Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Une seule chair

Ven. 24 Mai 2024

Une seule chair : il ne faudrait cependant pas limiter cela à une histoire de "bête à deux dos" ; ils ne sont plus deux, mais ils sont un, un seul être vivant, une seule âme aussi, une seule âme vivant du seul Esprit

C'est facile pour lui, Jésus, de dire "que l'humain ne sépare pas ce que Dieu a attelé ensemble", lui qui, justement, n'a pas "quitté son père et sa mère pour faire une chair" avec une femme ? on voit qu'il ne sait pas ce que c'est que d'avoir été mal marié ?

Il est surprenant comme on relativise facilement les "vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi" ou "aimez vos ennemis pour être parfaits comme votre Père est parfait". Ah là on est prêt à s'accorder toutes les excuses. Mais sur le divorce... pas de pitié, c'est une faute impardonnable, qui exclut de la communion ecclésiale, au point qu'on peut dire qu'il vaudrait mieux tuer son conjoint que de s'en séparer en bons termes, du point de vue de certains casuistes particulièrement myopes.

Il est certain que c'est Paul, un autre célibataire, qui est ici le vrai responsable, lui qui a inventé cette idée que l'union de l'homme et de la femme était une icône de l'union du Christ et de l'Église, à partir de quoi divorcer deviendrait un blasphème contre l'Esprit...! Mais il n'y a pas de raison à ceci, c'est Paul qui a posé cet axiome sorti tout droit de son cerveau fertile en imagination, mais ne reposant sur rien d'autre. Tout "péché" est une rupture de la relation qui nous lie aux autres et à Dieu.

Reste que cette recommandation de Jésus à propos du divorce a choqué ses coreligionnaires, et pas seulement les pharisiens, ses disciples aussi : ces derniers, dans la version de Matthieu de ce même passage, réagissent ainsi (19, 10) : "Si telle est la condition de l'homme avec la femme, alors il n'y a pas d'intérêt à se marier !" Si on ne peut même plus la répudier quand on n'en peut plus d'elle... Jésus est ici à contre-courant, à rebrousse-poil, un scandale, pour ses coreligionnaires, ce qui, en exégèse historico-critique, est un indice d'une historicité quasi certaine de cette prise de position. Tout comme d'ailleurs pour ce qui concerne l'amour des ennemis, ce sont des affirmations qui choquent, qui ne peuvent que rebuter, qui sont donc contre-productives si le christianisme voulait pouvoir gagner des adeptes.

Un peu différent est le cas de la recommandation finale "si une femme renvoie son homme et en épouse un autre, elle est adultère" : en milieu juif de l'époque, seul l'homme pouvait renvoyer sa femme, pas l'inverse ; serait-ce alors une innovation de Jésus ? Il est vraisemblable qu'il a été très ouvert et attentif aux femmes (ainsi qu'aux enfants d'ailleurs), bien au-delà des convenances admises dans sa culture. Mais on est plutôt ici en présence d'un ajout de l'évangéliste, Marc, qui écrivait pour des personnes vivant à Rome, ou en tout cas relevant du droit romain, dans lequel les femmes avaient autant le droit que les hommes de demander le divorce. Si c'était Jésus qui avait été à l'initiative de cette innovation-là, il y en aurait une justification, par l'Écriture, ou par la formule "on vous a dit que... mais moi je vous dis que...".

Mais pour en revenir à cette interdiction du divorce, eh bien, évidemment que c'est une rupture d'un lien, et donc en ce sens ce qu'on appelle un péché, et c'est regrettable, mais d'un autre côté, si on n'est effectivement plus capable de maintenir ce lien, et parfois c'est parce que c'est l'autre qui ne fait pas sa part d'effort pour le garder vivant, parfois c'est soi-même qui pour x raisons, même pas forcément possibles à comprendre, ne le peut plus ; eh bien, dans ces cas-là, et si on ne peut pas demander d'aide à des tiers, il vaut mieux prendre acte qu'il n'y a pas d'issue, plutôt que de s'acharner à vivre et faire vivre l'enfer.

Si mon cœur m'accuse, Dieu n'est-il pas plus grand que mon cœur ?

 

 

et de là il se lève
et vient dans le territoire de la Judée
    et au-delà du Jourdain
et de nouveau des foules marchent vers lui
    et comme à l'accoutumée de nouveau il les enseignait

    et des pharisiens s'approchèrent et lui demandaient
s'il est permis à un homme
    de renvoyer femme
— c'est pour l'éprouver
    mais lui répondit et leur dit
« que vous a commandé Moïse ? »
    et eux dirent
« Moïse a autorisé
d'écrire un acte de rupture et de renvoyer »
    mais Jésus leur a dit
« c'est à cause de votre sclérose du cœur
    qu'il vous a écrit ce commandement
mais depuis le commencement de la création
    "mâle et femelle il les a faits"
"c'est pourquoi un humain quittera son père et sa mère
    et ils seront les deux une chair"
ainsi ils ne sont plus deux
    mais une chair
aussi ce que Dieu a attelé ensemble
    que l'humain ne le sépare pas ! »

et de retour à la maison
    les disciples l'interrogeaient là-dessus
    et il leur dit
« qui renvoie sa femme et en épouse une autre
    commets un adultère envers elle
et si c'est elle qui renvoie son homme et en épouse un autre
    elle commets un adultère »

(Marc 10, 1-12)

Commenter cet évangile