Partage d'évangile quotidien
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Vainqueur du monde

Lun. 13 Mai 2024

Est-on obligé de choisir entre la survie d'une institution mais qui dénature le message, et la dissémination de témoins qui ne peuvent qu'enfouir dans la pâte les graines dudit message, en espérant qu'elles porteront du fruit ?

Moi, je suis vainqueur du monde : on pourrait comprendre par là "le monde a été vaincu", c'est un fait universel, global, le monde est définitivement k.o., il ne peut plus faire de tort à personne, l'ennemi est écrasé... C'est ainsi que, dans le christianisme, on aura tendance à comprendre cette affirmation, Jésus serait celui qui aurait débarrassé l'humanité de cette adversité, une fois pour toutes et pour tous.

Cependant, voici près de deux mille ans que ceci a été écrit, sinon prononcé, et nous voyons bien que le monde, ce monde-là, le monde de l'adversité, le monde de l'illusion, du pouvoir, de la ruse, du chacun pour soi, est toujours là... comme il l'était pour ceux à qui ces paroles étaient pourtant destinées : dans ce monde, "vous avez l'oppression", ou les tribulation, ou les persécutions, etc., et voici que, lui, serait d'ores et déjà vainqueur de ce même monde ? C'est donc que cette victoire dont il est question est celle de Jésus seul, ne concerne au premier chef que lui : lui a vaincu le monde ...pour ce qui le concerne lui ! le monde n'a plus de prise sur lui, et ceci devrait être un encouragement pour chacune et chacun de nous, puisque lui l'a fait, c'est donc que c'est possible, il n'y a pas de raison que nous ne puissions pas le faire nous aussi.

Mais oui, mais non, dira-t-on : lui a pu le faire parce que, lui, était Dieu ; mais non... C'est bien là que se pose tout le problème de cette divinité comprise ainsi. Si elle signifie que lui pouvait faire des choses que ne pourrait faire personne d'autre que lui, alors son humanité n'était pas réelle, n'était pas comme la nôtre, c'était juste une apparence, un faux-semblant, en réalité c'était donc sa divinité qui faisait tout le job, l'homme se contentant de prêter une figure humaine à cette divinité.

L'évangile de Jean, en tout cas, bien qu'on le tienne, avec raison, comme le plus mystique, ne dit pas ça, justement. Ici, il ne dit absolument pas que Jésus fasse quoi que ce soit à notre place. Il n'y a pas longtemps, il affirmait que ceux qui suivent sa voie seraient capables d'accomplir des actes encore plus grands que les siens... La communauté johannique témoigne ainsi d'une compréhension de Jésus fort différente de ce qu'est devenu le christianisme par la suite. Il suffit donc de lire son livre testament, cet évangile dit de Jean, pour s'en rendre compte, à condition, bien sûr, d'enlever ses lunettes, d'oublier les a priori inculqués par deux mille ans de dévitalisation progressive, de malentendu en malentendu.

Ceci dit, on sait que cette communauté johannique ne tint pas même sur un siècle, alors que les communautés pauliniennes ont donc survécu jusqu'à nos jours sous la forme des églises orthodoxe, catholique, protestantes... Est-on alors obligé de choisir entre la survie d'une institution mais qui dénature inéluctablement le message, et la dissémination de témoins qui ne peuvent qu'enfouir dans la pâte humaine les graines authentiques dudit message, en faisant confiance qu'elles porteront quand même du fruit ?

 

 

    ses disciples disent
« voici que maintenant tu parles en clair
    et que tu ne dis plus aucune comparaison
maintenant nous savons que tu connais tout
    et que tu n'as pas besoin que quiconque t'interroge
pour cela nous croyons que tu es issu de Dieu »

    Jésus leur répondit
« à présent vous croyez ?
voici qu'une heure vient et elle est venue
où vous serez dispersés chacun chez soi
    et vous me laisserez seul
(mais je ne suis pas seul
    car le Père est avec moi)
je vous ai dit tout ceci
    afin qu'en moi vous ayez la paix
dans le monde vous avez de l'oppression
    mais ayez confiance !
moi je suis vainqueur du monde »

(Jean 16, 29-33)

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