Et les femmes dans tout ça ?
Il pérégrinait à travers ville et village, et les douze étaient avec lui, ainsi que certaines femmes — Marie la Magdaléenne, Jeanne la femme de Chouza, Suzanne, et d'autres nombreuses — qui les secouraient de leurs propres fonds...
Dans l'assistance qui entoure Jésus, on distingue en général trois cercles concentriques. En premier, le cercle le plus restreint, est celui des "douze", appelés aussi les "apôtres". Ensuite viennent les "disciples" d'une manière plus générale : les douze ont été choisis parmi les disciples. Enfin viennent les "foules" : les disciples sont les personnes qui suivent Jésus, pendant des temps qui peuvent varier, tandis que les foules sont les personnes qui s'amassent au moment de son passage chez elles, mais qui ensuite ne se mettront pas à le suivre, contrairement donc aux disciples. Trois catégories de personnes, par conséquent, des plus constantes au plus ponctuelles.
Aujourd'hui, Luc nous donne un petit résumé de ces pérégrinations de Jésus de ville en ville et de village en village, à travers tout le pays, et s'il ne mentionne comme l'accompagnant que les douze, c'est vraisemblablement parce qu'il ne veut mentionner que ceux qui l'ont effectivement suivi du début à la fin, contrairement donc aux disciples d'une manière plus générale, qui eux ne l'ont fait que pour des périodes plus courtes. Le fait que Luc rajoute cependant aux douze ces femmes est alors lourd de sens et sous-entend que celles-ci aussi ont été de fidèles accompagnatrices, formant un second groupe d'entourage de Jésus, aussi proche de lui que celui des douze.
On pourrait s'interroger : on nous présente toutes ces femmes comme ayant été "guéries d'esprits mauvais" ainsi que d'infirmités, alors que rien de tel ne nous a été dit au sujet des douze. Pierre, André, Jacques, Jean, Matthieu, et sans doute les autres, étaient peut-être pécheurs, comme tout le monde, mais pour aucun on n'a parlé de déficience physique, encore moins de possession. Mais ceci n'est dû qu'au contexte culturel : il aurait été inconcevable que des femmes suivent Jésus et cette bande d'hommes s'il n'y avait eu ces guérisons pour justifier leur attachement à lui. Même comme ça, ça devait faire sacrément jaser dans les chaumières !:)
Et Luc précise que ces femmes ne se contentaient pas de les suivre — et on peut supposer de leur faire la popote, laver leur linge, etc. —, mais que de plus elles les assistaient de leurs biens, elles les finançaient : voilà d'où venait le nerf de la guerre ! Parce que la charité, l'hospitalité, au cours de ces pérégrinations, oui, ça marchait sans doute jusqu'à un certain point, mais ça restait quand même aléatoire, surtout si on pense qu'après les débuts enthousiastes du printemps galiléen, l'ambiance se refroidira notablement après la multiplication des pains, comme l'indique l'évangile de Jean (6, 66) : "depuis lors beaucoup de ses disciples repartirent en arrière et ne marchaient plus avec lui".
Luc exagère-t-il ? Il est certainement des quatre évangélistes le plus attentif à la place des femmes, sans doute parce qu'il est originaire de la diaspora, c'est-à-dire des juifs vivant depuis plus ou moins longtemps en-dehors d'Israël, et donc ayant été plus influencés par la culture gréco-romaine, moins misogyne que la culture hébraïque. Concernant les origines des fonds qui pouvaient soutenir Jésus et son petit groupe, on imagine mal que n'y aient pas contribué aussi des personnes certainement riches comme la famille de Béthanie (le parfum que Marie verse sur Jésus avant sa mort vaut une année de smic...), ou vraisemblablement riches comme Nicodème (membre du grand sanhédrin, celui de Jérusalem) ou encore Joseph d'Arimatie (assez connu de Pilate pour obtenir le droit de reprendre le corps de Jésus après sa mort).
Mais ceci ne doit pas remettre en cause le fait qu'il y a bien eu un groupe de femmes qui ont été aussi fidèles que les douze tout du long du ministère de Jésus, qui étaient de plus certainement présentes elles aussi au repas d'adieu, au repas inaugurant l'eucharistie, ce geste central pour tous ceux qui se réclameront par la suite de Jésus (la salle où s'est tenu ce repas était assez grande pour y faire tenir au moins cent vingt personnes et on voudrait qu'ils n'aient été là que treize à table ?), et enfin qui seront même les premières à être convaincues de sa résurrection. Comment alors prétendre qu'elles n'auraient pas au moins autant, sinon même plus, de légitimité pour témoigner par la suite de leur maître et ami, que ceux-là qui prendront dans les faits les rênes du mouvement, et les détiennent encore au moins dans les églises catholiques et orthodoxes ?
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et il arriva après cela
qu'il pérégrinait à travers ville et village
proclamant et annonçant la bonne nouvelle du royaume de Dieu
et les douze étaient avec lui
ainsi que certaines femmes
qui avaient été guéries d'esprits mauvais et d'infirmités
Marie appelée la Magdaléenne
de laquelle sept démons étaient sortis
et Jeanne la femme de Chouza
un intendant d'Hérode
et Suzanne
et d'autres nombreuses
qui les secouraient de leurs propres fonds
(Luc 8, 1-3)

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