Oui oui, non non
Pourquoi peut-on éprouver le besoin de jurer, d'appuyer ce qu'on affirme par une formule du genre : je te jure sur... que... ? la seule raison qui peut nous y amener n'est-elle pas que nous sachions pertinemment que nous ne disons pas toujours la vérité ?
Que des institutions puissent juger utile de recourir aux serments se comprend alors dans ce sens : c'est une mesure réaliste, qui veut tenir compte de la nature humaine en général, cela veut inciter la personne, à laquelle on fait prêter ce serment, à faire particulièrement attention à la sincérité de ce qu'elle va dire ou faire ; on peut penser ici notamment au "je jure de parler sans haine et sans crainte, de dire toute la vérité, rien que la vérité" demandé aux témoins dans les procédures judiciaires. On peut penser aussi aux serments prêtés lors de leur prise de fonction par un certain nombres de professionnels, ou de responsables politiques.
Mais dans la vie courante, si j'ai affaire à une personne qui use de la formule "je te jure...", ou même parfois d'un simple "je t'assure que...", je vais automatiquement me méfier, et l'effet sera à l'inverse exact de celui qu'elle aurait pensé obtenir par là : si elle éprouve le besoin d'appuyer son assertion de tels artifices, c'est qu'elle doute elle-même de leur validité, qu'elle sait que ses arguments sont soit faibles, soit franchement erronés, voire carrément des mensonges.
Fallait-il que ses coreligionnaires soient particulièrement englués dans le mensonge ou les semi-vérités, pour que Jésus doive ainsi leur mettre les points sur les "i" ? Après son appel à pacifier jusqu'en leurs racines nos ressentiments contre les autres, et à purifier de même nos désirs de possession de l'autre dans nos relations sexuelles, cet appel-ci, à faire la vérité dans notre utilisation de la parole, se situerait-il à un même niveau d'importance ?
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vous avez encore entendu qu'il a été dit aux ancêtres
"tu ne jureras pas faussement
et tu tiendras au Seigneur tes serments"
mais moi je vous dis
de ne pas jurer du tout
ni sur le ciel
qu'il est trône de Dieu
ni sur la terre
qu'elle est escabeau de ses pieds
ni sur Jérusalem
qu'elle est ville du grand roi
ni sur ta tête tu ne jureras
que tu n'en peux faire un seul cheveu blanc ou noir
mais que votre parole soit
oui ? oui !
non ? non !
et le surplus de ceci vient du malin
(Matthieu 5, 33-37)

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