Faute, justice et jugement
Si on comprend à peu près ce que signifie la notion de faute (qu'on appelle généralement dans la tradition judéo-chrétienne "péché"), quelle différence entre la justice et le jugement, par rapport à cette faute ?
Une des propriétés sans doute les plus surprenantes de l'expérience de Dieu — ce qu'on appelle aussi les expériences mystiques —, et ce, qu'elle se soit produite spontanément sans qu'on ait apparemment rien demandé, ou après une longue sadhana, un long cheminement, dans cet objectif : cette propriété, c'est la gratuité de ce qui est reçu là. Quand cela se produit sans qu'on l'ait cherché, c'est assez évident, c'est cadeau, et, au pire, cela restera quand même et toujours comme un souvenir inoubliable. Quand on l'a cherché, c'est peut-être là que c'est le plus marquant : l'expérience dépasse largement ce qu'on en attendait.
Personnellement, je ne suis pas dans le premier cas, je ne pourrai donc pas en dire grand chose de plus. Ce que je connais, c'est le second cas, la recherche, le besoin, de quelque chose qui dépasse la seule croyance. Oui, le besoin. Et on se met alors à suivre une voie (mais est-ce un hasard si les premiers "chrétiens", avant que ce nom ne leur soit donné par d'autres qu'eux, se définissaient eux-même plutôt comme "ceux de la voie"), une voie pratique, forcément, concrète, et en bref, une voie qu'on peut caractériser comme concernant essentiellement, centralement, le corps. La mystique, l'expérience concrète de Dieu, passe nécessairement par le corps.
Mais quels que soient les efforts qu'on ait pu faire sur cette voie, quand l'expérience commence, elle apparaît donc comme dépassant incommensurablement les efforts en question ; elle n'est pas une récompense pour des mérites, elle reste un don, total, gratuit.
C'est un peu ce dont veut nous parler cette histoire de faute, de justice, et de jugement, dans le passage d'évangile de ce jour. Et d'abord, si on comprend à peu près ce que signifie la notion de faute (qu'on appelle généralement dans la tradition judéo-chrétienne "péché"), quelle différence entre la justice et le jugement, par rapport à cette faute ? et c'est là que nous rejoignons cette notion de gratuité, de don. Car la justice, c'est ce qui consiste à dire ce qui est juste, la justice ne peut donc pas dire que la faute est un bien, la justice dit clairement ce qu'est le bien et ce qui ne l'est pas.
Le jugement, par contre, c'est en quelque sorte le complément : maintenant que les choses sont établies, qu'il a été clairement marqué ce qui est du domaine du bien et ce qui n'en est pas, il resterait, dans la justice des hommes, la punition, la condamnation, la peine à purger. Mais avec Dieu, non, ça ne se passe pas comme ça, il n'y a pas de notion d'expiation. Ce n'est en aucun cas une invitation à se comporter n'importe comment dans notre vie, évidemment, mais non, l'enfer, le purgatoire, tout cela n'existe pas, si ce n'est peut-être sur cette terre-ci sur laquelle nous vivons, dans cette vie-ci ? Et c'est là encore ce dont parle un de ces adages des premiers chrétiens (dans un langage très contestable, mais quand même) "bienheureuse faute d'Adam qui nous valut un tel rachat".
Scandaleux ? Hitler, Staline, Pol Pot, Netanyahou, n'iront pas en enfer ? eh bien non, ils n'iront pas, puisque l'enfer n'existe pas. Mais moi non plus, je n'y irai pas... mystère de l'infini de l'amour ?
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ces choses je ne vous les ai pas dites
dès le commencement
parce que j'étais avec vous
mais maintenant je vais vers celui qui m'a envoyé
et aucun de vous ne me demande
"où vas-tu ?"
mais à cause de ces choses que je vous ai dites
la tristesse a rempli vos cœurs
mais moi je vous dis la vérité
il est avantageux pour vous que moi je m'en aille
car si je ne m'en allais pas
le défenseur ne viendrait pas à vous
mais si je vais je l'enverrai auprès de vous
et étant venu lui il confondra le monde
à propos de faute et à propos de justice et à propos de jugement
à propos de faute en effet
parce qu'ils ne croient pas en moi
à propos de justice ensuite
parce que je vais vers le Père
et que vous ne me voyez plus
à propos de jugement enfin
parce que le chef de ce monde a été jugé
(Jean 16, 4b-11)

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