c'est croire en Dieu, le contempler lui c'est contempler Dieu, et que ses paroles sont celles de Dieu, comme si ceci était vrai pour lui dans l'absolu, toujours, perpétuellement, à tout instant, tout mot, tout geste, sans aucune exception ? pour cela, il faudrait qu'il n'en ait jamais eu le moindre doute, et on en revient alors toujours au même point : était-il encore réellement humain si, non seulement il était vrai qu'il ne se soit jamais refermé sur lui-même, mais qu'en plus il ait été sûr que jamais il ne pourrait faillir sur ce point ? personnellement, c'est ce que je ne crois pas : peut-être ne s'est-il jamais refermé sur lui-même, mais s'il était certain que cela ne pourrait jamais lui arriver, alors, à mon sens, son humanité n'était qu'une apparence.
En ce sens, ces affirmations des évangélistes et du christianisme, qui elles voudraient aller jusque là, me semblent plutôt être des extrapolations. Jésus a pu vouloir enseigner cette façon d'être présent au monde, il en a aussi certainement donné l'exemple, et ses disciples — vraisemblablement après sa mort et ses manifestations ultérieures — l'ont compris et c'est ce dont ils ont témoigné et témoignent encore jusqu'à nos jours à travers leurs descendants spirituels, avec cependant cette sorte de forçage du trait qui les a menés à identifier complètement leur maître à Dieu lui-même.
Et ce dernier point est certainement dommageable, mais il n'est pas une excuse pour tout rejeter en bloc. Ce n'est pas parce que Jésus n'était pas Dieu lui-même que cet enseignement qui nous est transmis ne serait que bêtises, contes de grand-mères, etc. Même si on allait jusqu'à dire que Jésus n'aurait jamais existé, que tout cela serait pure invention, l'enseignement pourtant, cet enseignement-là très précis dont je parle aujourd'hui, personne ne peut l'avoir inventé, mais au contraire il n'y a que des personnes qui l'ont vécu qui ont pu en témoigner pour le transmettre, ne serait-ce que parce qu'il rejoint le témoignage de tous les spirituels de l'histoire de l'humanité, de tout temps et en tout lieu...
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alors Jésus cria et dit
« qui croit en moi
ne croit pas en moi
mais en qui m'a envoyé
et qui me contemple
contemple qui m'a envoyé
moi je suis venu lumière dans le monde
afin que quiconque croit en moi
ne demeure pas dans la ténèbre
et si quelqu'un a entendu mes paroles et ne les a pas gardées
moi je ne le juge pas
car je ne suis pas venu afin de juger le monde
mais afin de sauver le monde
qui me rejette et ne reçoit pas mes paroles
a son juge
la parole que j'ai dite
c'est elle qui le jugera au jour à venir
car moi ce n'est pas de moi-même que j'ai parlé
mais le Père qui m'a envoyé
c'est lui qui m'a donné en commandement
quoi dire et quoi parler
et je sais que son commandement est vie éternelle
donc ce que moi je dis
c'est comme le Père m'a demandé que je le dis »
(Jean 12, 44-50)

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