Racaille !
Moi je vous dis que quiconque est en colère contre son frère sera passible du jugement, et qui dirait à son frère "racaille !" sera passible du sanhédrin, et qui dirait "fou !" sera passible de la géhenne du feu !
Non seulement ne pas tuer, mais pas même se mettre en colère, ni même proférer d'insultes, ni... on voit la logique, on voit l'idée, ne pas exprimer la moindre animosité, ce qui nous amènera inéluctablement à traquer cette animosité sitôt qu'elle surgit en nous, et à apprendre à en faire autre chose que de la laisser nous gouverner. Ne jamais faire le moindre tort à personne, même si cela pourrait nous sembler justifié.
Un tel programme est absolument contre-intuitif, contre-nature même. C'est tout-à-fait naturel de répliquer à une agression par une agression d'au moins le même niveau, voire un petit peu plus élevé pour avertir l'autre de s'en arrêter là. C'est instinctif. C'est ce que nous dicte notre nature animale, c'est ainsi que les différends se règlent dans le monde animal : nos intérêts divergent, eh bien ! c'est le plus fort, ou le plus rusé, qui va l'emporter. D'où vient cette idée qu'on puisse vouloir résister à cet instinct qui est en nous ? qu'on puisse ne pas vouloir y céder ?
Ce qu'on peut constater, c'est que cette idée est partagée par toutes les cultures humaines. Elle n'a rien de spécifiquement chrétien, l'hindouisme et le bouddhisme la professent aussi sous le nom de ahimsa (non-violence), mais c'est en fait toute vie en société qui invite à chercher d'autres solutions aux antagonismes que l'agressivité, et on peut d'ailleurs constater à ce sujet que, déjà dans le monde animal, ceux qui ont des formes de vie sociétale plus ou moins évoluées, vont aussi dans le même sens, d'inventer des mécanismes de médiation.
Mais il ne s'agit pas ici seulement de médiation, pas seulement d'éviter les affrontements, mais d'aller jusqu'à faire naître à la place la concorde, l'entente, l'estime, l'amitié même, réciproques ; il ne s'agit pas de seulement refouler le ressentiment : si "ton frère a quelque chose contre toi" — et cela éventuellement sans même que tu y sois pour quelque chose —, alors fais en sorte d'être "réconcilié avec ton frère", et tant que tu n'auras pas obtenu cela, inutile que tu viennes te présenter devant ton Dieu pour lui offrir un présent.
On n'est plus seulement dans le "ne pas faire" ceci ou cela contre l'autre, mais dans le "faire" pour lui, avoir le souci de son bien à lui, même si nous n'avons pas de lien particulier avec lui de parenté ou de voisinage, même si c'est quelqu'un que je ne connais "ni d'Ève ni d'Adam"... le seul fait que je sache que telle personne est dans un tel état de ressentiment à mon égard devrait en retour susciter ma compassion à son égard à elle ! et m'engager à faire tout ce que je peux pour l'aider à dissiper en elle ce ressentiment...
Utopique, vraiment ?
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car je vous dis
que si votre droiture n'a pas plus de profusion
que celle des scribes et des pharisiens
vous n'entrerez pas au royaume des cieux
vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres
"tu ne tueras pas !
et qui tuerait
sera passible du jugement"
mais moi je vous dis
que quiconque est en colère contre son frère
sera passible du jugement
et qui dirait à son frère "racaille !"
sera passible du sanhédrin
et qui dirait "fou !"
sera passible de la géhenne du feu
si donc tu offres ton présent à l'autel
et que là tu te rappellerais que ton frère
a quelque chose contre toi
laisse là ton présent devant l'autel
et va !
sois d'abord réconcilié avec ton frère
et alors viens et offre ton présent !
mets-toi vite d'accord avec ton adversaire
tant que tu es avec lui sur le chemin
avant que l'adversaire ne te livre au juge
et le juge au garde
et tu seras jeté en prison
amen je te dis tu ne sortiras pas de là
jusqu'à ce que tu aies rendu le dernier quart de sou
(Matthieu 5, 20-26)

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