Partage d'évangile quotidien
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Voyage éclair

Sam. 3 Mai 2014

Jean 6, 16-21 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Comme le soir venait, ses disciples descendent à la mer. Ils montent en barque pour aller de l'autre côté de la mer, à Capharnaüm. Les ténèbres déjà étaient là et Jésus n'était pas encore venu vers eux ! Et la mer, avec un grand vent qui soufflait, se réveillait. 

Ils avaient donc ramé environ vingt-cinq ou trente stades, quand ils voient Jésus marchant sur la mer : il est proche de la barque. Ils craignent.  Mais il leur dit : « Je suis. Ne craignez plus ! » Ils veulent donc le prendre dans la barque... Et aussitôt la barque est à terre, là où ils allaient ! 

 

 

Jonas et la baleine, par He-Qi

 

 

voir aussi : La nuit des revenants, Surprenants voyageurs, Revenant déjà, Téléportations

Ainsi, les disciples, sous prétexte que Jésus n'en finissait plus de prier, l'auraient laissé seul se débrouiller pour rentrer ! Jean essaie de leur fournir des excuses : le soir tombait, le vent se levait, s'ils voulaient rentrer chez eux il fallait qu'ils prennent une décision. Et alors ! la belle affaire, comme s'ils n'avaient pas souvent dormi dans des conditions pires, au cours de leurs pérégrinations à travers la Galilée. Et, si on se souvient bien, en d'autres occasions où Jésus avait disparu, c'était le contraire qu'ils avaient choisi : partir à sa recherche... Sur la manière dont les disciples se sont retrouvés à ramer seuls sur le lac, Jean n'est donc pas crédible. Ce sont les synoptiques qui nous donnent la version la plus plausible : c'est Jésus, cette fois, qui les a obligés à partir sans lui. Et le texte est clair : il ne lui a pas suffi de le leur dire, il lui a fallu les y contraindre. Parce que les disciples étaient, pour le moins, sur la même longueur d'onde que la foule, ils voulaient eux aussi emmener Jésus à Jérusalem pour le faire reconnaître comme roi ; eux-mêmes, bien sûr, faisant alors leur affaire des postes de premier ministre et autres...

Si Jean n'a pas voulu décrire Jésus forçant les disciples à partir, c'est sans doute pour les mêmes raisons qu'il a décrit Jésus posant le premier la question de comment faire manger la foule : Jésus est maître de tout. Le Jésus qui a été obligé de se fâcher avec ses amis ne correspond pas aux standards du Verbe incarné : il les aurait donc mal choisis, mal évalués, il se serait trompé ? Ce n'est pas Jean qui nous décrit les disciples se disputant entre eux pour savoir qui est le plus grand, de même il ne veut pas laisser entendre que, eux aussi, comme toute la foule, comme tout le monde en fait, avaient pris Jésus pour le Messie au sens très matériel et terrestre d'un roi régnant à Jérusalem, sur un territoire d'Israël devenant le phare et le centre des nations... Alors, il ne lui restait plus guère d'options pour expliquer que les disciples soient partis tout seuls en barque, sans Jésus. Cela a dû lui coûter, de laisser croire à cette désinvolture de leur part. Mais le symbole de Jésus marchant sur les eaux était trop beau ! Jésus déjà vainqueur de la mort et du néant (puisque c'est le symbolisme de cet élément), Jean ne pouvait pas laisser passer ça.

On est pourtant un peu déçus de cette scène-là aussi. Sans aller jusqu'au cirque qu'a inventé Matthieu avec le ridicule de Pierre qui veut faire le malin et manque de se noyer, Marc nous décrit déjà plus les sentiments successifs des disciples : ils croient que c'est un fantôme, puis, le vent étant tombé, ils sont stupéfaits. Mais Jean, justement, n'est pas intéressé par cette histoire de vent calmé. S'il a parlé du vent qui se levait, c'était uniquement pour justifier le départ des disciples. On voit bien, qu'ensuite, il ne parle pas de leurs efforts pour faire à peine plus que du sur-place ! ni qu'ils seraient encore à peine éloignés du rivage, après avoir passé toute la nuit à s'échiner. Que Jésus soit censément capable de commander aux éléments ne fait pas partie de sa panoplie. C'est bien juste le symbole de Jésus, seul, plus fort que la mort, qu'il veut nous montrer dans cet épisode. Aussi, dès qu'il les a rejoints ..."la barque est à terre", arrivée à destination ! Il leur a montré qui il est, c'était tout ce que Jean voulait retenir de cette marche sur les eaux.

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