Vous donc priez ainsi !
En priant, ne rabâchez pas comme les païens ! car ils croient que c'est par la multiplication de leurs paroles qu'ils seront entendus ; ne leur ressemblez donc pas ! car il sait votre père de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.
"Il" sait de quoi nous avons besoin, et en fait il le sait même encore mieux que moi. Prier ne lui apprend donc rien, ce n'est pas pour lui qu'on prie, c'est pour soi. Non pas pour soi dans le sens pour obtenir qu'il fasse quelque chose, qu'il intervienne du fin fond du ciel, tout là-haut, et qu'il résolve nos problèmes, qu'il nous fasse trouver un conjoint ou une situation professionnelle ou la santé ou... une telle chose ne se produira pas, une telle intervention du genre marchandage (j'ai passé du temps et de l'énergie à te parler, en retour tu me dois bien d'exaucer ma demande...), ou si elle se produit ce sera une pure coïncidence, que j'ai bien le droit cependant d'interpréter comme je veux !
Si ce n'est pas pour lui que je parle, que j'explique — éventuellement en long, en large et en travers — ma situation, mes problèmes, c'est donc pour moi, c'est pour me clarifier moi-même. Ce n'est pas très différent que de ruminer à longueur de journée, sauf que là je me place dans une situation où quelqu'un (ou quelque chose, l'univers, le ça, une présence en tout cas, de quelque nature qu'elle soit) est censé m'écouter, et ceci fait, automatiquement, que je vais faire des efforts pour cerner et clarifier cette situation dans laquelle je me trouve. Si je ne fais pas ces efforts, c'est que je ne crois pas vraiment à cette présence...
C'est ce travail que je fais de clarification pour moi-même qui va porter du fruit, dans certains cas en me permettant de résoudre effectivement le problème qui se posait à moi, de rencontrer effectivement l'âme sœur, de trouver un nouvel emploi, de guérir, pourquoi pas ? et dans d'autre cas en me permettant d'accepter ma situation en me faisant une raison, mais sans regrets. Évidemment on peut aussi faire ce même travail en payant quelqu'un entre 50 et 100 euros de l'heure pour jouer le rôle de cette présence devant laquelle je vais essayer de me clarifier ; le seul inconvénient étant que cette personne-là aura du mal à ne pas vouloir mettre son grain de sel dans mon histoire !
Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas là le tout de ce que c'est que prier. C'est déjà beaucoup, et il faut le faire, nous en avons besoin, de "vider notre sac", en s'efforçant d'être le plus concis possible, aller à l'essentiel, ce qui, dans un cas idéal, peut aller jusqu'à se contenter de cette formule minimale dite du "Notre Père", mais peu importe s'il faut un peu, beaucoup, énormément, plus de temps. Ce qui compte, par contre, c'est une fois le sac vidé, une fois une certaine paix, un certain calme, atteints, d'en profiter : rester, prolonger ce temps de grâce, le goûter profondément, sortir de ce "paradigme" de l'utilitarisme à tout crin, de la rentabilité à tout prix, de tout ce que nous faisons, dans lequel ce monde voudrait nous enfermer !
À ce moment-là commence réellement la prière...
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aussi en priant
ne rabâchez pas comme les païens !
car ils croient que c'est par la multiplication de leurs paroles
qu'ils seront entendus
ne leur ressemblez donc pas !
car il sait votre père de quoi vous avez besoin
avant que vous le lui demandiez
vous donc priez ainsi !
notre père dans les cieux
sanctifié soit ton nom !
vienne ton règne !
soit faite ta volonté !
comme au ciel aussi sur terre
notre pain du lendemain
donne-nous aujourd'hui !
et remets-nous nos dettes !
comme nous aussi remettons à nos débiteurs
et ne nous fais pas entrer dans l'épreuve
mais préserve-nous du méchant !
car si vous remettez aux hommes leurs fautes
il vous remettra aussi votre père du ciel
mais si vous ne remettez pas aux hommes
votre père non plus ne remettra pas vos fautes
(Matthieu 6, 7-15)

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