Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Rendre à César

Mar. 4 Juin 2024

Rabbi ! nous savons que tu es vrai et que tu ne ménages personne, car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes, mais tu enseignes le chemin de Dieu en vérité : est-il permis ou non de donner un impôt à César ? donnons-nous ou ne donnons-nous pas ?

C'est peut-être là ce qui séparera irrémédiablement le christianisme du judaïsme. Cette séparation radicale entre le temporel et le spirituel. Non pas que le spirituel n'ait rien à dire sur la manière de nous comporter dans le monde ! évidemment que si. Mais accepter l'occupation romaine, parce que la question de la "terre promise" est secondaire, voilà qui ne pouvait que décoiffer l'assistance de Jésus. Non, non seulement il n'est pas le messie politico-militaire que tous attendaient, mais il le dit ici clairement : cette question ne présente pour lui aucun intérêt.

Bien sûr, on peut faire remarquer que le denier dont il regarde l'effigie et l'inscription, ce sont ses contradicteurs qui l'avaient dans leur poche, et s'il le leur a demandé, c'est parce que lui-même n'en avait pas. Pas d'argent romain — en fait pas d'argent du tout, puisqu'il vit de l'hospitalité de ceux qui veulent bien l'accueillir — comment pourrait-il payer un impôt ? Eux, par contre, les pharisiens et les hérodiens, mais sûrement aussi les sadducéens, ne sont pas gênés d'en avoir, y compris de l'argent romain, c'est donc qu'ils s'en accommodent, de cette occupation.

Mais ce faisant, on manque aussi la seconde partie de la sentence : ce qui vient de Dieu rendez-le à Dieu. Et c'est là le fond du désaccord, la pierre d'achoppement. Ce qui nous vient de Dieu ? c'est tout, absolument tout. Et lui rendre tout, ou pour le moins lui en rendre grâces, cela peut se faire, peu importe qu'on soit sous occupation étrangère ou souverain sur ses terres. Dieu se moque de ces particularités dont nous sommes fiers, et prêts à tuer les autres pour les défendre, que nous appelons des nations. Dieu aime tous les hommes, sans aucune exception, et ce qu'il attend d'eux, c'est d'être des vis-à-vis de lui, ses interlocuteurs, tout le reste étant secondaire.

Pour Dieu, il n'existe pas de peuple choisi, de peuple élu, il n'y a donc jamais eu non plus de terre promise. Si une telle promesse a pu être suggérée à Abraham, c'était une ruse, mais le seul et vrai but était qu'il quitte le lieu où il était né, qu'il quitte sa nation d'origine, qu'il dépasse cette identification puérile ; ce n'était alors certainement pas pour qu'il inaugure une autre identification à une autre nation sur une autre terre. Seul compte d'être en chemin vers un ailleurs libéré de toutes attaches mortifères, de quelque sorte qu'elles soient.

 

 

et ils envoient vers lui
    quelques uns des pharisiens et des hérodiens
afin qu'ils le piègent sur une parole
    et ils viennent et lui disent
« rabbi !
    nous savons que tu es vrai
et que tu ne ménages personne
    car tu ne regardes pas à l'apparence des hommes
    mais tu enseignes le chemin de Dieu en vérité
est-il permis ou non de donner un impôt à César ?
    donnons-nous ou ne donnons-nous pas ? »

mais lui sachant leur rouerie
    leur a dit
« pourquoi me testez-vous ?
    apportez-moi un denier que je le voie ! »
et ils apportèrent
    et il leur dit
« de qui est cette image ? et l'inscription ? »
    et ils lui dirent
« de César ! »
    alors Jésus leur a dit
« ce qui est de César
    rendez-le à César !
et ce qui est de Dieu
    à Dieu ! »

et ils étaient stupéfiés par lui

(Marc 12, 13-17)

Commenter cet évangile