Dieu avec nous ?
De nouveau, Jésus parla aux Juifs : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » Les pharisiens lui dirent alors : « Tu te rends témoignage à toi-même, ce n'est donc pas un vrai témoignage. »
Jésus leur répondit : « Oui, moi, je me rends témoignage à moi-même, et pourtant c'est un vrai témoignage, car je sais d'où je suis venu, et où je m'en vais ; mais vous, vous ne savez ni d'où je viens, ni où je m'en vais. Vous, vous jugez de façon purement humaine. Moi, je ne juge personne. Et, s'il m'arrive de juger, mon jugement est vrai parce que je ne suis pas seul : j'ai avec moi le Père, qui m'a envoyé. Or, il est écrit dans votre Loi que, s'il y a deux témoins, c'est un vrai témoignage. Moi, je me rends témoignage à moi-même, et le Père, qui m'a envoyé, témoigne aussi pour moi. »
Les pharisiens lui disaient : « Où est-il, ton père ? » Jésus répondit : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » Il prononça ces paroles alors qu'il enseignait au Temple, du côté du Trésor. Et personne ne l'arrêta, parce que son heure n'était pas encore venue.
voir aussi : Tel fils, tel père
Nous avons l'impression d'une de ces discussions de sourds entre croyants et incroyants. Peut-on prouver l'existence de Dieu ? de nos jours nous aurions tendance à répondre que non. Ici, il ne s'agit pas exactement de ça. La question de l'existence de Dieu ne se pose pas à l'époque de Jésus, c'est un fait à peu près universellement admis. Mais ce que Jésus essaie de communiquer à ses interlocuteurs est tout autant indémontrable, improuvable, comme il l'a été pour tous les prophètes avant lui : que Dieu est en lui, avec lui, et lui avec Dieu. Jean le sait très bien, en rapportant ainsi inlassablement ces propos de Jésus, tout comme Jésus le savait. Le raisonnement à lui seul n'amènera personne à le croire. Et peu importe au fond que les gens le croient ou non, ce qui l'intéresse c'est, qu'à force de leur en parler, ils en viennent au moins à se familiariser avec cette idée, à admettre cette possibilité, qui nous semble évidente de nos jours mais qui était inconcevable pour eux : que Dieu puisse être en l'homme aussi, et non pas seulement à l'extérieur.
Je dis que cette idée nous semble évidente de nos jours, j'entends bien sûr au moins pour ceux qui croient en Dieu, mais est-ce même si simple ? Est-ce bien de la même façon que Jésus en parlait, que nous le disons ? Pouvons-nous, par exemple, dire comme lui aujourd'hui : "je ne suis pas seul : j'ai avec moi le Père". Ne visons pas trop haut, il ne s'agit pas de pouvoir dire que nous soyons toujours avec le Père, et ce n'est pas nécessairement ce que Jésus dit ici, même si Jean le lui fait dire ailleurs. Personnellement, je ne crois pas que Jésus l'ait été toujours, à tout moment de sa vie, en toutes circonstances. Mais déjà ça, donc : notre relation au Père est-elle de ce genre qu'elle nous permette, au moins parfois, d'affirmer qu'il est avec nous ? Y a-t-il des décisions que nous prenons, des paroles que nous prononçons, des actes que nous accomplissons, et dont nous puissions dire que "ce n'est pas moi seul, mais le Père et moi" ? Je crains que, pour la plupart d'entre nous, nous n'en soyons pas là. Le plus souvent, notre idée du Père, de Dieu en nous, n'est qu'une image, une façon de parler. Nous voulons dire par là que nous pouvons communiquer avec Dieu par nos pensées, par nos sentiments, mais en réalité nous nous le représentons comme extérieur à nous-mêmes.
Ce n'est pas suffisant. Le Dieu de Jésus n'est pas que ça. S'il peut dire, parfois, qu'il "n'est pas seul, mais le Père et lui", c'est que le Père n'est pas seulement ce Dieu qui serait toujours extérieur à l'homme, avec juste cette possibilité nouvelle de communiquer personnellement et directement avec lui. Ce Dieu reste celui des prophètes, celui qui parle à certains, et c'est effectivement déjà beaucoup que nous ayons appris qu'il ne parle pas qu'à quelques uns mais à tous. Mais ce n'est pas encore le Père, c'est un dieu qui reste encore extérieur à l'homme, alors que le Dieu de Jésus est en l'homme, à l'intérieur de nous, plus intime en nous que nous ne le sommes nous-mêmes. Il est notre essence, notre source, notre fondement. Nous en sommes inconscients pour la plupart d'entre nous et la plupart du temps, mais c'est pourtant la réalité, et la seule à laquelle nous devrions consacrer toute notre vie, tous nos efforts, tous nos espoirs. Tel est en tout cas le Père dont Jésus a témoigné, celui qui s'était révélé à lui, en lui, celui dont il pouvait dire "je ne suis pas seul, mais le Père et moi".


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