Les plus courtes...
Un jour, quelque part, Jésus était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean Baptiste l'a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites :'Père,que ton nom soit sanctifié,que ton règne vienne. Donne-nous le paindont nous avons besoin pour chaque jour. Pardonne-nous nos péchés,car nous-mêmes nous pardonnonsà tous ceux qui ont des torts envers nous.Et ne nous soumets pas à la tentation.' »
voir aussi : Version brève, Papa !
Apprendre à prier, apprendre à entrer en écoute du Père, découvrir déjà que le Père nous 'parle', c'est la seule chose qui devrait nous importer. C'est le commencement du chemin avec Jésus, c'est l'essentiel de ce qu'il a voulu transmettre, tout le reste, l'amour du prochain et même des ennemis, en découle. C'est une question fondamentale que pose ici ce disciple dont nous ne savons même pas le nom. C'est une gageure aussi pour Jésus que d'y répondre.
Prier, à l'époque, consiste à déclamer à haute voix, le plus souvent des prières rituelles, des textes que l'on connaît par cœur. Rarement ces textes ne seront dits que dans le for intérieur. On est comme avec les petits enfants qui ne savent pas réfléchir silencieusement dans leur tête. Et rarement le texte sera improvisé, c'est plutôt le choix du texte dit qui reflète l'état d'esprit de l'orant. Dans ce contexte, plus la prière est longue, plus elle est belle, puisqu'elle est censée en dire beaucoup.
La prière de Jésus est toute autre, faite d'écoute et non de paroles, silencieuse donc par définition. Il va falloir les initier à ça ! La première chose sera alors de limiter les mots au strict minimum, pour obliger celui qui prie à sortir de la répétition mécanique et entrer dans un processus de prise de conscience, de méditation, de rumination de ce qu'il dit, comme le souligne Matthieu dans sa propre introduction au 'notre Père' (Matthieu 6, 7) : "ne rabâchez pas, vous ne serez pas exaucés sur la quantité". Voilà, c'est vers la qualité que Jésus veut orienter.
Peu importe après quels sont les mots précis que Jésus a pu enseigner. La version de Matthieu est plus longue, plus structurée aussi, elle traduit une évolution, une construction par sa communauté dans un objectif pédagogique et liturgique. Pour une liturgie, donc, elle ira très bien, pour être prononcée à haute voix par une assemblée unie. Pour une prière personnelle, on peut se contenter de la version plus courte de Luc, mais très vite on trouvera qu'elle en dit, elle aussi, beaucoup plus que nécessaire.
On découvrira, en effet, à force de méditer ce texte, que la première demande peut suffire à le résumer dans son entier. Et puis de même, que le premier mot à lui seul, résume aussi la première demande. Et finalement, que la réalité du Père peut fort bien se passer d'être nommée, qu'elle dépasse sans commune mesure tout ce qui peut en être dit, et c'est là le but, le point auquel le texte de la prière devait nous amener. Il devient alors superflu, puisqu'il aura fait advenir pour nous ce qu'il énonçait : le royaume en nous, le royaume parmi nous.


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