La considération du monde
« Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu'il en a eu d'abord contre moi.
« Si vous apparteniez au monde, le monde vous aimerait, car vous seriez à lui. Mais vous n'appartenez pas au monde, puisque je vous ai choisis en vous prenant dans le monde ; voilà pourquoi le monde a de la haine contre vous.
« Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. Si l'on m'a persécuté, on vous persécutera, vous aussi. Si l'on a observé ma parole, on observera aussi la vôtre. Les gens vous traiteront ainsi à cause de moi, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. »
voir aussi : Ignorance fatale, Un grand incompris, Ignorance coupable ...
Cette haine du 'monde' contre Jésus était-elle inévitable ? Certes ce qu'il enseignait dérangeait les intérêts des sadducéens, d'une manière générale de ceux qui profitaient du système du Temple. Et le succès qu'il a eu dans sa période galiléenne a pu sérieusement les mettre en alerte. On le sait, les choses en sont allées au point qu'une troupe de plus de cinq mille hommes était prête à se mettre en marche contre la capitale ! Les sadducéens l'ont su, forcément, mais ils ont aussi forcément su que c'est Jésus lui-même qui a mis le holà à cette aventure. Et puis il est monté à Jérusalem, et il a continué de proposer son enseignement. L'échauffourée avec les marchands du Temple ne fut qu'une escarmouche plus symbolique qu'autre chose, mais qui annonçait bien la couleur, l'esprit. Et s'il avait donc clairement exprimé qu'il n'avait pas l'intention de mener une révolution par la force, si le monde qui le suivait en Galilée s'était fortement réduit depuis, les sadducéens ne pouvaient s'empêcher de s'inquiéter : et si d'autres (les zélotes, en l'occurence) ne profitaient de la situation pour mener leur propre jeu, ou si Jésus changeait son fusil d'épaule, ou pire encore dissimulait volontairement ses véritables intentions ?
Jésus savait ces craintes chez ses adversaires, et les a utilisées sciemment. Rien ne l'obligeait à venir à Jérusalem, rien ne l'obligeait non plus à continuer de parler, mais ces craintes lui fournissaient l'occasion d'une formidable caisse de résonnance, ce contexte obligeait tant ses adversaires que la foule de pèlerins à suivre attentivement ses faits et gestes ainsi que la moindre de ses paroles. C'était bien sûr une situation à haut risque, mais il l'a choisie volontairement, il a joué cette carte à fond, c'était une chance qu'il ne pouvait pas laisser passer de faire porter le plus haut et le plus loin possible ce qu'il avait à dire. On ne peut pas dire que c'était positivement un suicide, mais une fuite en avant : certainement. Une fuite en avant pour servir cette parole qui l'habitait, qui le possédait, au point d'être prêt à mettre sa vie dans la balance pour lui donner tout le poids qu'elle lui semblait mériter. On sait ce qu'il en advint d'un des points de vue de l'histoire, son arrestation et la mise à mort de l'empêcheur de tourner en rond, et de l'autre point de vue le mouvement qui est né de son geste et qui a traversé les siècles.
Mais tout ceci "parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé". Ici, nous avons du mal à comprendre, avec notre mentalité post-moderne individualiste ! Nous, nous aurions tendance à penser qu'après tout, ceux qui ne veulent pas savoir n'ont qu'à rester dans leur ignorance, c'est leur problème, et on ne va pas se mettre martel en tête, surtout pas risquer notre vie, pour essayer de leur faire passer un message dont ils n'ont aucune idée et dont ils semblent très bien se passer. Ou bien, comprenant que cette ignorance est aussi la cause de nombreux maux, nous nous sentirons coupables de ne rien faire, déplorerons comme le monde est mal fait, mais devant l'ampleur de la tâche, il faut bien le dire radicalement hors de notre portée, nous nous résignerons à nous contenter de quelques petits gestes occasionnels pour apaiser notre conscience et pouvoir continuer de jouir de notre petit bonheur quelque peu frelaté. Et pourtant, Jésus n'était qu'un homme, comme nous. Sommes-nous donc bien sûrs d'avoir compris ce qu'il vivait ?


Commenter cet évangile