En ce temps-là
En ce temps-là, Jésus prend la parole, il dit : « Je te célèbre, père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu caches ces choses à des sages et des sagaces, et que tu les révèles à des tout petits. Oui, père : tel est le choix de ton amour.
« Tout m'a été livré par mon père : et nul ne connaît bien le fils, sinon le père. Nul ne connaît bien le père, sinon le fils et à qui le fils a dessein de le révéler. »
voir aussi : Petit, c'est beau, Fastoche ?, Petits, petits, petits !, Repos éternel, Trop facile, Solution de facilité, Aime, et fais ce que tu veux, Union libre, Vie facile, Remise de peine, Offre alléchante, A qui irons-nous ?
Il est vrai qu'il n'y a aucun savoir qui puisse se transmettre pour mener à connaître Dieu par expérience. On peut même dire qu'il n'y a pas de chemin qui y mène, à proprement parler. La raison de ceci est que Dieu est là, présent, toujours et partout, présent dans tout instant du présent. Vouloir faire quelque chose pour le trouver, c'est déjà reporter à plus tard la découverte, c'est déjà le manquer, c'est déjà se projeter dans le temps, alors qu'il ne peut être présent que dans le présent éternel. L'avenir est une illusion au regard de Dieu qui est hors du temps. Si nous cherchons Dieu, nous ne pourrons donc pas le trouver. Dieu ne peut se révéler que si on cesse de le chercher.
Trop facile ? hum ! Je vais donc laisser tomber tout ça, que je me dis, et ça viendra tout seul. Oui, c'est vrai, sauf que "laisser tomber tout ça", il ne suffit pas de le dire pour que ce soit fait. Notre soif de Dieu vient souvent de très loin en nous, elle s'appuie sur toute une culture qui nous a été transmise, la plupart du temps elle colore toute notre vie, et c'est à tout ceci que nous allons devoir mourir, en quelque sorte. Nous allons devoir y renoncer, le renier, en faire notre deuil, mais sans pour autant le remplacer par d'autres objectifs plus "terre-à-terre" ! Car, s'il s'agit d'arrêter de chercher Dieu, il ne s'agit pas non plus de nous mettre en chasse de gagner plein d'argent, ou d'acquérir plein de pouvoir, ni même de devenir des champions du tricotage de chaussettes ou du jeter de papiers chiffonnés dans la corbeille... Il ne s'agit pas de remplacer notre recherche de Dieu par une autre recherche.
On peut dire alors, pour être plus précis, qu'il reste quand même quelque chose en nous qui cherche Dieu, mais que ce quelque chose réside dans notre inconscient. Or, notre inconscient, lui, connaît très bien Dieu. Mais pour qu'il puisse le révéler à notre conscience, il faut d'abord que notre conscience se taise. C'est pour cette raison que tant que nous le cherchons — ou tant, aussi, que nous sommes remplis de buts dans notre vie, qu'ils soient nobles ou vils —, notre conscience l'empêche de se manifester à nous. Mais lorsque notre conscience se tait, lorsqu'elle cesse de se laisser tirer de droite et de gauche (y compris donc à la recherche de Dieu), alors du fond de notre inconscient Dieu peut enfin venir affleurer à la surface de notre conscience, le Soi se révèle au moi, à la fois comme son fondement absolument inébranlable et éternel, et à la fois comme le fondement de tout l'univers manifesté.
Il est donc bien vrai que Dieu ne se révèle pas aux "sages et sagaces" : il ne se révèle pas tant que nous sommes pleins de notre intelligence qui nous dit ce qu'il devrait être ou ne pas être. Et il ne se révèle qu'à "de tout petits" : il ne se révèle que quand nous avons renoncé à, mis de côté, tout ça. Alors seulement nous pouvons devenir ces fils du père, que nous étions déjà de tout temps, mais inconsciemment ; tandis que désormais nous pourrons dire que "le fils connaît le père". Un peu...

