À la fois les mêmes et nouveaux
Le particularisme de la nation, du lieu, ou du peuple, qui nous ont vu naître, sans à être renié, évidemment — il ne s'agit pas de se couper de ses racines —, ne doit cependant en aucun cas primer sur l'universalité de la fraternité avec tous les êtres humains
Raisonnement quelque peu complexe à comprendre si on n'en maîtrise pas les clés, dans ce texte du jour : d'une part, le Messie espéré, attendu, celui qui établira définitivement Israël, tant matériellement dans sa souveraineté sur ses terres, que spirituellement dans son éminence (par l'exemple) devant les autres nations, est forcément censé descendre de David, à cause de la dimension matérielle, politique, terrestre, de son rôle. Mais voici qu'il y a ce début du psaume 110 (109) : "Oracle de YHWH à mon Seigneur : Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône." Qui peut être ce "Seigneur" dont la destinée est de siéger à la droite de YHWH ? précisément il ne peut s'agir que du même Messie.
Mais alors, les psaumes étant tous attribués à David, cela signifierait que David se serait adressé à son futur descendant en lui donnant du "Seigneur", et ceci est absolument impossible dans la culture hébraïque (si tant est que ce le soit dans d'autres cultures) ; jamais un père ne peut donner de ce titre à son fils, ni à aucun des fils de ses fils, etc., ce serait inverser le respect dû par les enfants à leurs parents en respect dû par les parents à leurs enfants ! Conclusion : soit on se trompe en pensant que le Messie doive descendre de David, soit, mais cela revient en fait au même, bien que descendant biologiquement de David, le Messie transcendera largement ces attentes "royales", politico-militaires, au point que David lui-même accepterait de l'appeler quand même son Seigneur...
Quelle que soit l'option choisie, on comprend qu'ici aussi, comme pour l'histoire de l'impôt à payer ou ne pas payer à César, Jésus s'inscrit dans une perspective de séparation radicale entre le temporel et le spirituel, et ceci bien sûr dans l'optique que le spirituel ne doit pas être esclave ou prisonnier du temporel. La royauté d'Israël sur ses terres, Jésus s'en moque, ou du moins cela lui semble parfaitement secondaire. Ce n'est pas là l'essentiel. À nouveau, le particularisme de la nation, du lieu, ou du peuple, qui nous ont vu naître, sans à être renié, évidemment — il ne s'agit pas de se couper de ses racines —, ne doit cependant en aucun cas primer sur l'universalité de la fraternité avec tous les êtres humains, et même au-delà.
On peut d'ailleurs constater que c'est l'inverse : plus on accepte de s'ouvrir à ce qui nous est étranger, plus on découvre de richesses insoupçonnées aussi dans ces origines qui sont les nôtres et que nous croyions connaître par cœur. Mais pour cela, il faut donc accepter le dépaysement, accepter de passer par le sentiment de se perdre, de perdre tous ses repères, pour pouvoir les retrouver ensuite, à la fois les mêmes, et à la fois nouveaux !
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et Jésus répondit et disait
en enseignant dans le temple
« comment les scribes disent-ils
que le messie est fils de David ?
David lui-même a dit dans l'Esprit-Saint
"YHWH a dit à mon Seigneur
assieds-toi à ma droite !
jusqu'à ce que j'ai mis tes ennemis au-dessous de tes pieds"
David lui-même l'appelle "mon Seigneur"
alors d'où vient qu'il est son fils ? »
et la foule nombreuse l'écoutait avec plaisir
(Marc 12, 35-37)

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