Partage d'évangile quotidien
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Prendre ou recevoir ?

Lun. 22 Avril 2024

Moi, j'offre ma vie pour la recevoir de nouveau ; personne ne me la prend, mais moi je l'offre de moi-même, j'ai la faculté de l'offrir et la faculté de la recevoir de nouveau. Tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père

Ma vie, "j'ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre" : c'est ainsi qu'est traduit dans l'immense majorité des cas "εξουσιαν εχω θειναι αυτην και εξουσιαν εχω παλιν λαβειν αυτην" (exousian echo theinai auten kai exousian echo palin labein auten). Une première remarque vient à l'esprit : "reprendre" , ou pour être plus exact "prendre de nouveau", supposerait que c'est Jésus qui aurait été l'acteur principal de sa résurrection, ce serait lui qui se serait ressuscité lui-même, mais ceci irait à l'encontre de tout ce qui en est dit par ailleurs, y compris par des mots qui lui sont attribués à lui-même ; la résurrection, c'est en premier Dieu qui réveille Jésus, et ensuite seulement Jésus qui se relève lui-même. La résurrection, c'est donc Dieu qui redonne la vie, et non Jésus qui se la redonne ou la reprend...

Or, le verbe λαμβάνω (lambano), que la plupart traduisent donc par "prendre", a justement deux sens principaux : premièrement prendre mais deuxièmement ...recevoir. Pourquoi est-ce presque systématiquement le premier sens qui a été retenu ici ? sans doute en partie à cause du mot "pouvoir", mais surtout à cause d'a priori préconçus sur la soit-disant toute-puissance de Dieu, combinés à l'idée globale et erronée d'un Jésus qui est purement et simplement assimilé à ce dernier. Mais dans ce cas, on perd tout le sens profond de la phrase qui a tenu absolument à associer les deux "pouvoirs", celui de donner sa vie et celui de la recevoir de nouveau. Est-ce vraiment par hasard, ou juste pour la beauté formelle du balancement entre les deux membres, que donner et recevoir sa vie ont été ainsi unis dans ce même "pouvoir" ?

Mais d'abord, peut-on encore conserver le mot "pouvoir" s'agissant de "recevoir" quelque chose ? cela sonne quand même bien un peu étrange, le "pouvoir de recevoir", non ?. C'est déjà moins grave que le contresens entre "prendre" et "recevoir", mais il vaudrait sûrement mieux utiliser un mot un peu moins extrême, d'autant que, si ἐξουσία peut effectivement avoir le sens fort de "pouvoir, puissance", il a pourtant, et en premier cette fois, celui moins typé de "liberté, faculté", autrement dit d'une capacité, d'une aptitude, ce qui conviendra certainement bien mieux ici : la "faculté de recevoir de nouveau" et non le "pouvoir de re-prendre".

Et c'est donc là que peut alors apparaître pleinement le lien entre la capacité à donner sa vie et celle à la recevoir de nouveau. La capacité à donner sa vie suppose effectivement d'avoir compris qu'elle n'est justement pas à strictement parler "nôtre", je ne me suis pas donné la vie, je l'ai reçue, et non seulement je l'ai reçue lors de ma conception, mais depuis cet instant même et continuellement je n'ai fait et je ne fais aussi que la recevoir encore et encore. La vie m'est donnée sans cesse, à tout instant, et à tout instant elle pourrait m'être reprise. C'est donc seulement ainsi, lorsque je sais que ma vie est un don permanent que je reçois, que j'ai alors la "capacité" de la "donner", de l'offrir, jusqu'à pouvoir accepter qu'elle me soit reprise pour des raisons qui me dépassent tout comme me dépassent les raisons pour lesquelles elle m'est donnée ; ...et c'est donc seulement ainsi aussi que j'ai la "capacité" à la "recevoir de nouveau" ultérieurement.

On peut noter enfin que le "pouvoir de reprendre" sa vie sous-entendrait obligatoirement que ce ne serait juste que la même vie que précédemment, qu'elle se serait interrompue mais qu'elle reprendrait ensuite, après ce qui n'aurait été qu'une parenthèse, alors que la "faculté de la recevoir de nouveau" laisse la possibilité que cette seconde vie reçue puisse être d'un tout autre ordre que la précédente...

 

 

moi je suis le bon berger
    le bon berger offre sa vie pour le troupeau
le salarié lui n'étant pas berger
    — le troupeau n'étant pas à lui –
    qu'il voie venir le loup, il laisse le troupeau et fuit
    et le loup les ravit et les disperse
parce qu'il est salarié
    et peu lui chaut le troupeau
moi je suis le bon berger
et je connais les miens et je suis connu des miens
    comme le Père me connaît et que je connais le Père
et j'offre ma vie pour le troupeau

et j'ai un autre troupeau qui n'est pas de cet enclos
    et lui aussi j'ai à le mener
et il entendra ma voix
    et ils deviendront un seul troupeau avec un seul berger
    
c'est pour cela que le Père m'aime
parce que moi j'offre ma vie
    pour la recevoir de nouveau
personne ne me la prend
    mais moi je l'offre de moi-même
j'ai la faculté de l'offrir
    et la faculté de la recevoir de nouveau
tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père

(Jean 10, 11-18)

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