Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Au-delà de nos horizons

Mar. 17 Décembre 2024

Livre de la genèse de Jésus messie : c'est ainsi que commence l'évangile de Matthieu, malheureusement trop souvent traduit (trahi en réalité) par "Voici la généalogie", ou "Voici la liste des ancêtres", de Jésus, comme si le livre ne contenait que ça...

Livre de la genèse de Jésus messie : Matthieu annonce ici quel est l'objet de son livre, ce qu'on appellera son "évangile" ; c'est en quelque sorte le titre de ce livre : la genèse de Jésus messie, comment Jésus a manifesté qu'il était le messie (ou au moins "un" messie, un oint de Dieu, un béni de Dieu), et comment il a aussi été reconnu comme tel par un certain nombre de ses coreligionnaires, car, d'une part il ne faut pas oublier que les tout premiers "chrétiens" étaient tous des Juifs, et d'autre part, Jésus aurait beau avoir été béni de Dieu, messié par lui, si aucun membre du peuple "élu" ne l'avait reconnu comme tel, il n'en aurait pas moins été un ou le messie, mais personne ne l'aurait su, en somme il aurait été un messie inconnu, comme on parle du soldat inconnu, et peut-être d'ailleurs y a-t-il eu au cours des siècles, peut-être y a-t-il encore de nos jours, et de même pour la suite des temps, de nombreux, d'innombrables, messies inconnus, des bénis de Dieu, dont personne n'a connaissance, jusque et y compris eux-mêmes...

Livre de la genèse de Jésus messie : ce titre est celui du livre, la genèse dont il est question est donc loin de se limiter à la généalogie qui suit immédiatement. Cette généalogie est justifiée parce que Jésus, outre qu'il est qualifié de "messie", est de plus aussitôt affirmé être ausi "fils de David", ce dernier étant lui-même "fils d'Abraham". C'est donc que Matthieu tend à prétendre que Jésus n'est peut-être pas n'importe quel messié de Dieu, qu'il pourrait bien être, même, "le" messié, celui que tous attendent, celui en lequel tous mettent tous leurs espoirs. Ce messié-là est en effet supposé descendre de David, assumant ainsi non seulement une stature prophétique mais aussi royale, non seulement spirituelle mais aussi temporelle.

Ceci peut être une explication à la présence de cette généalogie, d'autant plus minutieuse qu'une bonne partie de ces générations sont absolument impossibles à corroborer à partir d'autres documents de la tradition judaïque. D'ailleurs, Luc, qui est le seul autre évangéliste à nous donner lui aussi une généalogie de Jésus, s'il s'accorde à peu près avec Matthieu sur la partie qui établit David comme descendant d'Abraham, donne des noms par contre tout différents de ceux de Matthieu pour faire descendre Jésus de David. Certains prétendent alors que la généalogie de Luc serait en fait celle des ancêtres de Marie (bien qu'il la fasse remonter en partant de Joseph, de son père supposé adoptif...). Peu importe en réalité. Ce qu'on peut remarquer, surtout, c'est que ce sont les deux évangélistes qui affirment que Jésus est né d'une conception non humaine, qui éprouvent le besoin de lui établir ainsi une liste d'ancêtres qui n'ont donc en réalité aucun lien biologique avec lui...

Car il faut quand même se rappeler que, à l'époque, personne n'a la moindre notion de ce que la conception d'un enfant résulte d'un patrimoine génétique des deux parents ; l'idée qu'on a sur ce sujet est que c'est l'homme qui fournit ce que nous appelons des zygotes, l"homme fournit une graine complète de futur être humain, et la femme ne sert que de mère porteuse. Bien sûr on constate que l'enfant peut beaucoup tenir de sa mère, physiquement, mais on attribue cela à une sorte d'influence magnétique ou fluidique de celle-ci au cours de la grossesse. On est vraiment persuadé que seul l'homme fournit la graine, c'est ce qu'on pense encore au moyen-âge, et qui explique qu'on s'y soit posé la question de savoir si les femmes aussi ont une âme et pas seulement les hommes...

Ceci dit, à l'époque de Jésus aussi, on était juif si le père était juif (et non comme maintenant où c'est de naître d'une mère juive qui fait qu'on est juif...), et, sans doute du fait connu depuis qu'il y a des hommes que "mater semper certa est" (la mère est toujours certaine, sous-entendu contrairement au père...), cette judéité était acquise dès le moment que le père reconnaissait l'enfant comme sien, jusque y compris dans le cas d'adoption, où l'enfant adopté était alors bel et bien considéré, au regard de la loi, comme ayant pour ancêtres toute la lignée du père qui l'adoptait. C'est donc sur une telle base que, même si Jésus ne descendait peut-être pas biologiquement de Joseph, ces généalogies pouvaient quand même avoir un sens.

Mais il reste que ce sont les deux évangélistes qui affirment la conception surnaturelle de l'enfant qui éprouvent le besoin d'énumérer ces généalogies... Marc comme Jean, de leur côté, semblent bien se moquer, et de la conception extraordinaire, et même peut-être de la judéité de Jésus (ils ne la mettent pas non plus en doute ! et il n'y a aucune raison d'imaginer un Jésus venant d'ailleurs, ni grec ni indien ni égyptien...), mais simplement pour eux, l'homme, tel qu'il a vécu, tel qu'il s'est révélé à eux, tel qu'il les a révélés eux aussi à eux-mêmes, tel qu'il les a transformés, voilà qui leur suffit amplement, là est ce qui leur semble le plus important, le plus essentiel, et c'est en ceci que peut s'amorcer l'universalité de son héritage, au lieu de rester confiné dans le seul cadre du judaïsme, cadre qui lui a certainement donné le jour, mais qui ne devait pas non plus pour autant empêcher son plein épanouissement au-delà de ce cadre.

Un peu comme le christianisme, qui reste encore de nos jours prisonnier d'une vision du monde restreinte à notre seule planète, comme si nous étions, nous les êtres humains de ladite planète, le centre de l'univers...

 

 

livre de la genèse de Jésus messie
    fils de David fils d'Abraham

Abraham engendra Isaac
et Isaac engendra Jacob
et Jacob engendra Juda et ses frères
et Juda engendra Pharès et Zara de Tamar
et Pharès engendra Esrom
et Esrom engendra Aram
et Aram engendra Aminadab
et Aminadab engendra Naassôn
et Naassôn engendra Salmôn
et Salmôn engendra Booz de Rahab
et Booz engendra Obed de Ruth
et Obed engendra Jessé
et Jessé engendra David le roi
    
et David engendra Salomon de celle d'Urie
et Salomon engendra Roboam
et Roboam engendra Abia
et Abia engendra Asa
et Asa engendra Josaphat
et Josaphat engendra Joram
et Joram engendra Ozias
et Ozias engendra Joatham
et Joatham engendra Achaz
et Achaz engendra Ezéchias
et Ezéchias engendra Manassé
et Manassé engendra Amôn
et Amôn engendra Josias
et Josias engendra Jéchonias et ses frères
    lors de l'exil à Babylone
    
    et après l'exil à Babylone,
Jéchonias engendra Salathiel
et Salathiel engendra Zorobabel
et Zorobabel engendra Abioud
et Abioud engendra Eliakim
et Eliakim engendra Azor
et Azor engendra Sadok
et Sadok engendra Akhim
et Akhim engendra Elioud
et Elioud engendra Eléazar
et Eléazar engendra Matthân
et Matthân engendra Jacob
et Jacob engendra Joseph l'époux de Marie
    de laquelle fut engendré Jésus dit le messie.
    
donc toutes les générations
    de Abraham jusqu'à David quatorze générations
    et de David jusqu'à l'exil à Babylone quatorze générations
    et de l'exil à Babylone jusqu'au messie quatorze générations

(Matthieu 1, 1-17)

Commenter cet évangile

S
Bonjour Xavier, franchement, je me demandais ce que tu allais écrire à propos de cet évangile. C'est pas spécialement un passage passionnant, mais tu as réussi à le rendre vraiment intéressant, comme par ailleurs tes autres commentaires que tu écris...moi, cela m'inspire!<br /> Je me rappelle avoir rencontré en Terre sainte, par l'intermédiaire de mon Ami de bien, une des petites filles de Monsieur Chouraqui. J'ai compris que par sa généalogie remontant au roi David, elle était d'avantage disposée à engendrer le messie. Cela sublime alors l'acte de mettre au monde et d'élever des enfants. Un tel départ, pour peu qu'il soit suffisamment éclairé peut alors être un véritable atout et un socle ferme.pour faire ses premiers pas dans la vie. Être la mère d'un futur messie n'est pas chose aisée, car cette maman sait que dans un monde de violence, son fils devra souffrir plus que les autres enfants.
Répondre
A
Bonjour Stéphane, franchement aussi, quand je commence un billet, je ne sais pas forcément ce qu'il va en sortir ; ici, c'est le mot "livre" comme tout premier mot de cet évangile qui m'avait marqué quand j'ai fait d'abord la traduction du grec (ça, je le fais la veille), et qui m'a servi de point de départ. Après, c'est sûr que j'essaie de ne pas rester prisonnier seulement du texte du jour, mais d'élargir la réflexion...<br /> <br /> Pour ce qui est de cette petite fille de André (je suppose que c'est de lui que tu parles) Chouraqui, si je comprends bien, en premier elle se considérerait donc comme descendante de David ; sur ce point, je doute fortement qu'elle puisse le savoir...<br /> <br /> Ensuite, peu importe, si cela lui permet d'envisager plus sereinement la possibilité qu'elle mette au monde le messie ? Mais le messie est-il forcément censé naître ? Il me semble que, selon l'évangile de Jean, quand le messie paraîtra, personne ne saura d'où il viendra.<br /> <br /> Là, j'avoue que je ne sais pas assez quelles sont exactement les attentes du judaïsme d'aujourd'hui au sujet du messie, mais je soupçonne qu'elles puissent être très diverses selon les obédiences.<br /> <br /> De même concernant le fait que le messie doive souffrir : il me semble là que c'est la façon dont Jésus a compris et vécu sa façon à lui de vivre sa vocation, mais le messie attendu par le judaïsme est-il censé nécessairement souffrir, je ne sais pas non plus...