Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Israël, troupeau perdu...

Mer. 10 Juillet 2024

D'un côté, une institution religieuse, hiérarchisée, de l'autre côté, une relation spirituelle, personnelle, avec Dieu... Deux perspectives compatibles ?

Curieusement, peut-être, Matthieu parle ici des "douze" disciples, comme si ce groupe de douze était une évidence, mais en fait il n'en avait jamais parlé auparavant... Chez Marc comme chez Luc, il y a eu, plus tôt dans leurs récits, un moment où Jésus a choisi ces douze, il y a eu constitution de ce groupe restreint (Marc 3, 13s ; Luc 6, 12s), et plus tard seulement il a décidé d'envoyer ces douze en mission (Marc 6, 8s ; Luc 9, 1s). S'agit-il juste d'une bizarrerie de Matthieu ?

Quoi qu'il en soit, ce groupe des douze pose plusieurs problèmes. L'évangile de Jean n'en parle pratiquement pas. Par contre, dans les trois évangiles synoptiques, ces douze nous sont présentés un peu comme des exemples, nous sommes invités à nous identifier à eux (avec leurs qualités et leurs défauts), ce sont ceux dont Jésus s'est occupé le plus, et quand il les envoie en mission comme ici, spontanément nous comprenons que nous aussi nous avons une mission à remplir, ou quand ils sont présents à l'institution de l'eucharistie, c'est dans leurs pas et à leur suite que nous aussi prenons part au même repas au travers des siècles. Ce sont, pour nous, les premiers à avoir suivi Jésus, et nous nous efforçons de les suivre comme eux ont suivi Jésus.

Il n'est pas question de prétendre que ce groupe des douze serait une pure invention des évangiles synoptiques, ce serait trop invraisemblable, mais c'est leur raison d'être qu'il s'agit de discerner. Douze, ce nombre fait vraisemblablement référence aux douze tribus d'Israël, et signifie alors l'idée de réunir à nouveau la totalité d'Israël, dispersé parmi les nations, chacun des douze étant censé se trouver à la tête d'une de ces tribus. On est alors dans une optique relativement étroite du ministère de Jésus, c'est le Jésus qui affirme que sa mission ne dépasse pas ce cadre restreint d'Israël, c'est celui qui ici, mais chez Matthieu seul, interdit aux douze de se rendre ni chez les païens ni chez les Samaritains, de ne s'occuper que de rassembler "le troupeau perdu", Israël ; Israël, considéré donc comme globalement perdu, égaré, et qu'il s'agit de ramener dans le droit chemin, au bercail.

Par contraste, l'évangile de Jean pour sa part, ne nous propose pas du tout ces douze comme modèles à suivre, puisqu'il n'en parle donc quasiment pas, mais plutôt de suivre Jésus lui-même, directement : c'est lui qu'il nous propose comme modèle, c'est à lui qu'il nous propose de nous identifier, dans sa relation à celui qu'il appelle le Père ou son Père, et dont il affirme qu'il est aussi notre Père.

Et donc au final, d'un côté douze apôtres, justifications d'une institution religieuse, hiérarchisée, de l'autre côté, une relation spirituelle, personnelle, avec Dieu... Deux perspectives compatibles ?

 

 

et ayant appelé à lui ses douze disciples
il leur donna autorité sur les esprits impurs
    pour les jeter dehors
    et pour guérir toute maladie et toute infirmité

et des douze apôtres les noms sont ceux-ci
    premier Simon dit Pierre
    et André son frère
et Jacques de Zébédée
et Jean son frère
    Philippe et Bartholomée
    Thomas et Matthieu le taxateur
Jacques de Halphée et Thaddée
Simon le Cananéen et Judas l'Iscariote
    celui-là qui l'a livré
    
ces douze-là Jésus les envoya
    leur ayant enjoint en disant
« n'allez pas sur un chemin de païens
    et n'entrez pas dans la province des Samaritains !
mais allez bien vers le troupeau perdu
    la maison d'Israël !

    et en allant proclamez en disant
que le royaume des cieux s'est approché »

(Matthieu 10, 1-7)

Commenter cet évangile