Partage d'évangile quotidien
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À la lettre près ?

Mer. 12 Juin 2024

Le texte de la Torah serait-il un texte sacré, à respecter littéralement à la lettre ? C'est la même idée que l'islam se fait du Coran, c'est la même idée que le christianisme s'est longtemps fait de la Bible dans son ensemble...

Qu'est-ce que c'est que cette histoire de iota ou d'accent ? L'expression "pas un iota" est connue, mais que veut-elle dire exactement ? Pour la comprendre, il faut se rappeler que Jésus était juif, que les évangiles racontent des événements qui concernent des Juifs, avec leur culture, et que notamment la Torah et les Prophètes sont des écrits juifs, écrits donc en hébreu. Première conséquence ; le iota veut dire iod, à peu près l'équivalent en hébreu du iota en grec et du "i" dans notre alphabet latin ; mais avec une petite différence : le iota en grec et le "i" en français sont des voyelles, mais le yod en hébreu est une consonne, équivalente de notre "y" dans yacht ou yoga, et de plus, graphiquement, le yod est la plus petite des consonnes. Quant aux accents, toujours en hébreux, ce sont eux qui font office de voyelles ; en effet, initialement, les textes hébreux ne comportaient que des consonnes, le lecteur devait suppléer, soit parce qu'il les connaissait, soit par intuition, quelles étaient les voyelles à utiliser, et plus tard seulement, les voyelles ont été ajoutées, mais sous la forme de petits signes, généralement en-dessous des consonnes...

Pas un iota, pas un accent : autrement dit, pas la plus petite consonne, pas une voyelle. Le texte de la Torah est un texte sacré, à respecter littéralement à la lettre ! C'est la même idée que l'islam se fait du Coran, c'est la même idée que le christianisme s'est longtemps fait de la Bible dans son ensemble et particulièrement du "Nouveau Testament" : les textes révélés viennent de Dieu lui-même, il sont donc forcément parfaits, jusqu'à la moindre virgule, puisqu'ils sont supposés avoir été pensés par un être parfait.

Dans le christianisme dans son ensemble, on est sortis d'une telle conception de la Bible, même s'il reste des franges non négligeables de fondamentalistes. On ne croit plus que Dieu ait dicté lui-même ces textes, on considère que ceux qui les ont écrits l'ont fait en étant inspirés, mais forcément aussi avec la nécessité de se faire comprendre de la mentalité et de la culture de leur époque, dont ils étaient de plus eux-mêmes plus ou moins dépendants. Ce sont donc des témoignages, au travers desquels brille quelque chose de la lumière qui les a inspirés, mais dont il n'est certainement pas question de tout prendre au premier degré ; c'est l'esprit qui les a suscités qui importe, c'est lui qu'il s'agit de discerner.

Et c'est précisément ce que fait Jésus lui-même : pour "accomplir" les Écritures, pour les parfaire, il fallait justement qu'il les dégage du formalisme et de toutes les minuties et arguties qui les encombraient, pour en retrouver l'esprit. Jésus va plus loin que ce que dit littéralement la Torah, et il est plus exigeant, précisément parce qu'il ne s'arrête pas à la lettre mais va, au-delà, à l'esprit qui a présidé à la lettre. C'est ainsi que vont ensuite se dérouler une série de "on vous a dit que... mais moi je vous dis..." où il demandera d'aimer ses ennemis, de rester fidèle à son conjoint, et autres recommandations qui feront (et font toujours) scandale.

Se pose donc la question : est-ce bien le même Jésus qui aurait dit de respecter la Torah à la lettre, au moindre iota, au moindre accent ? Cela semble peu probable, et c'est donc exactement le genre de cas où nous sommes obligés de reconnaître qu'il ne convient pas de tout prendre pour argent comptant dans ces textes "sacrés". C'était peut-être dans une bonne intention que celui ou ceux qui ont écrit cela l'ont fait, mais il n'est pas vraisemblable que ce soit ce que Jésus pensait ni qu'il l'ait dit dans ce sens-là.

On notera que Matthieu est le seul à rapporter ce propos, tout comme il n'y a pratiquement que chez lui qu'on trouve mention, et à de nombreuses reprises, du "feu éternel où il y aura pleurs et grincements de dents" ; tout ceci indique un milieu d'origine assez rigoriste, pour ne pas dire anachroniquement puritain. Mais cela n'empêche pas que Matthieu ait, lui seul aussi, ce qu'on appelle la scène du jugement dernier, où ledit jugement ne tient aucun compte des pratiques religieuses mais seulement de la compassion montrée envers ceux qui en avaient besoin...

 

 

ne pensez pas que je sois venu abolir
    la torah ou les prophètes
je ne suis pas venu abolir
    mais parfaire

car amen je vous dis
jusqu'à ce que soient passés
    le ciel et la terre
un seul iota ou un seul accent
    de la torah ne passeront pas
jusqu'à ce que tout se soit produit

aussi si quelqu'un néglige
    un seul des plus petits de ces commandements
et enseigne aux hommes de faire ainsi
    "le plus petit"
    sera-t-il appelé dans le royaume des cieux
mais si quelqu'un fait
et enseigne
    celui-là "grand"
    sera-t-il appelé dans le royaume des cieux

(Matthieu 5, 17-19)

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