... et sans excuse
« Si je n'étais pas venu, si je ne leur avais pas parlé, ils n'auraient pas eu de péché, mais à présent leur péché est sans excuse. Celui qui a de la haine contre moi a de la haine aussi contre mon Père. Si je n'avais pas fait parmi eux ces oeuvres que personne d'autre n'a faites, ils n'auraient pas eu de péché. Mais à présent ils ont vu, et cependant ils sont pleins de haine contre moi et contre mon Père.
« Ainsi s'est accomplie cette parole écrite dans leur Loi : Ils m'ont haï sans raison.
« Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d'auprès du Père, lui, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis le commencement.
« Je vous dis tout cela pour que vous ne risquiez pas de tomber On vous exclura de la synagogue. Et même, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront offrir ainsi un sacrifice à Dieu. Ils le feront parce qu'ils ne connaissent ni le Père ni moi.
« Mais voici pourquoi je vous dis tout cela : quand cette heure sera venue, vous vous souviendrez que je vous l'avais dit. Je ne vous l'ai pas dit dès le commencement, parce que j'étais avec vous. »
La tonalité est bien antagoniste : ceux qui ont entendu Jésus, qui ont vu ses oeuvres, et qui n'ont pas adhéré, sont sans excuse. Jean reconnaît que les juifs qui persécutent les premiers chrétiens puissent le faire au nom de leur foi ("s'imagineront offrir ainsi un sacrifice à Dieu"), et non plus essentiellement par calcul politicien comme ce fut le cas pour Jésus. C'est sans doute que le contexte n'est plus le même.
Jésus a été condamné par le grand conseil juif qui avait peur de l'influence grandissante qu'il avait dans la population. Mais la raison n'était pas tant qu'ils craignaient la concurence ; ils la craignaient, mais cela n'aurait pas suffi pour qu'ils veuillent aller jusqu'à sa mort. Ce qu'ils craignaient surtout, c'est que son mouvement ne finisse par provoquer des désordres qui auraient attiré sur l'ensemble du peuple juif une grave répression des romains.
Après la mort, et la résurrection, de Jésus, les attentes de ceux qui adhèrent à Jésus changent ; ils espèrent encore en son retour proche, mais son passage par la mort leur a fait au moins comprendre qu'il ne peut s'agir de prendre les armes et s'insurger contre l'occupant. Quelque chose s'est cassé, puis a resurgi, ils ne savent plus trop comment imaginer ce vers quoi les entraîne l'aventure, ils vont mettre quelques siècles à élaborer les grandes lignes de ce qu'ils en comprennent, mais cela au moins est sûr : Jésus n'a pas pris les armes, n'a pas appelé à la rébellion, n'a pas cherché à conquérir quelque pouvoir que ce soit !
En réalité, les risques pour la nation juive ne proviennent plus que d'elle-même. Faute de pouvoir suivre Jésus pour passer à un autre mode de compréhension de son élection divine, le sentiment du peuple de la première alliance s'enferme et s'exacerbe dans ses revendications de souveraineté temporelle, ce qui, d'une part aboutira à son quasi génocide par les romains excédés par leurs incessants mouvements de guérilla, et d'autre part les incite à considérer les chrétiens comme des déserteurs, des apostats, ce qui justifie de les poursuivre et de les tuer.


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