Partage d'évangile quotidien
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Toi, suis-moi !

Ven. 17 Mai 2024

"Simon de Jean ! m'aimes-tu ? Simon de Jean ! m'aimes-tu ? Simon de Jean ! m'aimes-tu ?" trois fois ! Pierre est vexé : "mais oui, je t'aime !" mais pourquoi insiste-t-il comme ça, comme s'il en doutait ?

Qu'est-ce que c'est que ce Jésus qui se transformerait en diseuse de bonne aventure pour prédire l'avenir de Pierre ? Ce serait absolument unique dans tous les évangiles, mais cela n'empêche pas nombre d'exégètes d'affirmer sans sourciller que ce serait le cas ici. Évidemment, s'agissant de celui dont on fera par la suite le premier pape, et patati et patata, une telle exception viendrait en renfort de son autorité supposée. Mais il n'en reste pas moins excessif d'affirmer que ce passage parlerait nécessairement de la mort de Pierre en martyr, et surtout pas de la mort crucifié la tête en bas, qui est la version officielle de son hagiographie.

En premier, on ne peut que remarquer que "un autre te ceindra et t'emmènera là où tu n'aurais pas voulu" décrit simplement la condition de la personne sénescente avec perte d'autonomie... Ne plus pouvoir s'habiller tout seul parce que les membres sont devenus trop raides, devenir dépendant des autres pour tout, et notamment ne plus pouvoir partir à l'aventure ou faire ses courses comme bon nous chante, voilà un portrait dans lequel beaucoup se reconnaîtront, hélas, et même si cela devient le cas de plus en plus de personnes dans notre société avec l'allongement de l'espérance de vie, cela existait évidemment déjà à l'époque. Voilà donc la prédiction de Jésus, que Pierre deviendrait plus ou moins impotent avec l'âge ?

Il semble bien qu'une autre lecture encore doive donc être cherchée. Cette situation où on n'est plus vraiment maître de sa vie doit, à mon sens, nous faire penser à ce que cet évangile a décrit dans ses débuts, la seconde naissance, la naissance à l'Esprit, cet Esprit qu'on entend mais dont on ne sait d'où il vient et non plus : où il va. Et l'évangéliste ajoute alors : "ainsi en est-il de tout homme né de l'Esprit", il ne sait pas où il va, c'est désormais l'Esprit qui le mène, en toute confiance, mais il est vrai que souvent ce ne sera pas là où il aurait pensé, pas "là où il aurait voulu". Ce serait alors simplement cela, cette prédiction, que Pierre finira par naître à l'Esprit, avant de mourir.

Et tel est alors le "genre" de mort qui l'attend et par laquelle il glorifiera Dieu, celle de quelqu'un qui est déjà mort à son ego, de quelqu'un qui entre donc tout vivant, de la vie de l'Esprit, dans le Royaume, quelqu'un qui n'a rien à craindre de la "seconde mort". C'est en cela qu'il glorifie Dieu, même s'il ne meurt pas martyr, et même encore s'il est le seul à le savoir, s'il ne laisse aucun souvenir impérissable à personne, il glorifie quand même Dieu.

Et c'est pourquoi, parce que Pierre est, à ce moment-là, encore très loin de cette seconde naissance, que Jésus doit lui dire de le suivre ; Pierre a encore du chemin à faire, du pain sur la planche, à la suite de son maître.

 

 

après qu'ils eurent mangé

    Jésus dit à Simon-Pierre
« Simon de Jean ! m'aimes-tu plus que ceux-ci ? »
    il lui dit :
« Oui Seigneur ! tu sais que je t'aime »
    il lui dit :
« fais paître mon troupeau »
    
    il lui dit de nouveau une deuxième fois
« Simon de Jean ! m'aimes-tu ? »
    il lui dit
« Oui Seigneur ! tu sais que je t'aime »
    il lui dit
« fais paître mon troupeau »
    
    il lui dit pour la troisième fois
« Simon de Jean ! m'aimes-tu ? »
    Pierre fut vexé
qu'il lui ait dit pour la troisième fois "m'aimes-tu ?"
    et il lui dit
« Seigneur ! tu sais toutes choses
    tu sais
que je t'aime »
    Jésus lui dit
« fais paître mon troupeau
    
    amen amen je te dis
quand tu étais plus jeune
    tu te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais
mais quand tu seras âgé
    tu tendras tes mains et un autre te ceindra
    et t'emmènera là où tu n'aurais pas voulu »

il dit ceci pour faire comprendre
    par quelle sorte de mort
il glorifierait Dieu
    et ayant dit cela il lui dit
« suis-moi »

(Jean 21, 15-19)

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