Partage d'évangile quotidien
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Le baptême du feu

Jeu. 24 Octobre 2013

Luc 12, 49-53 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Un feu ! Je suis venu le jeter sur la terre ! Et comme je voudrais que déjà il soit allumé ! Un baptême ! J'ai à être baptisé ! Et combien je suis oppressé jusqu'à ce qu'il soit accompli ! 

« Vous croyez que j'arrive donner la paix sur la terre ? Non, je vous dis : mais la division ! Car, dès cet instant, cinq dans un seul logis seront divisés : trois contre deux, deux contre trois. Divisés : père contre fils, et fils contre père, mère contre fille, et fille contre mère, belle-mère contre épouse, épouse contre belle-mère ! » 

 

 

Le buisson ardent, par He-Qi

 

 

voir aussi : Conflit de générations, Les feux de l'amour, Dieu vomit les tièdes, Un baptême

Nous avons aujourd'hui nettement deux péricopes, sans rapport étroit l'une avec l'autre. La première, propre à Luc, est un monologue de Jésus, une réflexion à voix haute sur l'état de sa mission. La seconde, dont on trouve un parallèle chez Matthieu (10, 34-36) dans son discours missionnaire, est censée être adressée aux disciples, mais est surtout une construction de la communauté chrétienne dans les temps de persécution, lorsqu'effectivement dans une même famille on trouvera des adeptes de Jésus et d'autres qui n'y adhèrent pas, et que ces derniers pourront aller jusqu'à dénoncer les premiers auprès des autorités. Du temps de Jésus, on pouvait trouver des divergences d'appréciation, mais il n'y avait pas vraiment d'obligation de choisir son camp, encore moins de se déchirer. C'est la répression par les autorités religieuses, d'abord, puis finalement l'exclusion des chrétiens hors de la synagogue, qui pourront mener à des situations aussi tendues. Si on ne tenait pas compte de ce contexte, on ne comprendrait pas que Jésus ait pu aussi dire "c'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne" (Jean 14, 27).

Bien sûr, comme le précise Jean ensuite, cette paix n'est pas "comme celle que le monde donne". La paix dans laquelle vivait Jésus, et à laquelle il souhaite que nous accédions, ne l'a pas empêché de finir comme on le sait ! Mais de là à "je ne suis pas venu apporter la paix, mais la division (ou pire, l'épée, donc la guerre, chez Matthieu)" ? on sent bien qu'il y a pour le moins une exagération dans la formulation. La paix de Jésus n'exclut pas de fortes dissensions, pouvant aller jusqu'au martyre, mais on n'est pas dans une alternative, ce n'est pas soit la paix soit la guerre, c'est de toute façon la paix, et éventuellement la guerre, sur un autre plan. La paix de Jésus est une paix profonde, c'est la paix de l'éveillé, de celui qui a trouvé Dieu, le Père, en lui, et qui sait que rien ne pourra jamais l'en séparer. Cette paix est aussi comme ce feu, brûlant en lui, dont nous parle la première péricope : c'est le moteur de son agir, c'est devenu sa seule raison de vivre, et c'est ce qu'il voudrait que tous puissent découvrir. Mais c'est bien là qu'est le nœud du conflit.

Le monde ne connaît pas cette paix, et est incapable de la connaître, sans passer d'abord par une situation de crise. Jésus a vécu une telle crise avant de trouver le Père. On nous parle d'une retraite dans le désert après son baptême, en réalité c'est cette retraite qui lui a donné l'Esprit. S'imagine-t-on ce que peut-être un jeûne de quarante jours, dans les conditions extrêmes qu'est le désert ? Le nombre quarante est bien sûr symbolique, mais il nous parle quand même d'une période longue, où Jésus s'est débattu avec celui qu'il avait été jusque là, avec la maya, avec l'inconsistance dans laquelle nous vivons, tous, avant que lui vienne la révélation, l'illumination, l'éveil, qui lui ont donné ce feu qu'est la paix de Dieu. Et dès lors, il n'avait plus qu'un objectif, répandre ce feu sur la terre. "Comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !", nous donnent la plupart des traductions, ou encore "que pourrais-je vouloir, s'il était déjà allumé ?" Aussi, ajoute-t-il, va-t-il lui falloir passer par un autre baptême. Ce feu ne se communiquera pas comme ça, tout seul. Il l'avait cru dans un premier temps, dans la période du 'printemps' galiléen, mais il s'est rendu compte qu'il n'en était rien. L'enthousiasme des foules n'était qu'un marché de dupes.

Je ne suis pas sûr que Jésus avait prévu que sa mort serait le moyen par lequel les disciples accéderaient, enfin, eux aussi, à la vie de l'Esprit. Ce qui est sûr, c'est que c'est ce qui s'est passé. Il leur a fallu cet électrochoc pour que se fissure enfin le béton armé de leurs conceptions anciennes, du Royaume coïncidant avec la géographie et la politique d'Israël, du Dieu juge et lointain. Il leur a fallu eux aussi passer par leur désert, par leur dégoût, par la déréliction, la fin de toutes leurs espérances, de leurs attentes, car il n'y a pas d'autre chemin. Le monde doit aller au bout du monde, doit finir par renoncer à lui même, par abandonner, lâcher prise, pour que l'Esprit puisse se révéler. Pour tout cela, il a donc fallu que Jésus reçoive ce second baptême, celui de sa mort, et on se doute bien que ce n'était pas de gaité de cœur qu'il y allait.