Dans le secret
Non, pas dans le monde ; non, pas le déluge ; non, pas la colonne de nuée ni la colonne de feu dans le désert ; non, pas le tonnerre et les éclairs au sommet du Sinaï ; non, rien de tout ça.
Ce qui m'interpelle le plus dans ce texte, c'est cette notion de secret. Les trois exercices de piété déclinés — l'aumône, la prière, le jeûne — ont pour objet de purifier mes rapports, dans l'ordre : aux autres par l'aumône, à Dieu par la prière, et à moi-même par le jeûne. Mais il est vrai que je peux pratiquer les trois de manière ostensible, publique, ce qui fera qu'aucun des trois n'atteindra ses objectifs, tous ne feront que renforcer mon ego, et par rapport aux autres, et par rapport à moi-même, et par rapport à Dieu ; autrement dit, l'effet sera à l'inverse de celui que je devrais rechercher.
À strictement parler, le texte ne dit pas qu'il faille, ou ne faille pas, pratiquer de tels exercices, il recommande seulement, si on s'y prête, dans quelle attitude s'y adonner pour éviter ce piège du faire-valoir ; éviter de se faire valoir devant les autres, mais aussi (et peut-être surtout ?) de se faire-valoir devant soi-même, comme le suggère le plus fortement le "que ta gauche ne sache pas ce que fait ta droite" à propos de l'aumône. Comment en arriver jusque là ? puis-je aller jusqu'à ne pas savoir ce que je fais, ce que j'ai fait, ne pas savoir si je partage mes ressources avec plus nécessiteux que moi, ne pas savoir si je réfrène ma faim pour ne pas être esclave de mon ventre, ne pas savoir si je prie, tout en le faisant ?
Quoi qu'il en soit, ce qui ressort alors sans doute le plus clairement du texte, est ce lieu attribué à la présence de Dieu : dans le secret. Non pas dans le monde, non pas le Dieu qui ferait tomber le déluge, non pas celui qui accablerait l'Égypte de plaies, non pas la colonne de nuée ni la colonne de feu dans le désert, non pas celui qui assécherait la mer, non pas celui qui apparaîtrait dans le tonnerre et les éclairs au sommet du Sinaï. Non, rien de tout ça, seulement dans le secret, dans l'intime du plus intime, dans le face à face seul à seul, au plus profond de moi-même, tellement profond que ce n'est plus vraiment moi tout en l'étant quand même.
En somme, on passe d'un Dieu extérieur à un Dieu intérieur, du Dieu transcendant au Dieu immanent ; non que par son immanence il deviendrait ma proie, ma chose, une idole que je me ferais. Pas du tout, tout en le ressentant comme l'essence de mon être, cette essence même reste hors de ma portée, je ne peux pas mettre la main dessus, comme le souffle du vent qu'on perçoit, mais dont on ne sait ni d'où il vient ni où il va...
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aussi appliquez-vous à ne pas accomplir vos œuvres de justice
devant les hommes pour être remarqués par eux !
car sinon vous n'avez pas de rétribution
auprès de votre père dans les cieux
par conséquent chaque fois que tu fais une aumône
ne claironne pas devant toi comme font les hypocrites
dans les synagogues et dans les rues
afin d'être glorifiés par les hommes
amen je vous dis
ils ont touché leur rétribution
mais en faisant ton aumône
que ta gauche ne sache pas
ce que fait ta droite !
afin que ton aumône
soit dans le secret
et ton père qui voit dans le secret
te rendra
et chaque fois que vous priez,
ne soyez pas comme les hypocrites
qu' ils aiment se tenir en prière
dans les synagogues et aux coins des grandes rues
afin de paraître devant les hommes
amen je vous dis
ils ont touché leur rétribution
mais toi quand tu pries
entre dans ton cellier !
et ayant fermé ta porte
prie ton père
qui est dans le secret !
et ton père qui voit dans le secret
te rendra
et chaque fois que vous jeûnez
ne devenez pas sombres comme les hypocrites !
qu'ils ravagent leur face
afin de paraître jeûnant devant les hommes
amen je vous dis
ils ont touché leur rétribution
mais toi quand tu jeûnes
oins ta tête
et lave ta face !
afin de ne pas paraître jeûnant devant les hommes
mais devant ton père
qui est dans le secret
et ton père qui voit dans le secret
te rendra
(Matthieu 6, 1-6.16-18)

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