Si le sel perd son sel...
Une ville située en haut d'une montagne ne peut être cachée, et on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau mais sur le lampadaire, et elle brille pour tous dans la maison...
Le sel n'a pas choisi d'être du sel ; imagine-t-on pour autant qu'il refuserait d'être du sel ? De même la lumière n'a pas choisi d'être de la lumière : imagine-t-on pour autant qu'elle refuserait d'être de la lumière ? Ce n'est pas un choix qui nous est proposé, nous sommes ce sel, nous sommes cette lumière ! Le sel de la terre, la lumière du monde, mais il est vrai que la seule différence c'est que, nous, nous pouvons refuser de tenir ce rôle qui est le nôtre, nous pouvons refuser d'être ce qui donne du goût, ce qui éclaire, en somme : ce qui donne du sens.
Sel de la terre : sel produit par la terre, nous sommes le fruit de l'évolution, et le fruit le plus abouti. Ce n'est pas pour dénigrer l'animal, cela ne nous donne pas le droit de l'asservir à nos seuls besoins, mais au contraire le devoir de le respecter, et, dans certains cas, par une domestication heureuse, de lui permettre d'aller un peu plus loin que sa nature originelle. C'est ainsi que nous devrions toujours nous comporter d'une manière générale par rapport à cette terre, cette matière, qui nous a produits, et par rapport à toutes ces productions qui nous ont précédés sur le chemin de l'évolution : que tous puissent être fiers de nous, et nous pleins de gratitude, parce que c'est grâce à eux tous que nous sommes devenus ce que nous sommes.
Lumière du monde : alors, en retour, nous pouvons devenir l'esprit qui illumine cette nature, le sens de toute cette aventure fantastique commencée il y a quelque quatorze milliards d'années. Non que nous soyons les seuls êtres conscients de tout l'univers : il serait bien surprenant que nous soyons le seul système planétaire où l'aventure de la vie ait pu se développer ; mais dans les limites de notre système solaire à nous, du moins, nous le savons maintenant, il n'y a que sur notre planète, sur notre "terre", que cela a pu se produire. C'est donc au moins de ce "monde"-là, de ce "cosmos"-là (κόσμος : c'est le mot grec utilisé ici dans le texte), que nous sommes, que nous devrions être, la lumière.
Une telle vocation, il est certain que nous n'y répondrons jamais parfaitement ; ou vu sous un autre angle : qu'il nous sera toujours possible de nous y perfectionner. Mais l'essentiel est de chercher à y répondre, ne pas être comme le sel qui n'a plus du tout de sel, et qui n'est alors plus bon qu'à retourner à la terre d'où il a été tiré. De là à devenir lumière aussi pour les autres "hommes", oui, c'est évidemment une possibilité, nous pouvons devenir un exemple, donner envie, mais alors simplement par ce que nous sommes, comme une évidence, qui nous dépasse, pour que ce soit "notre père dans les cieux" qui en soit glorifié, et non nous...
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c'est vous le sel de la terre
mais si le sel devient sans sel
avec quoi sera-t-il salé ?
il ne sert plus à rien
sinon jeté dehors
à être piétiné par les hommes
c'est vous la lumière du monde
une ville située en haut d'une montagne
ne peut être cachée
et on n'allume pas une lampe
pour la mettre sous le boisseau
mais sur le lampadaire
et elle brille pour tous dans la maison
de même que brille votre lumière
devant les hommes
afin qu'ils voient vos belles œuvres
et qu'ils glorifient votre père dans les cieux
(Matthieu 5, 13-16)

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