Option préférentielle
Les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Qui donc est le plus grand dans le Royaume des cieux ? » Alors Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d'eux,
et il déclara : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le Royaume des cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, c'est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Et celui qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c'est moi qu'il accueille.
« Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu'on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on l'engloutisse en pleine mer. Malheureux le monde qui entraîne au péché par le scandale ! Il est fatal que le scandale arrive, mais malheureux celui par qui arrive le scandale !
« Si ta main ou ton pied t'entraîne au péché, coupe-le et jette-le loin de toi. Il vaut mieux pour toi entrer dans la vie éternelle manchot ou boiteux, que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel. Et si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le et jette-le loin de toi. Il vaut mieux pour toi entrer borgne dans la vie éternelle, que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu.
« Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits, car, je vous le dis, leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux.
« Que pensez-vous de ceci ? Si un homme possède cent brebis et que l'une d'entre elles s'égare, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? Et, s'il parvient à la retrouver, amen, je vous le dis : il se réjouit pour elle plus que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées.
« Ainsi, votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu. »
voir aussi : Enfants scandalisés
Dans un monde où domine l'idée que la fortune, la santé, la prospérité, sont des signes de la bénédiction de Dieu, les pauvres, les malades, les faibles n'ont pas droit aux mêmes égards que les autres. Ainsi des enfants, êtres fragiles par définition, promesse de soutien ultérieur, quand ils seront adultes, mais dans l'état présent charges financières. Les femmes, sans doute, qui savent bien ce qu'il leur en a coûté pour les mettre au monde, pouvaient leur prêter plus d'attention.
La considération qu'a Jésus pour les enfants détonne dans le contexte de son époque. On peut être à peu près certains de son historicité, le thème est suffisamment répandu dans les évangiles, et l'attribuer aux premiers chrétiens serait encore plus compliqué à expliquer. Et l'on mesure ici à quel point Jésus fut original dans sa culture et en son temps.
Jésus n'était pas le seul à contester la mainmise des saducéens sur le culte du Temple ou l'exploitation des plus pauvres par les nantis. On pressent cependant déjà dans les spécificités de ses positions que son point de vue ne s'adosse pas sur le seul raisonnement scolastique. Mais c'est dans cette extension à la défense des enfants que l'on comprend le mieux que son discours, son enseignement, son agir, son être, ne peuvent venir que d'une expérience spirituelle personnelle exceptionnelle.

