Partage d'évangile quotidien
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Du temps et des temps

Ven. 25 Octobre 2024

Quand vous voyez des nuages au-dessus de la mer, vous dites que la pluie arrive, et quand le vent souffle du désert, vous dites que c'est la canicule qui vient...

Ce temps-ci, ce temps que vivent les coreligionnaires de Jésus et qu'il leur reproche de ne pas savoir discerner, c'est évidemment le temps messianique, le temps de la révélation du Messie, de ce personnage mythique qu'ils attendent avec tant d'impatience, de plus en plus d'impatience, sous cette occupation romaine, qui fait suite déjà à tant d'autres occupations, dominations, assujettissement. Oui, mais, le problème est que eux, ce qu'ils attendent de ce Messie, c'est qu'il les libère de cette occupation, qu'elle soit romaine ou autre, qu'il leur rende leur autonomie sur leur terre, qu'ils soient de nouveau maîtres chez eux : ils ne conçoivent pas qu'il puisse en être autrement, Israël doit être souverain chez lui, cela fait partie de la promesse que leur a faite leur Dieu.

Mais, cet aspect du Messie, Jésus semble ne jamais en avoir eu cure. Quand il parle des signes de ce temps-ci, des signes qui pourraient accréditer qu'il soit quand même le Messie, il fait allusion aux guérisons qui se produisent en grand nombre par son intermédiaire, car ceci est quand même bien une indication, qu'il est au moins un prophète, et même un très grand ; il n'y a pas d'exemple de prophète du passé par lequel autant de guérisons se soient produites, c'est donc que Dieu est réellement avec lui, et tellement que, oui, on peut envisager qu'il soit plus qu'un prophète, alors, pourquoi pas : le Messie ? Mais il est certain qu'une telle perspective a beaucoup de mal à passer : que Israël ne soit plus le centre du monde, qu'il ne soit plus question de peuple élu — car c'est de cela qu'il s'agit au final —, non, ça ne passe pas.

On peut penser qu'à la fin ils n'étaient plus qu'une grosse centaine à croire encore en lui, c'est le nombre de ceux qui ont voté pour choisir le remplaçant de Judas. Une centaine, c'est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup par rapport à ce que certains imaginent, qu'il n'y aurait plus eu que les Douze, mais peu pour que naisse la dynamique qui va donner une des religions les plus puissantes qui ait jamais existé. Il faut croire que malgré ce désintérêt pour le pouvoir, qui fut donc au moins dans les débuts une des caractéristiques de ce mouvement, cela séduisait pourtant. Et si on y réfléchit, effectivement, on voit bien comment la question du pouvoir est comme une lèpre qui envahit tout dans les affaires humaines, corrompant, gâchant, les intentions et les élans les plus purs, les plus désintéressés au départ.

Ce mouvement, cette Église, n'a évidemment pas échappé à la règle. On peut, on doit, le lui reprocher. On peut aussi, éventuellement, lui savoir gré de pourtant transmettre encore quelque chose de l'intuition initiale, et, de toutes façons, vivre de cette intention-là qui l'a fondée. Comme par exemple, bien que ce soit un cas minuscule, mais : pourquoi s'en remettre toujours à des autorités quand on est en désaccord avec quelqu'un ? on entretient alors par là ce principe du pouvoir, on lui donne un fondement qui lui permet de justifier son existence, alors qu'en faisant un effort pour s'entendre avec l'autre, même éventuellement en lui accordant plus que ce qu'on estimerait juste, on s'évite quand même bien des tracas ultérieurs. On rejoint ici des enseignements donnés ailleurs sur tendre la joue, ne pas résister à son adversaire, etc., lesquels se retrouvent d'ailleurs dans d'autres traditions spirituelles.

Le christianisme, par rapport au judaïsme, a proposé de sortir de ce particularisme qui voulait qu'un peuple soit supérieur aux autres par choix de Dieu lui-même. Ce peuple seul avait tout compris, ou en tout cas comprenait mieux que les autres, le sens de la vie, le sens de l'univers, et ceci lui était de plus garanti pour l'éternité. Nombre de religions sont victimes d'une telle illusion, notamment le christianisme lui-même, qui très vite s'est érigé lui aussi comme seul détenteur de la vérité, seul chemin d'accès à cette vérité, etc. Le christianisme a su dépasser le particularisme "racial" du judaïsme, mais il lui reste une autre étape à franchir vers le dénombrilisme, tout comme toute autre religion à prétention universelle : non, aucune religion ne détient toute la vérité, toutes ont quelque chose à apprendre des autres, y compris l'athéisme, qui n'est jamais qu'une forme de religion, de croyance, sans le concept de Dieu...

 

 

    et il disait aussi aux foules

« quand vous voyez les nuages apparaissant au couchant
    aussitôt vous dites qu'une pluie d'orage arrive
    et cela se produit ainsi
et quand souffle le vent du levant
    vous dites qu'il y aura la canicule
    et cela se produit
mécréants !
la face de la terre et du ciel
    vous savez la discerner
mais ce temps-ci
    comment ne savez-vous pas le discerner ?
    
alors pourquoi aussi ne pas décider par vous-mêmes
    de ce qui est juste ?
ainsi quand tu vas avec ton adversaire
    devant un chef
sur le chemin fais un effort pour te libérer de lui
    qu'il ne te traîne devant le juge
    et le juge te livrera à l'huissier
    et l'huissier te jettera en prison
je te dis
    tu ne sortirais pas de là
    que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou »

(Luc 12, 54-59)

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