Partage d'évangile quotidien
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L'eau et le feu

Jeu. 24 Octobre 2024

C'est un feu que je suis venu jeter sur la terre, et que souhaiterais-je s'il était déjà allumé ? mais c'est d'un baptême que j'ai à être baptisé, et combien je suis angoissé ! jusqu'à ce qu'il ait été accompli.

Il s'agit ici d'une angoisse et de divisions : non, le chemin qu'a suivi Jésus n'a pas été un long fleuve tranquille, et ceux qui le suivent ne doivent pas s'attendre à ce qu'il en soit autrement pour eux. On dit souvent aux croyants : oh ! mais pour vous, vous avez la foi, c'est plus facile, en sous-entendant que l'espérance de la vie éternelle permettrait de mieux supporter les épreuves dans cette vie-ci. Ce n'est pas impossible, mais l'espérance est une chose, la certitude en est une autre. L'espérance seule risque fort de vaciller un jour, le doute a de fortes chances de venir s'insinuer à l'occasion d'un événement particulièrement douloureux, et alors, plus haute était l'illusion de savoir, plus terrible sera la chute. C'est ce qu'on appelle la nuit obscure.

Il n'est pas sain de se contenter d'espérances, de suppositions, de convictions, mais il semble bien que pour dépasser ce stade, pour atteindre à une connaissance éprouvée de ce qu'il en est effectivement, cela ne puisse pas se faire sans épreuves, justement. Pour Jésus, cela sera ce qu'on appelle ici son baptême, ce qui signifie : sa mort. Bien sûr il s'est agi d'une mort terrible, dans des souffrances atroces. Mais il y avait aussi le doute sur l'issue, sur l'après : est-ce que cela provoquerait l'électrochoc dont ses disciples avaient besoin pour sortir de leur concept du Messie, du chef politico-militaire qui devrait rétablir Israël dans sa souveraineté sur "sa" terre ? ce n'était pas gagné du tout. Si on en croit Luc, même lors de ses apparitions post-mortem (quelle que soit la réalité du phénomène) ils en sont encore là...

Il faudra pour cela, pour qu'ils finissent par comprendre qu'il n'est plus question de ce particularisme, de cet Israël peuple élu, que vienne ce feu, c'est-à-dire l'Esprit, c'est-à-dire qu'ils entrent eux aussi dans cette relation personnelle et directe avec le Père, avec Dieu, la même que vivait Jésus. La même aussi, sans aucun doute, que vivaient les prophètes, mais ces derniers n'avaient pas su atteindre à l'universalisme auquel ne peut que mener cette expérience de Dieu, ils étaient restés trop prisonniers de la mentalité de leur époque, de l'importance de la notion de peuple, de nation, voire de race, d'où l'idée d'un Dieu qui était leur Dieu à eux, dans un premier temps, le plus fort évidemment, le plus mieux, et puis ensuite le seul, et que eux, donc, avaient été choisis par ce Dieu, qu'ils étaient ses chéris.

Jésus, lui, a su ou pu passer au-delà de ce concept encore trop étriqué, il a pu ou su atteindre à l'universalité d'un Dieu qui ne peut qu'être le même pour tous, de quelque peuple, nation, ou race, que ce soit, et qui n'a certainement aucune préférence pour les uns ou les autres, aimant et attentif à chacune et chacun, et c'est de là que viendront ces divisions, entre celles et ceux qui seront incapables de dépasser le concept de leur Dieu tribal, et celles et ceux qui le comprendront, le percevront, en auront au moins l'intuition. Ce qui n'empêche, évidemment, que là aussi progressivement, ils vont particulariser l'idée qu'ils se font de ce Dieu, créant ainsi une nouvelle religion, qui a la prétention d'être universelle alors qu'elle aussi est marquée, forcément, au coin des métaphysiques et philosophies dans lesquelles elle s'est développée.

Il n'y a qu'une chose de sure, c'est l'expérience de Dieu en elle-même ; l'explication qu'on en donne, la représentation qu'on s'en fait, ensuite, vont forcément l'appauvrir. C'est pourquoi il faut la chérir, cette expérience, la conserver aussi intacte que possible dans son cœur, et on constate alors, quand on a la chance et l'occasion de rencontrer d'autres bénéficiaires de cette même expérience, qu'elle est la même — malgré les formes différentes qu'elle a pu prendre pour les uns et les autres —, et ce quelle que soit la tradition spirituelle, ou même non spirituelle, de la ou du bénéficiaire. Même le nirvana ou la moksha, ou le séjour des morts des animistes, ou..., sont au fond la même chose que la résurrection. Là dessus, le christianisme a encore beaucoup de chemin à faire !

 

 

c'est un feu que je suis venu jeter sur la terre
    et que souhaiterais-je s'il était déjà allumé ?
mais c'est d'un baptême que j'ai à être baptisé
    et combien je suis angoissé !
jusqu'à ce qu'il ait été accompli

pensez-vous que c'est la paix
    que je suis venu apporter sur la terre ?
non je vous dis ! mais la division
    car dès maintenant
dans une seule maison ils seront cinq divisés
    trois contre deux et deux contre trois
ils seront divisés
    père contre fils et fils contre père
    mère contre fille et fille contre la mère
    belle-mère contre sa belle-fille et belle-fille contre la belle-mère

(Luc 12, 49-53)

Il s'agit ici d'une angoisse et de divisions : non, le chemin qu'a suivi Jésus n'a pas été un long fleuve tranquille, et ceux qui le suivent ne doivent pas s'attendre à ce qu'il en soit autrement pour eux. On dit souvent aux croyants : oh ! mais pour vous, vous avez la foi, c'est plus facile, en sous-entendant que l'espérance de la vie éternelle permettrait de mieux supporter les épreuves dans cette vie-ci. Ce n'est pas impossible, mais l'espérance est une chose, la certitude en est une autre. L'espérance seule risque fort de vaciller un jour, le doute a de fortes chances de venir s'insinuer à l'occasion d'un événement particulièrement douloureux, et alors, plus haute était l'illusion de savoir, plus terrible sera la chute. C'est ce qu'on appelle la nuit obscure.

Il n'est pas sain de se contenter d'espérances, de suppositions, de convictions, mais il semble bien que pour dépasser ce stade, pour atteindre à une connaissance éprouvée de ce qu'il en est effectivement, cela ne puisse pas se faire sans épreuves. Pour Jésus, cela sera ce qu'on appelle ici son baptême, ce qui signifie : sa mort. Bien sûr il s'est agi d'une mort terrible, dans des souffrances atroces. Mais il y avait aussi le doute sur l'issue, sur l'après : est-ce que cela provoquerait l'électrochoc dont ses disciples avaient besoin pour sortir de leur concept du Messie, du chef politico-militaire qui devrait rétablir Israël dans sa souveraineté sur "sa" terre ? ce n'était pas gagné du tout. Si on en croit Luc, même lors de ses apparitions post-mortem (quelle que soit la réalité du phénomène) ils en sont encore là...

Il faudra pour cela, pour qu'ils finissent par comprendre qu'il n'est plus question de ce particularisme, de cet Israël peuple élu, que vienne ce feu, c'est-à-dire l'Esprit, c'est-à-dire qu'ils entrent eux aussi dans cette relation personnelle et directe avec le Père, avec Dieu, la même que vivait Jésus. La même aussi, sans aucun doute, que vivaient les prophètes, mais ces derniers n'avaient pas su atteindre à l'universalisme auquel ne peut que mener cette expérience de Dieu, ils étaient restés trop prisonniers de la mentalité de leur époque, de l'importance de la notion de peuple, de nation, voire de race, d'où l'idée d'un Dieu qui était leur Dieu à eux, dans un premier temps, le plus fort évidemment, le plus mieux, et puis ensuite le seul, et que eux, donc, avaient été choisis par ce Dieu, qu'ils étaient ses chéris.

Jésus, lui, a su ou pu passer au-delà de ce concept encore trop étriqué, il a pu ou su atteindre à l'universalité d'un Dieu qui ne peut qu'être le même pour tous, de quelque peuple, nation, ou race, que ce soit, et qui n'a certainement aucune préférence pour les uns ou les autres, aimant et attentif à chacune et chacun, et c'est de là que viendront ces divisions, entre celles et ceux qui seront incapables de dépasser le concept de leur Dieu tribal, et celles et ceux qui le comprendront, le percevront, en auront au moins l'intuition. Ce qui n'empêche, évidemment, que là aussi progressivement, ils vont particulariser l'idée qu'ils se font de ce Dieu, créant ainsi une nouvelle religion, qui a la prétention d'être universelle alors qu'elle aussi est marquée, forcément, au coin des métaphysiques et philosophies dans lesquelles elle s'est développée.

Il n'y a qu'une chose de sure, c'est l'expérience de Dieu en elle-même ; l'explication qu'on en donne, la représentation qu'on s'en fait, ensuite, vont forcément l'appauvrir. C'est pourquoi il faut la chérir, la conserver aussi intacte que possible dans son cœur, et on constate alors, quand on a la chance et l'occasion de rencontrer d'autres bénéficiaires de cette même expérience, qu'elle est la même — malgré les formes différentes qu'elle a pu prendre pour les uns et les autres —, et ce quelle que soit la tradition spirituelle, ou même non spirituelle, de la ou du bénéficiaire. Même le nirvana ou la moksha, ou le séjour des morts des animistes, ou..., sont au fond la même chose que la résurrection. Là dessus, le christianisme a encore beaucoup de chemin à faire !

c'est un feu que je suis venu jeter sur la terre
    et que souhaiterais-je s'il était déjà allumé ?
mais c'est d'un baptême que j'ai à être baptisé
    et combien je suis angoissé !
jusqu'à ce qu'il ait été accompli

pensez-vous que c'est la paix
    que je suis venu apporter sur la terre ?
non je vous dis ! mais la division
    car dès maintenant
dans une seule maison ils seront cinq divisés
    trois contre deux et deux contre trois
ils seront divisés
    père contre fils et fils contre père
    mère contre fille et fille contre la mère
    belle-mère contre sa belle-fille et belle-fille contre la belle-mère

(Luc 12, 49-53)

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