Connaître qui on est
« Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ! car c'est à ceux comme eux qu'est le royaume des cieux. » et ayant imposé les mains sur eux, il s'en alla de là...
Dans leurs versions parallèles de cette péricope, Marc (10, 13-16) comme Luc (18, 15-17), après "car c'est à ceux comme eux qu'est le royaume", enfoncent le clou en ajoutant "Amen ! je vous dis : qui n'accueille pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, il n'y entrera pas", ce qui est fortement redondant, mais témoigne donc de l'importance de cet enseignement, et sans doute de ce que les auditeurs de Jésus avaient du mal à l'entendre, à l'accepter. L'enfant, à cette époque et au moins dans cette culture, n'était pas ce qu'il a pu devenir plus récemment dans nos sociétés, vraiment très loin de l'enfant roi. Chéri sans aucun doute par sa mère, dans cette société patriarcale il était relégué, comme elle et peut-être pire encore qu'elle, dans une zone de deuxième voire troisième intérêt.
Certainement attendu et espéré quand même, au moins le premier mâle en tant que futur héritier, cependant, tant qu'il n'était pas adulte, il n'était encore qu'un futur hypothétique, et en tout cas n'avait sûrement pas voix au chapitre. Et voici que Jésus vient leur raconter qu'il s'agit pour eux de devenir, d'être, semblables à cela, être comme eux, dépendants. L'évangile de Jean, comme la plupart du temps, n'a pas de passage parallèle à celui-ci des synoptiques, mais il en a une sorte d'équivalence dans ces dernières paroles adressées par Jésus à Pierre : "quand tu étais plus jeune, tu te ceignais et tu marchais où tu voulais, quand tu seras âgé, tu tendras les mains et un autre te ceindra et t'amènera où tu ne veux pas", paroles qu'il conclut par "suis-moi !".
L'image, chez Jean, est prise sur le grand âge, à l'inverse de l'âge tendre des synoptiques, mais la situation est bien la même dans les deux cas, celle de qui ne décide pas, celle de qui s'en remet à autrui, à Jésus, et au-delà de Jésus bien évidemment à Dieu. Le royaume se reçoit, le royaume est un don, un cadeau, on n'extorque pas un cadeau, on ne le reçoit pas comme un mérite ou un salaire, on ne "gagne" pas "son paradis", il est donné sans aucune contrepartie, et il l'est même, donné, de tout temps, il est là en permanence, attendant seulement que nous l'acceptions, comme un enfant qui accepte simplement ce qu'on lui donne comme étant évident.
Il n'empêche, il est vrai, que d'autres paraboles nous parlent de chercher, sans cesse et sans relâche, de demander, de frapper à la porte, d'efforts à faire. C'est vrai aussi, mais c'est parce que, justement, nous ne savons pas recevoir, nous sommes tellement pris dans cette conviction que nous devons mériter quelque chose pour l'obtenir, qu'il faudrait que nous puissions être fiers de nous-même, de notre ego, nous voulons que ce soit nous qui ayons conquis le royaume, que cela puisse rester inscrit au fronton de je ne sais trop quel tableau d'honneur, avec Jésus à la première place, et ensuite un classement des plus méritants jusqu'à ceux qui n'auront obtenu qu'un strapontin...
Non, le royaume ne se gagne pas, on ne peut que le recevoir, mais ceci dans les deux sens : d'une part il est donc un don total qui nous est fait, on ne peut pas l'acheter d'aucune façon ; mais aussi on ne peut que le recevoir dans le sens qu'il n'est pas possible qu'on ne finisse pas par le recevoir, non plus, c'est une certitude tout autant absolue.
P.S. : "royaume", ou nirvana, ou moksha, etc., évidemment
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puis on lui présenta des petits enfants
pour qu'il impose les mains sur eux et prie
mais les disciples les engueulèrent
alors Jésus a dit
« laissez les petits enfants
et ne les empêchez pas de venir à moi !
car c'est à ceux comme eux
qu'est le royaume des cieux »
et ayant imposé les mains sur eux
il s'en alla de là
(Matthieu 19, 13-15)

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