Naître, en fin
« D'ici peu, vous ne me verrez plus ; et, encore un peu après, vous me reverrez. Alors, certains de ses disciples se dirent entre eux : « Que signifie ce qu'il nous dit là : 'D'ici peu, vous ne me verrez plus ; et, encore un peu après, vous me reverrez.' Et cette autre parole : 'Je m'en vais auprès du Père' ? Ils disaient donc : « Que signifie ce peu de temps ? Nous ne savons pas de quoi il parle.
Jésus comprit qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit : « Vous discutez entre vous parce que j'ai dit : D'ici peu, vous ne me verrez plus ; et, encore un peu après, vous me reverrez. Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira. Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie.
« La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de son angoisse, dans la joie qu'elle éprouve du fait qu'un être humain est né dans le monde.
« Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre coeur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera.
« En ce jour-là, vous n'aurez plus à m'interroger.Amen, amen, je vous le dis : si vous demandez quelque chose à mon Père en invoquant mon nom, il vous le donnera. »
voir aussi : Après la pluie..., Accouchement, Renaissance
Bien sûr, c'est un peu facile de faire des prédictions après coup... mais ceci nous renseigne au moins sur la façon dont les disciples ont vécu la découverte du ressuscité. Avec cette image de l'accouchement, on peut se demander à qui fait référence l'enfant pour lequel les disciples ont eu à subir une peine similaire. On pourrait l'identifier avec Jésus ressuscité, ce serait une façon de dire que leur épreuve aurait concourru pour une part à la résurrection ? Dit tel quel, c'est peut-être un peu audacieux, mais la venue de l'Esprit, pourquoi pas ? Certes l'Esprit est un don de Dieu, à quiconque le désire, sans condition préalable, si ce n'est, justement, que de le désirer... car l'Esprit ne s'impose pas.
Maintenant, il est possible de dire aussi, non pas que la résurrection serait, même en partie, un effet de la peine des disciples, mais le fait qu'ils en aient été les témoins, oui ! Nous retrouvons cette équivalence entre voir le ressuscité et recevoir l'Esprit, ces deux langages qui font en fait référence à la même expérience. Nous le voyons bien dans les récits les plus authentiques des apparitions : Jésus ne leur impose pas de le reconnaître. Il est là, parfois depuis longtemps avec eux, sans qu'ils ne se doutent de rien, avant qu'un geste, une parole, ne finissent par faire sens pour eux, et lui, à ce moment, s'échappe, disparaît. Nous sommes aux antipodes d'une hallucination, qui viendrait comme un parasite, obsédante, envahissante. La rencontre de Jésus, comme la venue de l'Esprit, surgit soudainement, quand on ne s'y attend pas. C'est une surprise, un cadeau, et c'est instantané, ça ne dure pas, parce qu'il n'y en a pas besoin, l'essentiel a été transmis en cet instant, et l'étaler comme la confiture sur une tartine n'apporterait rien de plus.
Alors Marie de Magdala va aussitôt rejoindre les disciples pour leur dire ce qui vient de lui arriver. Les disciples à Emmaüs reprennent immédiatement la route, en pleine nuit, jusqu'à Jérusalem pour en parler à ceux qui y sont restés. Lorsque la rencontre a eu lieu, ce n'est effectivement plus le temps de poser des questions, parce qu'on sait. "Vous n'aurez plus à m'interroger" : nous ne pouvons pas douter que c'est bien là l'expérience qu'ont faite au moins une partie des disciples, mais nous pouvons par contre nous interroger sur les développements ultérieurs, cette religion qui a fini par conquérir le monde, avec ce mélange d'ignorance manifeste de qui était vraiment celui sur lequel elle dit se fonder, et bien évidemment, en parallèle, cette prétention à tant de certitudes douteuses.


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