Partage d'évangile quotidien
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À la reddition des comptes

Lun. 4 Novembre 2024

Il n'y a pas si longtemps, à propos des régimes communistes, certains parlaient de "bilan globalement positif", ce qui permettait de "justifier" les pires exactions. En ira-t-il de même à la fin de notre vie ?

Le relèvement des justes : relever, c'est un des deux verbes qui servent à parler de la résurrection de Jésus ; tantôt il est dit qu'il a été réveillé, et tantôt qu'il s'est relevé. Il y a bien sûr un sens chronologique entre ces deux opérations : on est d'abord réveillé, tiré du sommeil, et ensuite on se lève (exception faite des cas de somnambulisme...). Il y a aussi une question de qui fait quoi : on ne se réveille pas vraiment soi-même, parce que pour cela il faudrait que ce soit une part de nous-même déjà réveillée qui vienne tirer l'autre part de son sommeil ; à strictement parler, on est réveillé, par le réveil, par une autre personne, par un bruit, de la lumière. Et ensuite seulement, on prend l'initiative de se lever.

Le relèvement des justes : il n'y a pas d'ambiguïté, ceci fait allusion à cette espérance qui est née dans le judaïsme quelques siècles avant Jésus, que la vie ne se termine pas à la mort. Cette espérance est née du constat que certains meurent sans avoir pu bénéficier de gratifications dans leur vie, alors qu'ils l'auraient mérité par leur comportement juste. Il s'agit d'une supposition, évidemment, qui se base sur l'idée que Dieu ne peut pas être injuste, et qu'il faut donc bien qu'il rétribue de telles personnes d'une manière ou d'une autre, d'où cette notion d'une vie après la mort, une vie cette fois-ci sans fin, une vie de bonheur sans fin. La résurrection de Jésus, pour ceux qui y croient, est venue ensuite confirmer cette hypothèse.

Lui-même ne pensait vraisemblablement pas que cela se produirait pour lui de la façon dont cela nous a été relaté. Il semble que l'idée qu'il s'en faisait nous ait été rapportée dans la seule controverse qu'il ait eue avec des sadducéens (qui, eux, ne croyaient pas en cette future éventuelle résurrection pour les justes), idée qui peut être résumée ainsi : être ressuscité, c'est être présent dans le cœur de Dieu pour l'éternité. Pour affirmer ceci, il se base sur le fait que YHWH s'était présenté à Moïse comme étant le "Dieu d'Abraham, Isaac et Jacob" ; or, si ces trois patriarches n'avaient réellement plus eu aucune existence à ce moment-là, YHWH ne se serait pas présenté comme "étant" leur Dieu, mais seulement comme "ayant été" leur Dieu...

Le moins qu'on puisse dire de cet argument, c'est qu'il nous dit peu de choses sur ce qu'est exactement cet état de ressuscité, mais faut-il le regretter ? ou ne faut-il pas plutôt regretter tous les échafaudages qui ont été élaborés par la suite, à partir des récits qui nous ont été faits sur la "résurrection" de Jésus ? non que ces derniers soient nécessairement le produit d'hallucinations, voire d'affabulations, mais qu'ils pouvaient n'avoir de raison d'être que pour des objectifs pédagogiques : il fallait que les disciples touchent du doigt, littéralement, que la mort n'avait pas eu le dessus sur lui, pour qu'ils puissent enfin sortir de leurs attentes d'un messie politico-militaire. Mais une fois ce but atteint, il a cessé de leur apparaître, c'est donc que l'essentiel de cet état de ressuscité n'est pas là...

Clarifions un premier point : on parle ici du relèvement "des" justes, et c'est une des images qu'on retrouve dans les évangiles, mais déjà aussi auparavant dans la tradition biblique, d'un événement unique, mettant fin à l'histoire tant des hommes que de l'univers, le "jugement dernier", où se jouerait le sort de tous, depuis Adam jusqu'à ...? Cependant, cette notion vient immédiatement en contradiction avec Abraham, Isaac, Jacob, et jusqu'à Jésus lui-même : tous ceux-là sont déjà ressuscités, et on voit mal pourquoi il en serait autrement pour tous les autres. Non, ce destin se joue au plus tard à notre mort ; je dis "au plus tard", parce qu'il est évident qu'il ne peut en fait se produire qu'en continuité avec cette vie-ci, que c'est donc dès maintenant que cela se passe...

Et alors se pose la question : qui ? qui est "juste" et qui ne l'est pas ? qui "mérite" de subsister dans la mort, et qui ne le mérite pas ? et là, il semble évident que c'est et personne et tout le monde. Nous sommes tous responsables d'actes qui ont pu causer des torts incommensurables, même sans l'avoir voulu et sans le savoir, et l'inverse aussi. Tout ceci est certainement à des degrés divers, il y a des "monstres" dans l'humanité, et des "braves gens", mais cela n'empêche qu'il y a certainement chez tous au minimum quelques petites choses pas très belles, et au minimum quelques unes aussi qui ont fait du bien à d'autres. C'est cela qui survit, qui perdure, pour l'éternité, ce qui a fait du bien, ce qui a contribué à rendre le monde plus beau.

Mais "moi" ? qu'est-ce que je deviens dans tout ça ? ok, le bien qui a pu se faire par mon intermédiaire, cela reste pour l'éternité, et le mal, non, cela disparaît pour l'éternité, simplement parce que cela ne peut pas servir à quoi que ce soit, alors que le bien, lui, peut servir à ce que le monde devienne encore et toujours meilleur. Mais "moi" : est-ce que "je" subsiste à travers ça ? Personnellement, je n'ai pas la réponse à cette question, et en fait elle ne me préoccupe pas vraiment. J'espère seulement avoir eu la grâce de faire un peu de bien autour de moi dans ma vie (et pourquoi pas d'en faire encore un peu d'ici à ce qu'elle se finisse...), et de n'avoir pas engendré trop de mal. Pour le reste, cela me semble secondaire, complètement secondaire.

Non ? pas toi ?

 

 

    et il disait aussi à celui qui l'avait invité

« quand tu fais un déjeuner ou un souper
    n'appelle pas tes amis
    ni tes frères
    ni tes pairs
    ni de riches voisins
de peur qu'eux aussi ne t'invitent en retour
    et ce serait un rendu pour toi

mais quand tu fais un festin
    invite des pauvres
    des estropiés
    des boiteux
    des aveugles
et heureux seras-tu
    qu'ils n'aient rien à te rendre
car cela te sera rendu
    au relèvement des justes »

(Luc 14, 12-14)

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