Partage d'évangile quotidien
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Au théâtre ce soir...

Sam. 3 Août 2024

On s'interroge sur ce que vient faire dans les évangiles cette histoire de la fin de Jean-Baptiste, du moins pourquoi ces détails sordides, qui détonnent sur le reste des récits. On peut remarquer d'ailleurs que Luc a refusé d'en parler, se contentant de signaler l'arrestation de Jean. Les artistes, au long des siècles, n'ont pas manqué de s'emparer de la scène, que ce soit de la danse de la fille d'Hérodiade, ou de la présentation de la tête de Jean sur un plateau, alors qu'elles relèvent clairement soit du théâtre de boulevard, soit du grand-guignol, mais ont peu à voir avec le message et le sens profond des évangiles !

Peut-être ce décalage — on a envie de dire : cette incongruité — est-il un signe de la véracité du fait, peut-être est-ce effectivement ainsi qu'a fini Jean, mais on aurait tort alors d'oublier pour quelle raison véritable il a été arrêté. Peut-être Hérode comme Hérodiade n'ont-ils pas apprécié qu'il condamne publiquement l'illégitimité de leur union, mais si Jean n'avait été qu'un obscur trublion sans aucune audience, ils ne s'en seraient pas préoccupés. Comme pour Jésus, la véritable raison de leur mort, à l'un et à l'autre, a été le fait qu'ils attiraient des foules en-dehors des institutions tant religieuses que politiques ; là était le véritable danger qu'ils représentaient, et là était inscrite l'inéluctabilité de leur fin tragique, comme de celle de tout prophète.

Autant il semble probable que ce soit l'arrestation de Jean qui ait lancé Jésus dans son propre ministère, car sans cela il se serait vraisemblablement contenté de rester simplement disciple de son maître, autant la mort de Jean a-t-elle pu marquer un tournant pour lui, lui faire toucher du doigt ce qui l'attendait. Bien sûr, il le savait déjà, plus ou moins, que ça ne pourrait que se finir mal pour lui, mais le fait brut, que cela venait de se produire pour son ancien maître, Jean, ne pouvait que retentir fortement en lui, l'obliger à accepter désormais comme une certitude que c'était ce qui allait lui arriver, à lui aussi.

Il y a ainsi nettement deux temps dans l'histoire du ministère public de Jésus : un premier temps d'enthousiasme, des guérisons et des miracles en veux-tu en voilà, des foules nombreuses qui y croient, ce qu'on a appelé parfois le "printemps galiléen", parce que le cadre de cette première période semble être essentiellement la Galilée. Et puis il y a une seconde période, un second temps, où Jésus rechigne de plus en plus à se prêter aux demandes de guérison, où il se met à annoncer ce vers quoi le destin se dirige désormais, où il n'est plus question des disciples envoyés devant en éclaireurs, mais au contraire, désormais, c'est Jésus qui marche seul devant (Marc 10, 32), et eux qui suivent en rechignant, tout en continuant de se disputer entre eux pour savoir qui serait le premier ministre dans le futur gouvernement...

 

 

en ce temps-là Hérode le tétrarque
entendit la rumeur sur Jésus
    et il a dit à ses vassaux
« celui-ci c'est Jean le baptiseur
    il a été réveillé des morts
et c'est pour cette raison que les puissances opèrent en lui »
    car Hérode ayant saisi Jean
le lia et le mit en prison
    à cause d'Hérodiade la femme de Philippe son frère
    car Jean lui avait dit
« il ne t'est pas permis de l'avoir »

et désirant le tuer il craignit la foule
    parce qu'elle le tenait pour un prophète

mais arriva l'anniversaire d'Hérode
et la fille d'Hérodiade dansa au milieu et plut à Hérode
    si bien qu'il lui promit avec serment
de lui donner ce qu'elle demanderait
    et elle poussée par sa mère
« donne-moi, dit-elle, ici sur un plateau !
    la tête de Jean le baptiseur »
et le roi fut affligé
    mais à cause des serments et des convives
    il ordonna qu'elle soit donnée
et il envoya et fit décapiter Jean dans la prison
et sa tête fut apportée sur un plateau
et elle fut donnée à la jeune fille
et elle l'apporta à sa mère

et s'étant approchés ses disciples prirent le cadavre
    et l'ensevelirent
et étant venus
    ils l'annoncèrent à Jésus

(Matthieu 14, 1-12)

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