En cas de prostitution
Vous avez entendu qu'il a été dit : "Tu ne commettras pas d'adultère" ; mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur...
Si on laisse libre cours, à l'intérieur de soi-même, à ses désirs de meurtre, si non seulement on ne les réfrène pas, mais même qu'on s'y complaît de manière fantasmatique, il y a de fortes chances qu'un jour on finisse par passer à l'acte. De même, si on passe son temps à rêver complaisamment d'aventures avec d'autres personnes que son conjoint, il y a de fortes chances que, là aussi, on finisse par passer à l'acte. On peut évidemment se dire que, dans ce second cas, les conséquences en sont moins dramatiques, c'est peut-être souvent vrai, mais pas toujours. La logique est donc bien la même ici : quiconque (sous-entendu : qui est déjà marié) regarde une femme "pour la désirer" a déjà commis l'adultère avec elle "dans son cœur".
Le "pour" dans "pour la désirer" est important : il ne s'agit pas d'un désir qui surgirait spontanément sans qu'on n'y soit pour rien ; il est évident que de tels désirs peuvent se lever en nous tout du long de nos vies, sinon pour certains à longueur de journées..., mais là on parle d'un regard porté volontairement pour entretenir ce désir précédemment surgi involontairement, ce qu'on appelle un regard de concupiscence, un regard qui n'a d'autre objectif que d'animer ce désir initial, de souffler sur les braises, de l'attiser, de le faire s'embraser. De là à s'énucléer pour s'empêcher de pécher... peut-être commencer simplement par éviter de se trouver en présence de cette personne, si vraiment la tentation est plus forte que nous ?
L'autre "solution", évidemment (?), c'est de commencer par répudier son conjoint. C'était ce que permettait la Torah, dans le cas où ce conjoint était pour soi un "motif de honte", lequel motif, selon les écoles, pouvait être d'avoir fait la connaissance d'une femme plus belle que la sienne... Mais ce n'est pas seulement contre un tel laxisme que Jésus s'élevait ; pour lui, semble-t-il, il n'y avait pas d'exception possible, répudier son conjoint c'est le forcer à être adultère (en prenant à son tour un autre conjoint pour ne pas rester seul.e sur le carreau, lequel autre conjoint sera alors aussi complice de cet adultère). Ajoutons que bien entendu, quoique ce ne soit pas précisé, l'auteur de la répudiation sera alors aussi adultère en prenant un autre conjoint.
Matthieu, cependant, est le seul des évangélistes à donner ici une exception possible : en cas de "prostitution". Il est difficile de savoir ce que Matthieu a voulu dire par là. Le mot grec est "porneia", dont le sens premier est bien "prostitution". Si on parcourt quelques traductions françaises, on trouve : "à propos de sexe" (Chouraqui), "fornication" (Darby), "infidélité" (Français courant, Segond), "prostitution" (Jérusalem, Tresmontant), "union illégitime" (AELF, TOB), "immoralité sexuelle" (Semeur), "concubinage" (sr. Jeanne d'Arc)...
Évidemment, le mot "porneia" nous ayant donné en français la "porno"graphie, on comprend que beaucoup soient partis sur ces idées de sexe plus ou moins crues et plus ou moins débridées. Mais si on se rappelle que, dans la Bible, chaque fois que les Hébreux ont été tentés de rendre des cultes aux divinités païennes, ces pratiques ont été justement qualifiées par YHWH et ses prophètes de "prostitution", c'est vraisemblablement à cela que Matthieu pensait : selon lui, on n'a pas le droit de répudier son conjoint, sauf si c'est lui qui est infidèle, ce qui semble relativement logique. Si le lien est effectivement, dans les faits, rompu par l'autre, alors il ne sert à rien de vouloir s'acharner à le maintenir ...tout seul !
Il reste qu'il faut être prudent : c'est Matthieu seul qui le dit, ni Marc ni Luc n'en font mention. Or YHWH, lui, malgré toutes les "prostitutions" d'Israël est censé lui être toujours resté fidèle ; il peut donc y avoir un sens à vouloir rester fidèle à un conjoint qui, lui, a pourtant apparemment tiré un trait sur ce lien-là depuis longtemps, d'une part. C'est une possibilité, mais c'est comme une vocation à part entière, il faut y être appelé ; attention ici à l'orgueil du beau rôle qu'on voudrait se donner... et inversement, il n'y a pas que les cas d'infidélité sexuelle qui signent une rupture du lien, il y a d'autres manières d'être infidèle, ne serait-ce qu'en ne respectant pas son conjoint en tant que personne à part entière, en le réduisant au seul rôle de faire-valoir, d'accessoire, utilitaire, en le maltraitant, etc.
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vous avez entendu qu'il a été dit
"tu ne commettras pas d'adultère"
mais moi je vous dis que
quiconque regarde une femme pour la désirer
a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur
aussi si ton œil droit te fait chuter
arrache-le et jette-le loin de toi !
car c'est mieux pour toi
que périsse l'un de tes membres
et que tout ton corps
ne soit pas jeté dans la géhenne
et si ta main droite te fait chuter
coupe-la et jette-la loin de toi !
car c'est mieux pour toi
que périsse l'un de tes membres
et que tout ton corps
ne s'en aille pas dans la géhenne
il a aussi été dit
"qui renverrait sa femme
qu'il lui donne un acte de répudiation !"
mais moi je vous dis que
quiconque renvoie sa femme
sauf en cas de prostitution
la fait commettre l'adultère
et qui épouserait une renvoyée
commet l'adultère
(Matthieu 5, 27-32)

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