Partage d'évangile quotidien
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Comme des anges dans les cieux

Mer. 5 Juin 2024

N'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au Buisson, comment Dieu lui a parlé en disant : "Moi je suis le Dieu d'Abraham et Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob !" ? il n'est pas un Dieu de morts mais de vivants !

L'argument donné ici pour affirmer que les morts, ou au moins certains d'entre eux, ne restent pas dans la mort, n'est peut-être pas évident à comprendre : YHWH se serait présenté à Moïse, lors de l'épisode dit du buisson ardent, comme étant "le Dieu d'Abraham et Dieu d'Isaac et Dieu de Jacob". Ah ! et alors ? très bien a-t-on envie de dire, Abraham, Isaac et Jacob ont vécu certaines aventures, une certaine geste, avec toi, mais maintenant ils sont morts, leurs restes se trouveraient dans ce qu'on appelle le tombeau des patriarches, à Hébron (Cisjordanie), mais même si ce n'est qu'une légende, de toutes façons ils ne sont plus maintenant qu'au stade "restes", dans le meilleur des cas réduits à quelques os...

Oui, de ce point de vue-là, il ne reste tout au plus que des ossements, de Abraham, Isaac et Jacob. Mais ce n'est pas le point de vue de YHWH, sinon il aurait dû dire "je suis le Dieu des ossements d'Abraham et d'Isaac et de Jacob", ou encore "j'ai été le Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob". Tel est donc l'argument en faveur du "réveil" ou de la "relevée" des morts : si Dieu s'est présenté à Moïse comme étant le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est que, pour lui, ils étaient vivants au moment où il l'a dit, et qu'ils l'étaient certainement aussi au moment où Jésus a formulé l'argument, et qu'ils le sont encore de nos jours.

Évidemment, ceci ne dit pas grand chose du genre de vie dont on bénéficie dans la résurrection. On peut remarquer que c'est un état qui, a priori, ne dépend plus d'aucune manière du corps : le cadavre s'en va à son destin de cadavre, d'une part, et les personnes — au moins Abraham, Isaac et Jacob, mais on peut espérer qu'ils ne sont pas tout seuls à bénéficier de cet état — vivent, d'une certaine façon, peut-être ne serait-ce que dans la pensée de Dieu ? On peut remarquer aussi qu'il n'est pas question d'attendre une supposée fin des temps : à nouveau, au moins pour Abraham, Isaac et Jacob — mais pourquoi en serait-il autrement pour tout un chacun ? —, cela se produit vraisemblablement dès la mort corporelle.

Et puis, voilà à peu près tout ce qu'on peut en dire ! En tout cas, l'histoire des sadducéens apparaît immédiatement sans aucun objet : étant devenus de purs esprits ("comme des anges dans les cieux"), il n'est plus question de relations sexuelles, considérées comme une sorte de privatisation de l'autre, d'appropriation. Peut-être restera-t-il des affinités sélectives, mais le tableau général tendra plutôt à la communion de tous avec tous, en parfaite transparence des uns aux autres, ne nous connaissant nous-mêmes que par la connaissance des autres. C'est, quoi qu'il en soit, une supposition qui me semble personnellement plus que probable.

Enfin, peut se poser la question : Dieu jouant ici le rôle d'une sorte de mémoire ou pensée dans laquelle vivent les personnes dans la résurrection, on ne peut que s'interroger alors sur la nécessité que cette mémoire ou pensée soit elle-même personnalisée ou non. En somme, les qualités, les propriétés, et les capacités, attribuées ainsi à un Dieu personnifié, ne pourraient-elles pas être des qualités, propriétés et capacités intrinsèques à la nature ultime de l'univers, à son soubassement, un peu comme des qualités, propriétés et capacités physiques, donc, appartenant à la matière dans sa composante ultime, dont il faut reconnaître que nous ignorons encore tout ou presque tout !

Ainsi rejoindrait-on l'intuition profonde de Teilhard de Chardin (et de beaucoup d'autres...) que esprit et matière ne sont jamais que deux aspects d'une seule et même réalité.

 

 

et viennent vers lui des sadducéens
    ceux qui disent qu'il n'y a pas de résurrection
    et ils l'interrogeaient en disant
« rabbi ! Moïse a écrit pour nous
"si le frère de quelqu'un meurt
    et laisse après lui une femme
    et ne laisse pas d'enfant
que son frère prenne la femme
    et suscite une semence à son frère"
il y avait sept frères
et le premier prit femme et en mourant
    ne laissa pas de semence
et le deuxième la prit et mourut
    sans avoir laissé après lui de semence
et le troisième pareil
    et les sept ne laissèrent pas de semence
à la fin de tout la femme mourut aussi
à la résurrection quand ils se lèveront
    duquel d'eux sera-t-elle la femme ?
car les sept l'auront eue pour femme »

    Jésus leur disait
« n'est-ce pas pour cela que vous vous fourvoyez ?
    ne connaissant ni les Écrits
    ni la puissance de Dieu !
car lorsqu'on se lève d'entre les morts
    ni on n'épouse ni on n'est épousée
mais on est comme des anges dans les cieux
maintenant pour ce qui est des morts
    qu'ils se réveillent
n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse
    au Buisson
comment Dieu lui a parlé en disant
"moi je suis
    le Dieu d'Abraham
    et Dieu d'Isaac
    et Dieu de Jacob !" ?
il n'est pas un Dieu de morts
    mais de vivants !
vous vous fourvoyez beaucoup »

(Marc 12, 18-27)

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