Partage d'évangile quotidien
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Tout petits, tout petits, tout petits

Mar. 13 Août 2024

Même quand leurs parents sont raisonnablement bons, cela n'empêche pas les enfants de n'avoir qu'une hâte : quand est-ce que je serai "grand", quand est-ce que je serai adulte ?

Les enfants sont entièrement dépendants des adultes, des "grands" comme ils disent. Dépendants, ils leurs font confiance, plus ou moins obligés, mais c'est ce qu'ils font ; confiance qui est parfois bien mal placée, hélas, confiance qui est parfois abusée, parfois jusqu'à la nausée. Mais, même quand les parents sont raisonnablement bons, qu'on ne peut raisonnablement pas leur reprocher quoi que ce soit, cela n'empêche pas les enfants de n'avoir qu'une hâte, plus ou moins marquée certes, mais quand même : quand est-ce que je serai "grand", quand est-ce que je serai adulte, quand est-ce que ce sera moi qui prendrais toutes mes décisions ?

Nous avons tous attendu, plus ou moins impatiemment, ce moment magique, ce moment mythique, ou nous serions enfin nos propres maîtres, nos propres rois. En général, nous avons heureusement su déchanter ; heureusement, parce que sinon, soit nous devenons des tyrans, notre soif de puissance n'a plus de limites, c'est une revanche que nous voulons prendre et à laquelle nous sommes prêts à sacrifier le reste de la terre entière s'il le faut ; soit, nous devenons des inadaptés, incapables de composer avec les autres et les nécessités, les limites, inhérentes à tout être créé. Oui, nous sommes limités, non, nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes pas omnipotents ni omniscients.

Fondamentalement, nous sommes et resterons pour toujours : tout petits, tout petits, tout petits, infiniment petits, et dépendants, infiniment dépendants. Dépendants du reste de toute l'humanité, dépendants de notre environnement naturel, planétaire comme universel, dépendants d'équilibres fragiles, dépendants de la bienveillance des autres. On peut se rebeller contre cet état de fait, et s'engager alors dans une lutte à mort, dans laquelle nous mourrons nous-mêmes et en y entraînant éventuellement d'autres, qu'ils nous y aient suivis de leur plein gré ou contre leur volonté ; notre vie ne sera alors qu'un perpétuel combat, mais contre nous ne saurons même pas quel adversaire (et en fait c'est contre nous-mêmes...)

Ou nous pouvons accepter. Non pas accepter n'importe quoi, non pas capituler, non pas renoncer, face à des forces du mal ; celles-là, nous lutterons contre elles dans la mesure où nous en serons capables ; mais accepter que nous ne puissions pas tout faire, tout obtenir, seuls, seuls contre tout le reste du monde, seuls contre tout l'univers. Et confiants, oui, confiants malgré tout, confiants que là seulement, dans cette acceptation de ne pas être des rois, des maîtres, des tyrans, des démiurges, des dieux, se trouve notre vraie liberté. Ni Dieu, ni maître : certainement, absolument, ni Dieu, ni maître qui viendraient m'imposer leur arbitraire à mon détriment, mais moi non plus, ni Dieu ni maître qui viendrait imposer mon arbitraire au détriment d'autres.

Juste confiants, comme de tout petits enfants !

 

 

en ce temps-là
    les disciples s'approchèrent de Jésus en disant
« qui donc est le plus grand
    dans le royaume des cieux ? »
et il appela à lui un petit enfant
    et le mit au milieu d'eux.
    et dit
« amen je vous dis
    si vous ne changez pas
    et ne redevenez pas comme les petits enfants
vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux
    quiconque donc se fera humble lui-même
    comme ce petit enfant
c'est celui-là qui est le plus grand
    dans le royaume des cieux

et qui accueille un tel petit enfant en mon nom
    c'est moi qu'il accueille
voyez à ne pas mépriser un seul de ces petits
    car je vous dis
que leurs anges dans les cieux
    regardent sans cesse
la face de mon père des cieux
    qu'en pensez-vous ?
si un homme a cent moutons,
    et que l'un d'eux s'est égaré
ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf
    sur les montagnes ?
    et étant allé il cherche l'égaré
et s'il arrive qu'il l'ait trouvé
    amen je vous dis
qu'il se réjouit sur lui
    plus que sur les quatre-vingt-dix-neuf
    qui ne s'étaient pas égarés
ainsi ce n'est pas la volonté
    de votre père dans les cieux
que se perde un seul de ces petits

(Matthieu 18, 1-5.10-14)

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