Ne restez pas à la porte !
« Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi. Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé.
« Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.
« Père, ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant même la création du monde.
« Père juste, le monde ne t'a pas connu, mais moi je t'ai connu, et ils ont reconnu, eux aussi, que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître encore, pour qu'ils aient en eux l'amour dont tu m'as aimé, et que moi aussi, je sois en eux. »
voir aussi : Origine préhistorique, De père inconnu, Toi en moi, et moi en eux
"Qu'ils contemplent ma gloire" : nous pouvons difficilement comprendre ce que disait ici l'évangéliste, surtout si nous prenons une traduction qui a osé carrément traduire par 'voir ma gloire'. Contempler, nous pensons spectacle, voire badauds, au mieux admiration devant une œuvre d'art. Mais le verbe grec θεωρέω (theóreó) signifie encore beaucoup plus que cela. C'est un peu comme avec le fameux 'connaître' quand on dit qu'Adam connut Ève, qui nous ferait penser qu'ils se sont dit bonjour et qu'ils ont discuté, mais qui signifie en fait qu'ils ont eu une relation sexuelle... c'est une connaissance qui ne reste pas qu'extérieure (même s'il est évident qu'une relation sexuelle ne garantit aucunement l'absence de tout malentendu) ! Eh bien, avec la contemplation à la mode theóreó, il en va de même, on ne reste pas extérieur à la chose. On peut penser aussi à l'étymologie de 'contempler' : faire 'temple' avec ou ensembles. Autrement dit, dans la contemplation, celui qui contemple participe aussi de l'événement, et donc "contempler la gloire" de Jésus c'est y prendre part. D'ailleurs le texte le dit clairement : "que là où je suis, eux aussi soient avec moi". Il ne s'agit pas seulement de rester ébahis devant la résurrection, il s'agit d'en bénéficier nous aussi.
Cette 'gloire' vient de loin : de "avant la création du monde". Je ne suis pas sûr qu'on mesure bien, qu'on réfléchisse suffisamment, à ce qui est dit ici. Découvrir Dieu comme notre Père signifie que nous participons de sa nature depuis toujours, que nous ne sommes pas venus à l'existence seulement au moment de la "création du monde", mais que nous existions déjà avant. Exister, c'est-à-dire être différenciés, distincts, de Dieu, et pourtant pas encore venus dans le monde. C'est difficile à nous représenter, mais cela signifie en tout cas que ce n'est pas notre incarnation qui nous a donné l'existence. Même si notre existence n'a pas d'autre objectif que de nous incarner : ne rêvons pas d'un 'monde' céleste à la manière d'un chœur d'anges complètement autiste et indifférent au monde, je doute même que de tels êtres existent, ou alors c'est par un terrible châtiment qu'il ne leur est pas permis de prendre part au grand œuvre. Car le monde est tout ce qui importe à Dieu, son seul centre d'intérêt, sa seule raison d'être. Et donc, si nous existons, ce ne peut être que pour prendre part à cette aventure, mais cela signifie aussi que nous ne pouvons pas n'être que des produits du monde, que nous avons été voulus avant le monde.
Voilà qui nous "fait une belle jambe" ?

