Moi et Dieu...
Mon troupeau, moi je les connais et moi je leur donne vie éternelle, et jamais quelqu'un ne les ravira de ma main : mon Père qui me les a donnés est plus grand que tous et personne ne peut ravir de la main du Père
Cette fois c'est du sérieux, on n'en est plus aux escarmouches, il se retrouve encerclé, cerné, pas d'échappatoires possibles ; on peut penser ici à l'épisode chez Luc (4, 16-30) à Nazareth, quand l'ensemble des habitants le poussent au bord d'un précipice... mais lui "passe au milieu d'eux et va..." On ne nous dit pas comment il échappe au piège, seulement qu'il le fait. De même ici, suite à la déclaration qu'ils vont trouver blasphématoire "moi et le Père sommes un", les Judéens qui l'encerclent vont vouloir le lapider, mais lui (10, 39) "sort de leurs mains", sans qu'on nous dise non plus comment.
Le désaccord porte initialement sur la question de savoir s'il est le Messie. Évidemment, de la part des Judéens, la question sous-entend un type de messie tel qu'il était attendu et espéré ardemment, un messie politico-militaire, celui qui restaurerait la souveraineté d'Israël sur Sa terre. Et Jésus ne contredit cependant pas ouvertement cette attente, mais, bien que rappelant et s'appuyant sur les signes qui se produisent par son intermédiaire, il essaie de les introduire à l'idée que sa messianité est d'un ordre beaucoup plus essentiel que ces histoires terriblement terre-à-terre, on pourrait dire provinciales, qui voudraient faire du judaïsme et d'Israël le centre du monde.
Le christianisme, qui est devenu aussi assez vite un nouveau type de provincialisme en se voulant le nouveau centre du monde à la place de l'ancien centre du monde (calife à la place du calife...), fait alors grand cas de la formule sur laquelle culmine donc ce passage : "moi et le Père sommes un". Les Judéens, et à leur suite le christianisme officiel, y entendent une identification de Jésus à Dieu. Pour tout Juif (comme ultérieurement pour tout musulman), c'est un blasphème, personne n'a le droit de s'identifier à Dieu, Dieu est "un" à lui tout seul. Cette formule "moi et le Père sommes un" rappelle évidemment celle de l'unicité de Dieu "YHWH est un" (Deutéronome 6, 4) du Chema Israël, la prière par excellence récitée tous les jours.
Oui, mais... comme le croit le christianisme officiel, est-ce bien cela qu'a voulu suggérer Jésus par cette formule ? Dire "moi et Dieu sommes un" signifie-t-il vraiment la même chose que "je suis Dieu" ? On pourra dire que c'est pinailler et chercher la petite bête, mais le "un" de la formule "moi et le Père sommes un" est du genre neutre (pas masculin, ni féminin...) alors que Jésus comme le Père sont tous deux, évidemment, masculins, et donc, s'il s'était agi d'affirmer l'identité des deux, c'est "un" au masculin qu'il y aurait. La formule ne peut donc en aucun cas parler d'identification de l'un à l'autre, elle les distingue : "moi", d'une part, "et le Père", d'autre part, "sommes" au pluriel, et le "un" ne parle donc pas d'unicité des deux, d'identification, mais seulement d'union.
Évidemment, on peut de plus se demander si c'est bien Jésus lui-même qui l'a prononcée, ou s'il avait prononcé quelque chose qui s'en rapprochait seulement et que ce serait l'évangéliste qui l'aurait tournée de façon plus tendancieuse, ou si ce dernier ne l'aurait pas complètement inventée. En tout cas, on ne peut pas lui faire dire ce qu'elle-même n'a pas osé ou prétendu dire, mais bien au contraire elle ne fait que témoigner de ce que peut constater et dire toute personne ayant une connaissance expérientielle de Dieu, de sa présence en moi comme étant mon être-même, ce qui ne signifie nullement pour autant que je sois lui. Mais il est vrai que ceci ne s'explique pas vraiment, cela se vit surtout.
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arriva alors Hanoukkah à Jérusalem
c'était l'hiver
et Jésus marchait dans l'enceinte du Temple
sous le portique de Salomon
alors l'encerclèrent les Judéens et ils lui disaient
« jusqu'à quand tiendras-tu en suspens notre âme ?
si tu es le messie dis-le nous franchement ! »
Jésus leur répondit
« je vous l'ai dit et vous ne croyez pas
les actions que je fais au nom de mon Père
elles témoignent pour moi
mais vous ne croyez pas
c'est que vous n'êtes pas de mon troupeau
mon troupeau ils entendent ma voix
et moi je les connais et ils me suivent
et moi je leur donne vie éternelle
et jamais pour l'éternité ils ne se perdront
et jamais quelqu'un ne les ravira de ma main
mon Père qui me les a donnés
est plus grand que tous
et personne ne peut ravir de la main du Père
moi et le Père sommes un »
(Jean 10, 22-30)

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