Dis-moi quel est ton Dieu
Alors il dit au paralytique : « Lève-toi ! prends ton lit ! et va dans ta maison ! », et il se leva et s'en alla dans sa maison, et les foules, ayant vu, craignirent, et glorifièrent le Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes...
"Tes péchés sont pardonnés" : ce que les scribes considèrent ici comme un blasphème n'est clairement explicité que dans les versions parallèles de Marc (2, 3-12) et Luc (5, 17-26) : Jésus blasphème car "qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ?" Par conséquent, en disant qu'il lui pardonnerait ses péchés, Jésus se prendrait pour Dieu, et là est de fait, dans le judaïsme, le suprême blasphème, qui mérite même la mort immédiate par lapidation comme on le voit dans l'évangile de Jean : Dieu est Dieu et les hommes sont les hommes. Tel est sans doute le point d'achoppement le plus inacceptable dans le christianisme du point de vue du judaïsme.
Mais pourtant Jésus n'avait pas dit "je te pardonne tes péchés" mais seulement "tes péchés sont pardonnés" : c'était une constatation ; tout au plus son "pouvoir" en l'occurrence était, d'une part d'être capable de faire cette constatation, de voir ce qu'il en était, de discerner que Dieu lui avait pardonné ses péchés en raison de leur foi, et d'autre part, tout autant important, d'être capable aussi de le lui dire, de l'en assurer, qu'il puisse en être certain.
Voir que Dieu avait pardonné ses péchés : en réalité, Dieu pardonne toujours tout, Dieu n'est pas ce boutiquier mesquin qui tient des listes indestructibles de tous nos manquements, Dieu est tout-à-fait au-delà de toutes ces représentations sordides, Dieu n'est pas à notre image à nous les hommes, Dieu, lui, n'est qu'amour infini. Mais encore faut-il en être certain, encore faut-il le connaître soi-même ainsi, pour pouvoir alors en assurer l'autre, pour pouvoir lui dire : "tes péchés sont pardonnés", et le lui dire d'une telle façon que, lui aussi, en soit persuadé. Là est donc toute la question : qui est exactement Dieu pour moi, non pas seulement intellectuellement, mais bien plus expérientiellement, intérieurement, de toutes les fibres de mon être.
Tel est alors ce pouvoir donné aux hommes, aux fils (et filles !) des hommes, non pas exactement de pardonner eux-mêmes les péchés au nom de Dieu, mais de faire prendre conscience, de faire comprendre existentiellement, que ces péchés sont d'ores et déjà pardonnés, car ils l'ont toujours été.
Ceci ne veut pas dire que nous n'ayons pas à réparer les torts que nous avons pu commettre, et encore moins que nous puissions continuer à nous comporter n'importe comment !
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et il monta en barque et traversa
et vint dans sa propre ville
et voici qu'on lui présentait un paralytique
gisant sur un lit
alors Jésus a vu leur foi et a dit au paralytique
« courage ! fils !
tes péchés sont pardonnés »
mais voici que certains des scribes se dirent en eux-mêmes
« celui-ci blasphème »
et Jésus a connu leurs pensées et a dit
« pourquoi pensez-vous du mal dans vos cœurs ?
en fait quel est le plus facile
dire "tes péchés sont pardonnés" ?
ou dire "lève-toi et marche" ?
eh bien pour que vous sachiez que le fils de l'homme
a pouvoir sur la terre de pardonner les péchés... »
alors il dit au paralytique
« lève-toi ! prends ton lit !
et va dans ta maison ! »
et il se leva
et s'en alla dans sa maison
et les foules ayant vu craignirent
et glorifièrent le Dieu
qui a donné un tel pouvoir aux hommes
(Matthieu 9, 1-8)

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