Mourir d'abord
Il est de bon ton dans le christianisme de dénigrer la moksha ou le nirvana des traditions orientales comme étant un salut par disparition, extinction, anéantissement, de la personne, supposément au contraire de la résurrection...
Une parabole : une comparaison, un mashal. Si cette petite histoire est une parabole, cela signifie que son sens le plus important n'est pas seulement une leçon de bonne conduite dans la société. Cet aspect n'est pas à négliger non plus : ne pas péter plus haut que son cul, cela reste de toute façon de bon conseil, mais si on ne retenait que ça, on passerait à côté de l'essentiel. Le banquet dont il est question, le festin (repas de fête), pourquoi pas même le repas de noces, au sujet duquel ces recommandations nous sont faites, c'est celui du Royaume, auquel tous nous sommes invités, et ces conseils, ce sont en fait notre ticket d'entrée.
Il ne m'est en effet pas possible d'entrer dans le Royaume s'il me reste quelque sentiment de valoir quelque chose par moi-même. Penser que je puisse avoir plus de valeur qu'une autre personne, quelle qu'elle soit, c'est forcément penser qu'il y ait en moi quelque chose qui m'appartient en propre, quelque chose dont je peux m'attribuer le mérite, quelque chose dont je serais l'origine, le créateur, or rien de cela n'existe, rien de ce que je suis ne me vient de moi-même, tout m'a été, m'est, me sera, confié, prêté, pour le faire fructifier, certes, mais même mes capacités à le faire fructifier me viennent d'ailleurs, de l'autre, de l'absolu, de la transcendance.
Et c'est tout. Tout est là. Tout tient là. Le Royaume, c'est cela, que d'autres traditions appellent, elles, la vacuité, qui est l'inverse exact de la vanité. La vacuité : ne m'attachant à rien qui serait supposé m'appartenir, me définir, me spécifier, m'identifier, comme m'étant propre, c'est alors seulement, à cette seule condition d'avoir renoncé à tout, que je peux faire partie de ce tout, y prendre part, en participer. Non, la vacuité (les serviteurs devenus inutiles une fois qu'ils ont accompli leur service) n'est pas un anéantissement, une disparition, mais oui, il faut passer par un certain anéantissement, une certaine disparition, pour atteindre à la vacuité, qui est, au contraire du vide, plénitude, là où c'est la vanité qui n'est, elle, qu'un masque du néant.
Il faut mourir d'abord, pour pouvoir ressusciter...
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et il adressait aux invités une parabole
en remarquant comment ils choisissaient les premières places
leur disant
« quand tu as été invité par quelqu'un à un banquet
ne t'attable pas à la première place
de peur que plus honorable que toi
ait été invité par lui
et celui qui vous a invités toi et lui
étant venu il te dira
"donne la place à celui-ci !"
et alors tu commenceras avec honte
à prendre la place derrière
mais quand tu as été invité
va t'attabler à la dernière place
si bien que quand viendra celui qui t'a invité
il te dira
"ami ! monte plus haut !"
et alors ce sera pour toi une gloire
à la face de tous les attablés
car quiconque se glorifie lui-même sera humilié
et qui s'humilie lui-même sera glorifié »
(Luc 14, 7-11)

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