Partage d'évangile quotidien
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À la grâce de Dieu

Mer. 25 Septembre 2013

Luc 9, 1-6 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il convoque les douze. Il leur donne puissance et autorité sur tous les démons et pour guérir des maladies. Il les envoie proclamer le royaume de Dieu et rétablir les infirmes. 

Il leur dit : « Ne prenez rien pour le chemin, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, ni avoir chacun deux tuniques. En quelque maison que vous entriez, là, restez, et de là, sortez. Et ceux qui ne vous accueillent pas ? En sortant de cette ville-là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux ! »

Ils sortent, ils passent par les villages : ils annoncent la bonne nouvelle et guérissent en tout lieu. 

 

 

Regarde dans le ciel, par He-Qi

 

 

voir aussi : Pleins pouvoirs, Voyagez léger !, Vitesse supérieure

L'envoi des douze en mission : les trois synoptiques rapportent cet épisode, mais chacun avec une coloration qui lui est propre. Matthieu a considérablement étayé ce qu'il avait trouvé chez Marc, son discours missionnaire s'étend sur tout un chapitre, où on distingue clairement qu'après les quelques recommandations communes comme celles d'ici (héritées d'une tradition antérieure, Q sans doute, et qui sont encore plausibles dans le cadre d'une mission du temps de Jésus), il a ajouté de nombreuses considérations qui ne peuvent se comprendre que dans le cadre d'une mission bien après la mort de Jésus (persécutions, concurrence exacerbée avec les pharisiens). Luc, par contre, réduit ce qu'il a reçu de Marc au strict minimum, mais c'est parce qu'il se réserve pour un second envoi en mission, qu'il est seul à relater, l'envoi des soixante-dix. Si Luc a ce second envoi, c'est à cause de ce nombre d'envoyés : les douze sont le symbole des douze tribus d'Israël, l'envoi des douze est donc un envoi en direction des seuls juifs. Matthieu, d'ailleurs, le fait dire explicitement par Jésus : n'allez pas vers les païens, ni même vers les Samaritains, mais seulement vers les membres de la maison d'Israël (Matthieu 10, 5-6). Soixante-dix, par contre, est le nombre théorique et traditionnel des 'nations' selon la Bible. On comprends donc pourquoi Luc, l'évangéliste des païens, avait besoin de ce second envoi, et pourquoi c'est ce dernier qu'il privilégie sur celui des douze.

On peut se demander si Jésus avait effectivement envoyé en mission ses disciples ainsi, de son vivant. On sait qu'une des premières formes que prit le christianisme fut sans doute des confréries de prédicateurs itinérants, fonctionnant comme il est décrit ici : deux par deux, ne possédant rien avec eux, demandant l'hospitalité sur leur chemin, et ne restant jamais longtemps au même endroit. C'est ce qui ressort de l'analyse des documents regroupés sous le nom de source Q, dont cet envoi en mission fait partie. Si ces groupes ont procédé ainsi, c'est certainement parce qu'ils continuaient ce qu'ils avaient fait avec Jésus, de son vivant, et tel qu'on le voit aussi clairement dans les évangiles : ils sillonnaient la Galilée, proclamant la bonne nouvelle du Royaume, guérissant les malades, chassant les 'esprits'. Ils ont donc repris ce qu'ils avaient appris à faire, mais ceci ne nous assure pas que, toujours du vivant de Jésus, ils l'aient fait seuls, sans sa présence ! Quand ils nous disent que c'est Jésus qui les a envoyés, là ils nous parlent certainement de leur activité après sa mort, et ils ont le droit de le dire d'un certain point de vue : Jésus n'est plus là, mais ils sont bien dans le droit fil de ce qu'ils ont appris à faire avec lui, leur activité n'est pas illégitime, d'autant qu'il semble bien qu'elle était réellement accompagnée de guérisons et exorcismes. Mais encore une fois, tout ceci, s'il est à peu près assuré qu'ils l'ont vécu après sa mort, rien ne nous dit qu'ils l'avaient déjà expérimenté avant, dans ces mêmes conditions : eux envoyés seuls, et ayant, sans lui, ces dons de "puissance et autorité sur les démons et pour guérir les maladies".

Cette fameuse mission des douze semble d'ailleurs se résumer pour l'essentiel à ce seul envoi, telle qu'on peut la lire dans les évangiles. Matthieu, carrément, ne dit pas qu'ils partent effectivement : il fait prononcer son discours fleuve par Jésus, puis il passe à autre chose, oubliant que les douze sont encore là à l'écouter... Et chez Marc comme Luc, on apprend juste qu'à leur retour "ils racontent tout ce qu'ils ont fait" à Jésus, mais on n'en saura pas plus, aucune description de ces actions en question, aucun commentaire de Jésus à ce sujet ! Il faut aller regarder à la mission des soixante-dix, chez Luc (10, 17s), pour trouver quelques éléments de plus, mais peut-on alors s'y fier, puisque Luc seul nous les rapporte ? Voici ce dont il s'agit. Nous devons d'abord écarter l'état d'esprit des disciples, tout joyeux parce que "les démons leurs sont soumis en son nom" : "au nom de Jésus", cette formule n'a commencé d'être utilisée qu'après sa mort. Puis Jésus leur répond qu'il "voyait le satan tomber du ciel" : même remarque, Jésus chassait les 'esprits' qui polluaient la vie des hommes sur terre, pour que cette vie sur terre soit "comme celle du ciel", cette notion d'un satan dans le ciel semble bien étrangère à son message. Enfin il leur recommande de "se réjouir de ce que leurs noms sont inscrits dans les cieux plutôt que de ce que les esprits leur soient soumis" : cette expression encore, "leurs noms dans les cieux", date du christianisme naissant, pas de Jésus. Au passage, j'ai omis Jésus qui se rengorgeait d'avoir donné un tel pouvoir aux disciples...

Une mission donc, très problématique, si on veut prétendre qu'elle eut lieu du vivant de Jésus telle que racontée dans les évangiles. Alors ces premières confréries chrétiennes, qui agissaient comme il est décrit ici, poursuivant ce qu'ils faisaient quand ils étaient avec lui, et semble-t-il avec un certain succès, au moins pour ce qui est des 'signes', ont-elles eu raison ou non de le faire ? La question est un peu fallacieuse, les faits sont là, ils l'ont fait. Mais Luc, par sa remarque finale attribuée à Jésus, mine de rien, rejoint assez bien ce qu'il aurait pu dire en une telle occasion : les signes, les pouvoirs, n'ont aucun intérêt en eux-mêmes. C'est toute la problématique qu'il a dû lui-même affronter, quand il s'est rendu compte que les foules ne se focalisaient que sur ça, et n'écoutant absolument pas son message à cause de la force d'attraction de ces signes. Ce qui était central dans ce qu'il voulait transmettre, c'est ce Dieu Père, à découvrir, chacun, en soi. Se réjouir d'avoir autorité sur les démons ? non, mais d'avoir trouvé le Père, donc le Royaume, donc, selon la formulation des premiers chrétiens "d'avoir son nom inscrit dans le ciel", là oui, voilà où se trouve la source de la seule vraie joie, et qui permet, effectivement, d'aller dans sa vie ouvert à tout ce qui se présente, sans crainte de jamais manquer de quoi que ce soit.