Partage d'évangile quotidien
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Petits ! petits ! petits !

Sam. 17 Août 2013

Matthieu 19, 13-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors on lui présente des petits enfants pour qu'il leur impose les mains et prie. Les disciples les rabrouent.  Mais Jésus dit : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ! Car c'est à leurs pareils qu'est le royaume des cieux. » 

Il leur impose les mains, et s'en va de là. 

 

 

Pilate s'en lave les mains, par He-Qi

 

 

voir aussi : Enfants modèles, Enfance de l'art, Enfants rois

Nous sommes dans une série de trois comportements sociaux par lesquels Jésus détonnait étonnamment sur son époque. Nous avons eu hier sa position sur le mariage. Jésus était sans doute célibataire, cela ne l'empêchait pas d'avoir un avis sur la question, et surtout cela ne l'empêchait pas (ou peut-être même lui permettait) d'avoir une considération pour les femmes absolument surprenante, toujours par rapport aux mentalités de son temps. Il faut bien voir qu'en prônant l'indissolubilité du mariage, il promeut l'égalité des sexes. Il n'y avait que les hommes qui pouvaient répudier leur épouse. En leur déniant ce 'droit', il rétablit concrètement la parité des époux sur ce point. D'autres passages des évangiles témoignent encore de cette bonne entente entre Jésus et les femmes, mais il est vrai plutôt chez Luc ou Jean. Matthieu, pour sa part, reste très traditionnel dans son opinion à leur sujet. On lui comptera donc d'avoir quand même conservé ce passage sur l'indissolubilité du mariage, même s'il l'a par ailleurs détourné en promotion du célibat...

Autre comportement difficile à comprendre de la part de Jésus, celui que nous voyons aujourd'hui : son attention aux enfants. Pour eux, c'est pire encore que pour les femmes. Incapables de subvenir à leurs besoins, ils n'ont qu'un droit, obéir. Ils ne sont pas les bienvenus dans les affaires des 'grands', et d'ailleurs, ici, ils ne sont pas venus d'eux-mêmes. Qui donc est le 'on' ou le 'ils' qui viennent présenter ces enfants ? bien évidemment, des femmes... Double raison, donc, pour chasser tout ce petit monde ! Jésus, par contre, ne l'entend pas de cette oreille. Cette scène ne nous est rapportée qu'une fois dans les évangiles, mais nous pouvons nous douter qu'elle s'est produite à maintes reprises. C'est un exemple-type que nous avons là, avec l'explication des motivations de Jésus : le Royaume n'appartient qu'à ceux qui sont comme des enfants. C'est-à-dire, comme nous l'avions vu en début de semaine, précisément à ceux qui sont vulnérables, dépendants du bon plaisir d'autrui et de la providence. Jésus ne fantasme pas sur une soit-disant innocence ou pureté des enfants, il ne joue pas les Jean-Jacques Rousseau avant l'heure. Il a été enfant, lui aussi, il sait qu'il a eu, comme tout le monde, à gérer ses désirs de possession et de domination. Que ces désirs soient innés ou culturels n'est pas la question, entrer dans le Royaume n'est pas une histoire de revenir à un Éden originel immaculé, mais a par contre tout à voir avec une conscience pleine et entière de notre dépendance fondamentale d'un autre que nous, le Père.

C'est là la raison principale de l'attention de Jésus aux femmes, aux enfants, aux pauvres, aux malades, à tous les 'petits' : non pas parce qu'il trouve que c'est mieux d'être malade qu'en bonne santé, ni d'être femme plutôt qu'homme ! Et c'est la même raison qui explique un troisième comportement révolutionnaire de Jésus, et que Matthieu va exposer longuement juste après (que nous verrons la semaine prochaine) : la condamnation des riches. Révolutionnaire : la mentalité juive traditionnelle considère que la richesse est synonyme de bienveillance de Dieu, ceux qui sont riches le sont parce qu'ils sont aimés de Dieu, ceux qui sont pauvres le sont parce que Dieu les punit. Jésus va inverser les propositions : ceux qui sont pauvres sont l'objet de l'amour préférentiel de Dieu, quant aux riches, ils sont maudits, ils ne pourront pas entrer dans le Royaume... il s'agit bien d'une inversion totale du système de valeurs en cours, voire d'une perversion, et nous pouvons être certains que cet aspect a compté au moins autant, dans la condamnation de Jésus par les sadducéens, que l'allégation de se prendre pour Dieu. Mais nous y reviendrons.

Encore une fois, nous avons du mal à prendre conscience de l'abîme d'incompréhension que représentaient ces positions de Jésus pour ses contemporains. Nous nous sommes habitués depuis à ces idées, cela a pris plus ou moins de temps, mais elles ne nous semblent plus aussi farfelues, voire pour certains : évidentes. Et comme ce sont les églises qui ont, concrètement, poussé ces idées au long des siècles (pas forcément de manière continue, mais globalement), nous pourrions aussi être tentés de croire que ce sont elles qui en ont fait leur marotte, en extrapolant abusivement ce que Jésus aurait à peine esquissé. La réalité est donc l'inverse. C'est Jésus qui a eu les positions les plus avancées dès l'origine, et les églises qui ont avancé et fait avancer les mentalités progressivement. Ce qui n'empêche qu'elles puissent avoir encore du pain sur la planche (dans le domaine de leur compréhension de l'enseignement de Jésus, et donc de la proposition qu'elles en font) . Allez, risquons une appréciation personnelle : sur le mariage, ça peut aller grosso modo, même si on peut déplorer un peu de rigidité chez les catholiques. Sur les femmes, à part chez certains protestants, pas mal de progrès sont encore attendus. Sur le respect des enfants, rien à redire globalement. Sur les richesses... euh ! comment dire ? on trouve de tout, alors qu'on attendrait une parole et une pratique claires et univoques. C'est certainement le plus gros chantier auquel elles devraient s'atteler, si elles veulent conserver une chance d'être encore audibles à l'avenir. Nous en reparlerons aussi.