Difficile à comprendre ?
À vous il a été donné de connaître ce "secret", mais à d'autres c'est un mystère, parce que ils regardent mais ils ne voient pas et ils entendent mais ils ne comprennent pas...
Je fais partie des personnes qui sont persuadées que nous, êtres humains, avons une spécificité que n'ont aucune autre espèce vivante sur notre planète, à savoir la conscience, laquelle commence par la conscience de soi. Je suis au courant du test du miroir (on endort un singe, on lui met une marque rouge sur le front, on le réveille et le met face à un miroir : le singe tend peut-être la main vers le front de son image dans le miroir, mais très vite il la passe sur son propre front), dont on pourrait conclure à un rudiment de conscience de soi ; plusieurs espèces animales passent ce test. Je suis prêt à admettre ce rudiment de conscience, mais un autre test beaucoup plus probant établit sans aucun doute que nous sommes les seuls à avoir développé un tel rudiment à des dimensions sans commune mesure avec ces quelques cas d'espèces animales, à savoir que nous sommes bien les seuls à avoir mis notre planète dans l'état catastrophique où elle se trouve maintenant, et que nous sommes aussi les seuls à avoir accumulé au cours des siècles, par la guerre et toutes autres sortes d'exactions, une telle quantité de cadavres de membres de notre propre espèce...
Mais revenons-en à cette conscience en elle-même, avant d'en aborder les conséquences. Elle commence donc par la conscience de soi, et comme corollaire se développe alors aussi une conscience d'un tout, la notion d'un tout, dont nous faisons partie, la notion d'univers. Cela ne veut pas dire que nous connaissions tout de cet univers, évidemment, ni même qu'il ait nécessairement des limites dans le temps ou dans l'espace, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, mais à partir de la notion de soi, et en passant vraisemblablement par la notion intermédiaire de non-soi, nous avons développé celle-là du tout. C'est cette notion que nous pouvons appeler Dieu, ou pas, peu importe en fait : il n'y a pas forcément de plan ni d'intention à ce tout, mais ce que nous pouvons constater c'est que l'évolution de ce tout a clairement un sens, au moins jusqu'à notre apparition à nous, ces êtres doués de conscience et qui ont ce besoin que les choses aient un sens. À partir de quoi, bien sûr, nous pouvons décréter que tout ceci n'a pas de sens, ou au contraire le chercher, et le créer même, pourquoi pas ?
Et puis il me semble qu'avec la conscience de soi et la conscience du tout, nous développons aussi et enfin une conscience de l'autre. Cette dernière est peut-être (certainement) plus fragile chez certains que chez d'autres, mais au minimum elle doit s'imposer par la pure logique, à défaut de devenir une évidence s'imposant à moi en toute circonstance. Car on en arrive là à la problématique que pose la conscience de soi, à savoir qu'elle vient en premier renforcer l'impératif dont nous avons hérité du fait de notre nature animale avant tout, celle de survivre. Combiné à notre conscience de soi, le simple impératif de base de survivre se transforme alors facilement en impératif de survivre à tout prix, y compris au prix du saccage de tout notre environnement, et au prix du mépris de la vie des autres membres de notre espèce. La conscience de soi engendre en tout premier lieu un égotisme, qui peut facilement devenir forcené, si nous n'arrivons pas à développer suffisamment le corollaire final qui en est la conscience de l'autre.
Telle est à mon sens cette parole de Dieu qu'est venu semer ce semeur auquel Jésus s'identifiait, mais pas que lui, car c'est la parole de tous les prophètes, de tous les inspirés, de toute tradition spirituelle. Matthieu, dans sa version parallèle de cette même parabole et de son explication, ne dit pas que la semence est "la parole de Dieu" mais qu'elle est "la parole du royaume", ce qui est peut-être encore plus explicite : c'est la parole de la fraternité — et sororité —, donc de l'amour, universel, entre nous tous les membres de l'espèce humaine, et au-delà aussi, l'amour de toute la création, de tout ce qui est. Et cette parole n'est effectivement pas si évidente que ça à entendre, comme en témoigne l'état de notre humanité. Il y a effectivement celles et ceux qui sont tellement centrés sur la seule conscience de soi, tellement hermétiques à tout ce qui n'est pas leur moi, tellement enfermés dans leur carapace, que rien ne peut venir les attendrir, et quelles que soient les institutions dont nous pourrons nous doter, ils trouveront toujours le moyen de les détourner pour les faire servir leurs seuls intérêts "propres".
Ceux-là en sont actuellement à s'imaginer pouvoir survivre en s'émigrant en orbite autour de notre planète ou en transférant leur conscience dans des ordinateurs... sans oublier ceux qui en arrivent à causer la mort de milliers et de milliers de personnes peut-être au nom de l'espace vital de ce qu'ils appellent leur nation ou leur peuple ou leur race, comme si de telles barrières entre nous avaient encore un sens là où nous en sommes maintenant. Je ne sais, en fait, lesquels sont les pires de tout ceux-là. Mais on ne peut réellement rien y faire, que de s'efforcer de vivre chacune et chacun à son niveau toujours mieux cet amour universel qui est bien le seul sens possible de cette aventure éternelle à laquelle nous prenons part, et qui est la seule attitude qui puisse réellement porter du fruit.
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et une foule nombreuse se réunissait
et de toute ville on s'acheminait vers lui
alors il dit par parabole
« le semeur est sorti pour semer sa semence et en semant
il en est tombé au bord du chemin
et elle a été piétinée
et les oiseaux du ciel l'ont dévorée
et il en est tombé d'autre sur le pierreux
et elle a poussé
et elle s'est desséchée parce qu'il n'avait pas d'humidité
et il en est tombé d'autre au milieu des épines
et ayant poussé avec elle les épines l'ont étouffée
et il en est tombé dans la bonne terre
et elle a poussé et produit du fruit au centuple »
en disant cela il criait
« qui a des oreilles pour entendre qu'il entende ! »
alors ses disciples lui demandèrent
« qu'est-ce que c'est que cette parabole ? »
et il a dit
« à vous il a été donné de connaître le secret du royaume de Dieu
mais aux autres c'est en paraboles parce que
regardant ils ne voient pas
et entendant ils ne comprennent pas
mais ce qu'est cette parabole
la semence c'est la parole de Dieu
et ceux du bord du chemin ce sont ceux qui ayant entendu
est alors venu le diable
et il a enlevé la parole de leur cœur
si bien que n'ayant pas cru ils n'ont pas été sauvés
et ceux de sur le pierreux ce sont ceux qui quand ils ont entendu
c'est avec joie qu'ils ont accueilli la parole
mais ils n'ont pas de racines
ils croient pour un temps et au temps d'épreuve ils renient
et ce qui est tombé dans les épines ce sont ceux qui ont entendu
et sous les soucis et la richesse et les plaisirs de la vie
en cheminant ont été asphyxiés et n'ont pas mûri
et ce qui est dans la belle terre ce sont ceux qui
ayant entendu la parole dans un cœur beau et bon
la gardent
et portent du fruit en persévérant »
(Luc 8, 4-15)

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